Tribune - Immigration "zéro", "choisie" ou "partagée", les préjugés réactionnaires en campagne.

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Mars 2007

Avertissement : Les lecteurs de Lutte de Classe savent qu'il existe au sein de notre organisation une tendance minoritaire qui soumet des textes différents de ceux de la majorité aux votes de nos camarades, lors de nos conférences nationales. Ces textes sont systématiquement publiés dans nos colonnes. Ces camarades ont demandé à se constituer en tendance structurée, c'est-à-dire en fraction. Ils s'expriment désormais régulièrement dans ces colonnes.

Cette tribune est rédigée indépendamment des autres articles de Lutte de Classe, et peut donc aborder, ou ne pas aborder, un sujet traité par ailleurs dans cette revue.

Depuis que Le Pen a réussi à en faire son fonds de commerce, une campagne présidentielle en France se doit d'être hantée par le spectre de l'immigration. A droite, bien sûr, Sarkozy s'efforce de battre sur leur terrain le candidat du Front national et son pâle reflet, De Villiers. Mais pas seulement à droite. Chacun dans son style, cherche à ménager ou brosser le poil d'un électorat, pas que populaire, dont les préjugés racistes et xénophobes sont facilement hérissés.

Le super-flic Sarkozy et son bilan

Le ministre de l'Intérieur Sarkozy, face à ses concurrents, mise sur son bilan, c'est-à-dire deux lois successives qu'il a inspirées pour "endiguer l'immigration clandestine et réguler l'immigration familiale" et les instructions données à la police de faire du chiffre de reconduites aux frontières. D'où la multiplication des rafles, y compris de gamins dans ou à la porte des écoles, qui ont fait heureusement se lever un réseau d'enseignants et de parents "sans frontières" capables d'arrêter le bras dans certains cas... et d'obliger Sarkozy à donner une carte de séjour d'un an à 6 924 personnes à l'été 2006. Mais pas d'empêcher que ne soit grosso modo multiplié par deux, en trois ans, le chiffre d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière (24 000 en 2006).

Et le ministre candidat de l'UMP d'accompagner cette politique musclée et ses déclarations sur la "racaille" de banlieues qu'il faudrait nettoyer au "kärcher", d'un programme aux apparences plus nuancées dit d'"immigration choisie" sur critères professionnels (pour des étrangers "capables et talentueux"). La démagogie électorale a du bon, mais les patrons ont besoin de main-d'œuvre.

Ce qui n'empêche pas Sarkozy de persister et signer sur le terrain de Le Pen lorsqu'il lance sur TF1, devant près de 9 millions de téléspectateurs, ces propos calculés : "Personne n'est obligé, je répète, d'habiter en France, mais quand on habite en France, on respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, on ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement et on respecte les règles républicaines". Il y aurait à dire sur des générations de bourgeois français qui ne sont certes pas polygames (puisque l'Eglise catholique et l'Etat le leur interdisent), mais ont néanmoins les moyens d'entretenir généreusement plusieurs femmes voire familles... Quant à ce ragoût de mouton servi aux auditeurs, est-ce vraiment pour raisons "techniques" ou parce qu'il sentait trop mauvais que la chaîne LCI en a privé les internautes dans la rediffusion de l'émission sur son site ? Du moins jusqu'à ce que certains le remarquent.

Car tout en cherchant à nuancer son image en direction de l'électorat d'origine étrangère, en évoquant - sous conditions restrictives - le droit de vote pour les étrangers aux élections locales, ou en choisissant une "porte-parole" d'origine immigrée, Rachida Dati, Sarkozy tient toujours à se faire passer pour un "dur" contre l'immigration. D'où l'accueil parfois un peu chaud qui lui est fait dans les banlieues, où il préfère ne se rendre qu'à l'improviste.

