Avec la crise, le mal-logement et la cherté du logement s’étendent

печать
mai-juin 2014

Dix millions de personnes sont touchées de près ou de loin par le mal-logement. Selon le rapport 2014 de la fondation Abbé-Pierre pour le logement, dans un pays riche comme la France, 700 000 personnes sont dépourvues de logement, les squats et les bidonvilles se multiplient, l'hébergement d'urgence est saturé. Plus de 400 000 personnes sont hébergées par un tiers faute de mieux.

Alors que le candidat Hollande avait promis la mise en chantier de 500 000 logements chaque année, dont 150 000 logements sociaux, ce qui était déjà bien en deçà des besoins, on en a construit à peine 300 000 en 2013, dont 117 000 logements sociaux. À ce rythme, il faudra plus d'une décennie pour satisfaire 1,7 million de demandeurs de logement social sur liste d'attente !

Et se loger n'a jamais été aussi cher. En dix ans, le prix du mètre carré a plus que doublé, les loyers ont bondi de 55 % en moyenne dans les grandes agglomérations entre 2000 et 2013. Parallèlement, toutes les charges liées au logement augmentaient : taxes d'habitation et foncière en hausse, coût du chauffage qui flambe, au point que huit millions de personnes n'ont plus les moyens de se chauffer.

La crise du logement, serpent de mer du capitalisme

Si la crise s'aggrave, elle n'est pas nouvelle. En fait, le problème du logement des travailleurs est aussi ancien que l'organisation capitaliste de la société. D'un côté, les capitalistes du bâtiment, les promoteurs et les financiers du béton cherchent à tirer un maximum de profit de la construction de logements et, de leur point de vue, les appartements à loyers élevés sont les plus rentables. Mais d'un autre côté, les patrons dans leur ensemble ont intérêt à ce qu'il y ait des logements à bas prix pour leurs ouvriers et leurs employés, car ainsi ils peuvent payer des salaires les plus bas possible. Cette contradiction est insoluble dans le cadre de l'économie de marché.

C'est pourquoi les grands efforts faits en faveur du logement populaire ont toujours été à l'initiative de l'État. C'est l'État qui a plafonné les loyers en 1948, alors que les destructions de la guerre avaient créé une situation catastrophique du logement. Mais les capitaux se sont alors détournés du secteur du bâtiment, jugé trop peu rentable, et la pénurie de logements est restée criante.

C'est encore l'État qui a impulsé la construction massive de logements collectifs à la fin des années 1950. La relative prospérité économique et la fin des dépenses dues à la guerre d'Algérie lui ayant donné un peu plus de marge, il s'est lancé dans la construction de grands ensembles. En dix ans, plus de deux millions de logements ont été construits, jusqu'à sept millions en trente ans. Cet effort, s'il était financé par l'État, a permis en même temps l'enrichissement prodigieux de groupes de travaux publics, de promoteurs et de banquiers prêteurs. On a ainsi réduit la pénurie, mais beaucoup de ces logements HLM, certes plus modernes, ont été souvent mal construits, et pas pour durer.

Depuis le début des années 1980, la situation du logement, laissée entièrement à la liberté du marché, s'est dégradée de façon continue. L'État s'est désengagé progressivement de la construction de nouveaux logements. On est passé de 300 000 logements construits par an dans les années 1960, à moins de 50 000 dans les années 2000 - soit six fois moins ! -, alors que la population n'a pas cessé d'augmenter. Sans compter que depuis quelques années 80 % de ces logements nouvellement construits ne sont accessibles qu'aux plus riches, le prix du mètre carré de construction ayant flambé.