Quand Le Pen prétend surpasser les photocopies

Si bien que Le Pen raille les tentatives de Sarkozy pour le singer (et lui voler ses formules comme son électorat). Même si, de son côté, il semble avoir biffé de ses discours, sur conseils de son entourage, les invectives qui fleurent trop le racisme, ou s'étonne qu'on ose penser qu'il serait raciste, lui qui a toujours dirigé un Front national qui compte des "Français d'origine étrangère" ? Mais la nature revient vite au galop et son fonds de commerce électoral reste la charge contre l'immigration et l'affirmation de la "préférence nationale" qu'il promet d'inscrire dans le préambule de la constitution. L'immigration est présentée comme la cause de tous les maux, chômage, manque de logements, déficits de la sécurité sociale, délinquance, dette... Il faudrait stopper "la vague déferlante qui nous submerge", et donc fermer les frontières de l'hexagone. Certes, continuer à prélever l'impôt sur les immigrés, continuer à laisser les travailleurs immigrés sous la coupe de patrons sur-exploiteurs (dont bon nombre de commerçants restaurateurs dont il se dit l'ami), leur verser leur retraite "s'ils retournent dans leur pays pour y finir leur vie", mais faire passer de dix à trois ans la durée de validité de la carte de séjour, mettre un terme au regroupement familial, ne plus leur verser d'allocations familiales, ne plus les soigner s'ils n'ont pas de revenu, et enfin, expulser tous ceux qui seraient entrés illégalement. Bref, à défaut de pouvoir faire appliquer quoi que ce soit, montrer les travailleurs immigrés comme ceux qui coûteraient très cher aux autres !

Entre Sarkozy et Le Pen, De Villiers a quelque mal à trouver un créneau. Mais le dieu des chrétiens lui vient en aide pour cibler ses attaques contre la concurrence islamique ! Sus aux mosquées de Roissy, sus à la Turquie à laquelle il faudrait interdire l'entrée de l'Europe... Il y aurait de quoi rire si, sur la Turquie, Sarkozy n'avait pas des positions similaires à Le Pen et De Villiers ; si Bayrou n'en était pas loin et si Ségolène Royal ne se retranchait pas derrière un futur référendum populaire pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec un électorat qu'on a tout fait pour effaroucher !

Le mythe de l'immigration "massive"

Selon Le Pen et De Villiers, des vagues d'immigrés déferleraient sur la France. Un rapport du Centre d'analyse stratégique du Premier ministre lui-même, concernant "les besoins de main-d'œuvre" et publié en 2006, montre tout le contraire. Les 4,5 millions de personnes immigrées en France, c'est-à-dire "nées étrangères à l'étranger", âgées de 18 ans ou plus et résidant en France, représentent 9,6 % de la population totale du même âge (parmi elles, 41 % ont acquis la nationalité française). Aux Etats-Unis (modèle de croissance économique pour la plupart des dirigeants politiques français !), la proportion d'immigrés s'élevait, aux chiffres de l'année 2004, à 14,5 %, dont 40,6 % avaient acquis la nationalité. Pour ce qui de la population en âge d'être active, la France compte également peu d'étrangers : 5,6 % (dont 2 % viennent d'autres pays d'Europe), contre 7,6 % dans l'ensemble de l'Europe (des 15 au moment de l'étude). Il y en a davantage en Allemagne, Espagne, Irlande et Autriche.

En France, l'immigration a été forte de 1950 à 1975, période où des patrons sont allés chercher des travailleurs pour leurs chaînes de montage automobile et leurs chantiers, dans les campagnes du Maghreb. Une émigration "choisie" déjà ! Mais depuis, le solde migratoire (la différence entre les entrées et les sorties de migrants) est resté stationnaire, aux alentours de 65 000 personnes, comme le solde démographique du pays qui se solde chaque année à quelque 200 000 naissances de plus que de décès. Dans un article intitulé "Cinq idées reçues sur l'immigration", du numéro 397 de la revue Population et Sociétés publiée par l'INED (Institut national d'études démographiques), il est affirmé que "La France est un vieux pays d'immigration mais il y a 25 ans qu'elle n'est plus un pays d'immigration massive. Elle est devenue au contraire le pays d'Europe où la croissance démographique dépend le moins de l'immigration".

S'il existe des problèmes dits d'intégration, dans le système éducatif ou sur le marché du travail, cela concerne surtout les enfants de deuxième ou troisième génération, de familles installées en France de longue date, mais c'est le chômage qui gangrène leurs vies et celles de leurs parents, et font des quartiers pauvres où ils sont concentrés des ghettos.

Il n'y a donc ni "immigration massive" ni "invasion". Les flux migratoires de la planète sont en majorité des mouvements de pauvres du "sud" qui quittent leur pays pour d'autres pays du "sud". Une infime minorité, de loin la moins misérable, a les moyens d'atteindre l'Europe ou l'Amérique. La France n'accueille donc pas "la misère du monde", contrairement à la formule du socialiste Rocard, louée aujourd'hui par Le Pen ! Et les quelque 200 000 à 400 000 clandestins évalués sur le territoire de la France ne sont pas non plus "innombrables". Ils ne représenteraient que 10 % des immigrés en France contre 25 % aux Etats-Unis. Selon l'INED, leur nombre est d'autant plus facilement surévalué que les secteurs d'activité qui les emploient au noir (à 90 % dans le BTP, le tourisme, le travail agricole, la confection et le service domestique) "montrent que l'immigration irrégulière y côtoie une main-d'œuvre au noir nationale encore plus nombreuse...".

Quant à ceux qui pensent que les immigrés "viennent nous prendre notre boulot", partisans selon le vocabulaire des sociologues de la thèse du "remplacement", leur position semble infirmée par la thèse de la "segmentation", selon laquelle les immigrés occuperaient plutôt des emplois dont les natifs ne veulent pas. D'où l'opposition du patronat lui-même à une politique d'immigration zéro. Par ailleurs, rien n'est évidemment aussi simpliste et les économies ne sont pas caractérisées par un nombre d'emplois donné, que les individus devraient se partager : elles ont plutôt tendance à créer des emplois en proportion du nombre d'individus qui travaillent et consomment.

Royal : sous un autre tailleur, la même politique

Mais face à ce concert volontairement alarmiste joué par la droite, Ségolène Royal y va aussi de sa partition, ne manquant pas d'évoquer à son tour l'immigration qui serait un problème et qu'il faudrait limiter. Tout comme son rival direct Sarkozy, elle défend non pas une régularisation globale de tous les sans papiers, qui serait, dit-elle, un "appel d'air" pour d'autres candidats à l'abandon de leur pays, mais une immigration sélective et étroitement contrôlée. Avec examen au cas par cas "sur critères". Elle a sa propre formule : "immigration partagée" qu'elle prétend basée sur des critères également familiaux et sociaux. Son Pacte présidentiel prône l'instauration d'"un visa permettant des allers-retours multiples sur plusieurs années, afin que les migrations s'adaptent aux besoins réels du marché du travail". En fonction des besoins des patrons, donc. Avec cette innovation d'un visa à retours multiples, pour que les immigrés partent chômer chez eux entre deux emplois ? Sarkozy avait prôné "l'immigration choisie", en fonction d'un strict recensement des besoins de main-d'œuvre (c'est-à-dire des besoins patronaux). La nuance n'est que sémantique. Si bien que Ségolène Royal en septembre dernier, lors de ce voyage au Sénégal où Sarkozy 48 heures plus tôt l'avait coiffée au poteau, avait reconnu que le programme de Sarkozy aurait repris beaucoup de bonnes choses qu'elle préconisait elle-même...