Cette aggravation de la crise du logement, due essentiellement à un nombre très insuffisant de logements sociaux, entraîne la flambée des prix dans le parc locatif privé. Elle se manifeste aussi par des copropriétés dégradées de plus en plus nombreuses, les propriétaires occupants et les locataires ne pouvant plus faire face à des charges grandissantes. Surendettement, impayés et, au bout du compte, expulsions se multiplient. En dix ans, le nombre d'expulsions a doublé, dépassant les 11 000, mais les procédures sont dix fois plus nombreuses. Aujourd'hui, 1,8 million de familles connaissent des difficultés de paiement, 70 000 propriétaires sont en rupture de remboursement de prêt, plus de 100 000 locataires voient leur bail résilié chaque année, tandis que 60 000 sont aidés par le Fonds de solidarité pour le logement.

Le logement de plus en plus cher

Avec l'aggravation de la crise économique, le nombre de chômeurs, de salariés précaires, de retraités pauvres explose. S'ils sont touchés de plein fouet par la flambée des prix du logement, l'ensemble des couches populaires en pâtit. Car le coût du logement engloutit la moitié du revenu pour le tiers de la population, et jusqu'à 60 % de leurs revenus pour les accédants à la propriété ou les locataires les plus modestes. Au remboursement des prêts, ou au loyer, s'ajoutent le montant des charges, les dépenses liées aux travaux d'entretien, les taxes d'habitation et foncière, ainsi que la facture énergétique.

Les aides au logement, comme l'APL, et les allocations logement bénéficient à plus de six millions de ménages modestes chaque année, et près d'un locataire sur deux les touche. Représentant 17 milliards d'euros par an, elles ont épongé l'essentiel des budgets destinés au logement social. Mais, plus néfaste encore, cela a permis aux bailleurs privés petits et grands d'augmenter librement le prix des logements, alors que les salaires stagnaient voire baissaient. Le seul fait que l'APL soit encaissée directement par le bailleur montre bien qu'elle est taillée sur mesure pour le propriétaire, pas pour le locataire.

Du coup, l'accession à la propriété semble le seul moyen d'échapper à la flambée des loyers. Mais en fait, avant d'acquérir leur logement, les travailleurs engraissent les banques pendant des décennies. Sans compter qu'en cas de baisse de revenus ou de chômage, ils peuvent se retrouver dans l'impossibilité de payer leurs traites, voire être expulsés. Et dans le cas où ils finissent par devenir propriétaires de leur logement, ils n'ont pas forcément les moyens de l'entretenir, surtout s'il s'agit d'un appartement dans un immeuble où les charges collectives peuvent être lourdes, ou d'une maison individuelle à moindre coût, donc mal isolée et de plus en plus difficile à chauffer avec l'augmentation du prix de l'énergie.

« Une France de petits propriétaires » ?

Le slogan « Faire de la France un pays de propriétaires » (Sarkozy, 2006) a surtout été une aubaine pour les bailleurs privés, les promoteurs immobiliers et les banquiers, qui se sont enrichis par milliards : plus de 450 milliards de surprofits engrangés en dix ans. Sous prétexte d'inciter à la construction de logements, les gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait bénéficier les petits et grands propriétaires d'aides fiscales diverses depuis vingt ans. Des lois successives ont permis de faire sortir les logements de la loi de 1948 bloquant les loyers, ou de déduire des impôts les investissements dits locatifs de tous ceux qui achetaient pour louer. Loi Périssol, loi Besson, datant de 1999, donc d'un gouvernement socialiste, dispositifs De Robien, Borloo et loi Scellier, votés sous des gouvernements de droite, jusqu'au tout récent dispositif Duflot, c'est un véritable arsenal de lois et de dispositifs fiscaux avantageux, qui a fait de la construction de logements une affaire très lucrative pour les investisseurs. Mais ces derniers sont bien plus préoccupés d'augmenter leurs revenus que de résoudre le problème du logement ! Et pendant que l'État faisait bénéficier les investisseurs privés, particuliers ou institutionnels, de 150 milliards d'allègements fiscaux, il a diminué les subventions dédiées à la réalisation de logements sociaux, divisées par cinq en dix ans.

Comme les promoteurs construisent ce qui leur rapporte le plus, en fonction du marché et non des besoins, il peut y avoir de nouveaux logements inoccupés dans une ville comme Besançon, alors qu'il en manque cruellement dans des grandes agglomérations comme Paris. Des immeubles de bureaux sont privilégiés au détriment des logements pourtant indispensables, car leur construction est juteuse, et au 1er avril 2014 on arrive au record de 4,4 millions de mètres carrés de bureaux vides en Île-de-France alors qu'il y a des centaines de milliers de mal-logés !

Aujourd'hui, la spéculation effrénée a aggravé les choses de façon dramatique. Terrains et immeubles, quand ce ne sont pas les crédits eux-mêmes, sont avant tout des placements très profitables, dont la revente assure des plus-values colossales. Des groupes financiers ou d'assurances ont placé leurs capitaux dans des immeubles de centre-ville, contribuant à la hausse des prix de vente et des loyers. C'est cet engagement des banques qui a donné une telle ampleur à la spéculation immobilière actuelle. Elles prennent le contrôle de promoteurs pour former de grands pôles immobiliers, tout en poussant à la consommation avec des crédits sur des périodes toujours plus longues. Désastreuse pour le logement populaire, cette situation l'est aussi pour l'ensemble de la société. La crise financière de 2008 a démarré sur la faillite de l'immobilier américain due aux subprimes.

Au final, le taux de propriétaires de leur logement a peu progressé, n'atteignant pas 60 %, mais la moitié rembourse encore un crédit immobilier ou a une hypothèque sur son logement. Et la crise du logement reste bien plus grave en France qu'en Allemagne, pays où le nombre de locataires est plus important : jusqu'à 85 % de locataires à Berlin-Est où les loyers sont régulés. À l'opposé, en Espagne, l'explosion de la bulle immobilière a provoqué une véritable catastrophe, l'accession à la propriété de la grande majorité des Espagnols aboutissant finalement à un grand nombre de ménages surendettés et d'expulsions.

Les copropriétés dégradées, en augmentation croissante

Depuis quelques années, un autre phénomène prend des proportions inquiétantes, la multiplication des copropriétés en grande difficulté. Près de 1,1 million de logements en copropriété sont en voie de paupérisation, sur un total de 6,6 millions, d'après une récente étude de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat. Aux difficultés financières des occupants, s'ajoute le vieillissement des équipements collectifs, avec le chauffage, l'éclairage ou les ascenseurs qui tombent souvent en panne, ainsi que la dégradation des parties communes et des logements, faute de maintenance. De nombreux syndics sont au bord de la faillite, et ils ne peuvent plus faire face à l'insalubrité qui se développe.

Les habitants sont des propriétaires occupants (47 %), souvent retraités (38 %) ou bien des locataires, mais tous ont en commun d'avoir des ressources modestes. Avec le chômage, la précarité, la population s'est encore appauvrie et ne peut plus payer même les travaux d'entretien courant. Mais surtout, les charges ont explosé, un nombre croissant de locataires et de petits propriétaires se retrouvent dans l'impossibilité de les acquitter. Dans les immeubles les plus anciens, la dépense de chauffage enfle parce que les travaux d'isolation thermique n'ont pas été faits. Ailleurs, c'est la mise aux normes des ascenseurs, rendue obligatoire par la loi de 2003, qui pose de nombreux problèmes, parce que, 25 % du parc d'ascenseurs ayant plus de quarante ans - c'est le plus vieux d'Europe ! -, les copropriétaires n'ont pas les moyens de prendre en charge une révision coûteuse ou de les changer.

Cités à la dérive, de la banlieue parisienne...