Mais il y a une "méthode" Royal, adaptée à un électorat de gauche réputé humaniste et anti-raciste. La candidate affirme donc d'abord qu'il faut des "valeurs d'accueil et de tolérance", dénonce les conditions indignes et injustes faites aux étrangers dans les centres de rétention, déplore leurs conditions de vie et de travail ici, s'insurge contre les milliers d'immigrés dans le monde qui sont morts pour avoir tenté de passer des montagnes ou des océans...

Divers organismes et associations ont tenté de dresser ensemble une comptabilité précise des victimes, réfugiées et immigrées, de la "forteresse Europe", c'est-à-dire des hommes, femmes et enfants morts dans leur tentative de rejoindre ce continent. Entre 1993 et 2004, il y en aurait eu plus de 4000. Et depuis (jusqu'en 2006), plus de 3 000. Soit 8 107 morts aux portes de l'Europe (www.monde-diplomatique.fr de décembre 2006). Qui pourrait ne pas souhaiter mieux pour des millions de gens dans le monde ? Ceux qui quittent aujourd'hui des pays de misère et de dictature, en le payant très cher, de leur peau et de leurs économies, ne le font pas de gaîté de cœur. Et ne trouvent pas non plus le paradis à l'arrivée.

Mais après avoir fait pleurer sur le sort des immigrés, Ségolène Royal en déduit que la seule et bonne politique serait de tout faire pour qu'ils restent chez eux. Même si cela se pare d'une déclaration de bonnes intentions : tout faire pour favoriser un "co-développement" réussi entre la France et certains pays d'Afrique, par exemple. C'est, explique-t-elle ce qui "fixerait" les immigrés chez eux. Façon bien sournoise de dire qu'on n'en veut pas chez nous, si ce n'est au compte-goutte, en fonction des besoins patronaux.

Le "co-développement" ?

Cette idée de cheviller les immigrés dans leur pays, soi-disant pour leur bonheur, par la vertu d'on ne sait quel "co-développement", n'a d'ailleurs rien d'original. Elle est défendue par tous les politiciens, de Sarkozy à Le Pen, en passant par Bayrou et jusqu'à de Villiers qui vante les mérites, en ce sens, d'on ne sait trop quelle coopération qu'il aurait initiée entre son département de Vendée et le Bénin.

Le "co-développement" de Ségolène Royal ressemble à s'y méprendre au "co-développement" que les conseillers du gouvernement actuel exposent dans leur étude de 2006 déjà citée. On peut y lire notamment que "le co-développement peut comporter des aides (financements, mais aussi conseil technique) à des associations de migrants désireuses de réaliser dans leur village d'origine des projets sociaux (écoles, centres de santé) ou des équipements (petits barrages agricoles, électrification rurale, adduction d'eau, etc), ainsi que des aides à la réinsertion, pour les migrants désireux de rentrer au pays pour y réaliser un projet créateur de revenus. Il importe de considérer que ces aides à la réinsertion ne sont qu'une des modalités de promotion de l'investissement dans les pays d'origine, la modalité la plus fréquente étant l'investissement "à distance" (c'est-à-dire par des migrants qui conservent leur activité principale dans le pays d'accueil)".

Ségolène Royal a-t-elle fait du "couper coller" ? En quoi les micro-crédits dont elle a parlé à TF1 ("J'ai une question à vous poser") pour financer une micro-sécherie de poisson ou autre atelier de tissage artisanal, vont-ils résoudre les graves problèmes de l'Afrique ? Elle parle, sans rire, d'aider l'Afrique à utiliser son énergie solaire, mais ne dit pas un mot de Total qui lui vole son pétrole !

Comment peut-on réussir le tour de force d'évoquer le mieux vivre sur le continent africain en "oubliant" la façon dont les grands trusts internationaux, français pour ce qui nous concerne, continuent à le piller ? En "oubliant" les échanges commerciaux inégaux ? En oubliant comment l'armée française continue à le quadriller et à y épauler des dictatures amies ? En oubliant que dans ce qu'on appelle aujourd'hui les Aides au développement, que Chirac s'est fait fort d'accroître de quelques miettes en prélevant une taxe sur les billets d'avion, on compte notamment les allègements de dette qui n'apportent pas un centime, les nouveaux prêts accordés pour peu que leur taux soit inférieur au taux moyen et qui se traduisent par un remboursement ultérieur supérieur aux prêts, les aides à l'installation d'entreprises venues de pays riches, etc... Selon la formule aide-toi toi-même.

Donnant quelque relief à ces palabres dans le milieu politique français sur l'immigration et le co-développement, le Sénégal a fait la Une des journaux, à l'occasion de la campagne présidentielle où le sortant, Abdoulaye Wade, s'est déclaré vainqueur avant la fin du dépouillement ! Voilà un pays d'Afrique noire que la France a saigné depuis plus d'un siècle, dont elle a razzié des richesses et des hommes, auquel elle pourrait restituer ne serait-ce qu'une part du butin en construisant gratuitement des routes, des logements, des adductions d'eau et d'électricité... Mais non, car il faudrait réquisitionner à cette fin une partie des dividendes et du potentiel industriel des capitalistes français... qui continue à se faire du fric sur le peu d'infrastructures existantes au Sénégal.

Deux pages du Monde diplomatique de février 2007 relatent l'histoire de la "bataille syndicale autour du rail sénégalais", épisode le plus récent de la liaison ferroviaire Dakar-Koulikoro via Bamako (ces deux dernières villes au Mali) ; privatisée il y a quelques années pour le compte d'une société franco-canadienne Transrail, revendue depuis à une société américaine et à un groupe lié à la famille Wade et au groupe Vinci (sacré co-développement !). "La politique du nouveau propriétaire est en effet désastreuse pour le pays et les salariés : abandon du trafic voyageurs au profit du fret, baisse des salaires et des droits sociaux, suppression de 632 postes, répression syndicale, absence des investissements promis" (...) "Les syndicalistes dénoncent à la fois les "profits colossaux" de Transrail (et leur expatriation) et l'autoritarisme des cadres blancs dorénavant installés dans les bureaux de la direction"... Et c'est à Paris (tiens donc !) que s'est tenue en décembre 2006 une réunion de concertation... Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal ne nous en ont parlé ! Pas évoqué la moindre aide évidemment. Même si Alstom et la Sncf savent fabriquer et faire rouler des trains... si c'est rentable. Or ces 1259 kilomètres qui sont une voie de désenclavement vital pour les populations n'ont plus tant d'intérêt pour les multinationales - le seul secteur "fret" ou la route s'avèrent plus rentables. La liaison ferroviaire avait une importance stratégique, rappelle le journaliste, à l'époque de Louis Faidherbe, gouverneur de la colonie française du Sénégal, dans les années 1870. Il fallait transporter les troupes pour la conquête de l'Afrique. Il fallait tenir tête à l'expansion britannique. Il fallait acheminer les matières premières jusqu'au port de Dakar. Et la ligne "fut achevée en 1923, au terme d'un travail très difficile pour lequel les colons importèrent toute une population d'ouvriers burkinabés, réduits au rang d'esclaves".

Aujourd'hui la France est toujours là, sous forme, entre autres, d'intérêts dans une société vampire qui extrait de ce malheureux chemin de fer et d'ouvriers pressurés un beau paquet de dividendes ! Qu'en disent Sarkozy et Royal ? Citons cette dernière : "c'est par le droit des familles à vivre dignement dans leur pays d'origine que l'on mettra fin à l'immigration clandestine (...) il faut réussir le développement des pays pauvres". Beau cynisme.

Il n'y aurait pas aujourd'hui des centaines de milliers de jeunes Africains pour se lancer sur des embarcations de fortune vers les Canaries si la France de Sarkozy et Royal n'avait pas exploité les peuples de bien des pays de ce continent, depuis un ou deux siècles ; si elle ne les exploitait pas encore, sclérosant leur développement économique industriel mais même agricole de subsistance. Et il est du devoir des travailleurs ici en France, de faire rendre gorge à leurs propres exploiteurs qui sont aussi ceux du tiers monde ex-colonisé. Il y aurait d'ailleurs de quoi accueillir bien plus d'immigrés en France pour produire, avec les moyens de la productivité actuelle à laquelle ils ont largement contribué, ce qui manque au tiers monde. Mais à condition de prendre l'argent où il est - dans les caisses des capitalistes et banquiers.

Travailleurs français et immigrés, même combat

Depuis que le chômage a explosé et que la précarité s'est installée, à partir du début des années 1980, une partie de la classe ouvrière s'est laissée illusionner par la démagogie xénophobe de Le Pen et ses émules. Leurs scores qui étaient nuls ont tout à coup grimpé. Tout devenait la faute de l'immigration, même si souvent "l'immigré" était le voisin français, d'origine immigrée. Pourtant, ceux qui détruisaient des emplois, c'étaient bien les patrons, et pas les voisins de nationalité ou d'origine étrangère. Ces derniers faisant d'ailleurs partie des vagues de licenciés.

Mais les partis de gauche épisodiquement au gouvernement depuis ces années-là, se sont couchés devant le patronat. Ils ont mis dans leur manche les directions syndicales qui elles aussi, à leur façon, au lieu d'aider les travailleurs à s'organiser consciemment, immigrés et français au coude à coude, ont découragé de mener les luttes d'ensemble nécessaires. Et rien n'a beaucoup bougé depuis, si ce n'est que le chômage et la précarité ont grandi, que la situation est plus grave qu'il y a 25 ans, et les scores des démagogues xénophobes meilleurs. Alors pourquoi se priver de cette démagogie si elle permet de décrocher une bonne place, si ce n'est l'Elysée ? C'est ainsi que Le Pen - leader historique en la matière - a fait des petits, avec chacun son timbre et son style. Sarkozy bien sûr, mais les dirigeants socialistes sont aussi gangrenés.

Une fois au gouvernement, les uns ou les autres s'attacheront d'abord à mettre en chantier les attaques annoncées contre les retraites, la santé, l'éducation que le patronat exige pour détourner à son profit toujours davantage d'argent de l'Etat. La situation des immigrés sera le cadet de leurs soucis. Ils continueront certes à les harceler, à en expulser, surtout qu'en mettant une partie des travailleurs immigrés sous perpétuelle menace, ils les contraignent plus facilement à accepter les pires conditions de travail et de salaire. Mais ils continueront à laisser entrer clandestinement la partie nécessaire aux surprofits du patronat. Car lorsque Ségolène Royal propose la régularisation des sans papiers qui auront fait la preuve qu'ils sont là depuis 10 ans, c'est bien qu'elle tient pour normal (et même méritoire !) qu'ils aient travaillé dix ans, au noir, pour un patron.

Les travailleurs et les militants, confrontés en permanence à ce venin d'insinuations sur les prétendus dangers de l'immigration, doivent le combattre. En exigeant la régularisation pour tous, bien sûr. En s'efforçant d'empêcher les expulsions, partout où c'est possible, dans les entreprises, les quartiers et les écoles. Mais aussi et surtout, en contribuant à donner des perspectives d'organisation et de lutte aux travailleurs, tous ensemble contre le chômage et la misère.

Les revendications d'urgence défendues dans cette campagne par Arlette Laguiller : interdiction des licenciements, embauche massive dans les services publics, augmentation générale et immédiate de 300 euros de tous les salaires et un plancher de 1500 euros net pour le smic mais aussi pour les retraites et minima sociaux, droit de regard des travailleurs et de la population sur les comptabilités et les choix des grands trusts, sont communes à tous les travailleurs, qu'ils soient français ou immigrés, et de toutes générations.

Vendredi 2 mars.