C'est le cas à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, dans la copropriété du Chêne Pointu, construite dans les années 1950-1960, qui comprend 860 logements. Alors que les bâtiments comptent onze étages, les ascenseurs y sont totalement à l'arrêt depuis plusieurs années, leurs portes soudées pour des raisons de sécurité. Pour aider les mères de familles, les enfants, les personnes âgées à monter leurs courses, quatre agents payés par la mairie sont présents vingt heures par semaine pour porter sacs et caddies ! Mais ils ne sont là qu'aux heures de pointe, et ne peuvent porter malades ou invalides, qui doivent faire appel aux pompiers pour se déplacer. Depuis février 2014, trois ascenseurs rénovés ont repris du service, mais il faudra attendre encore des mois pour que l'ensemble fonctionne, et que la fermeture des halls et la mise aux normes électriques soient effectives. À elle seule, la réparation des seize ascenseurs du Chêne-Pointu représente un budget de 2,6 millions d'euros, quand le coût total de la rénovation de ces immeubles est évalué à 130 millions d'euros.

Car de nombreux autres problèmes se sont accumulés faute d'entretien. Le chauffage n'y fonctionne que parcimonieusement, les infiltrations d'eau sont courantes et les parties communes sont à l'abandon. Pourtant les charges n'ont cessé d'augmenter, jusqu'à atteindre plus de 400 euros par mois, en moyenne, alors qu'aujourd'hui 70 % des familles de la cité vivent en dessous du seuil de pauvreté. Selon une habitante, il ne reste que ceux qui ne peuvent se loger ailleurs. Finalement, c'est la mobilisation des habitants, regroupés en association, qui a poussé les pouvoirs publics à s'engager sur des travaux d'envergure, que seul le financement de l'État et des collectivités territoriales peut permettre de réaliser.

... au centre-ville de Marseille

Dans une grande ville pauvre comme Marseille, l'habitat populaire s'est dégradé à une tout autre échelle. La ville atteint à peine les 20 % de logements sociaux que la loi lui impose, alors que 80 % de sa population y sont éligibles ! À défaut d'avoir un logement social, la grande majorité des familles habitent dans des copropriétés dégradées, qu'il s'agisse des petits immeubles vétustes et insalubres du centre-ville, ou de grands ensembles vieillissants et mal conçus, comme la cité Bellevue, bâtie sur l'emplacement d'une ancienne usine de savon dans le 3e arrondissement.

Dans cette copropriété de logements répartis en une tour de vingt étages et plusieurs barres plus petites, les premiers habitants ont été des ouvriers du port, des rapatriés européens de Tunisie. Ils avaient acheté sur plan des appartements dotés de toilettes et d'eau courante, un luxe à l'époque, avec vue sur la mer. Au fil des ans, ces propriétaires aux revenus modestes se sont vite retrouvés étranglés par les charges et ont pris du retard dans leur paiement. La copropriété, accumulant les impayés, a plongé dans l'endettement et la spirale du déclin. À défaut de paiement et donc d'entretien, les halls d'entrée et les cages d'escalier se sont détériorés, ainsi que les ascenseurs, les fuites d'eau n'ont pas été réparées, la voirie s'est dégradée. Les habitants qui le pouvaient en sont partis, remplacés au fur et à mesure par des habitants de plus en plus pauvres. Ne pouvant obtenir de logement social, ni payer un loyer au prix du marché, ils se sont endettés pour acheter là où c'était possible. Plus de cinquante ans après sa construction, et malgré des efforts de rénovation, puisque les collectivités locales ont financé le rachat et la remise en état de plusieurs bâtiments par deux bailleurs sociaux, elle reste une des cités les plus déshéritées de la ville.

Dans d'autres villes, ce sont des logements de cités HLM qui ont été mis en vente, parce que leur entretien revenait trop cher aux sociétés gestionnaires. Mais les petits propriétaires peuvent encore moins subvenir aux travaux d'entretien et de rénovation nécessaires. L'opportunité d'accéder à la propriété de son logement devient alors un piège : certains habitants, ne pouvant plus payer les réparations coûteuses, préfèrent alors déménager, quitte à revendre leur appartement à perte.

De tels bidonvilles verticaux se sont développés dans nombre de banlieues pauvres, dans les régions les plus urbanisées de l'Île-de-France ou des régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Rhône-Alpes, et toujours lorsque le logement social en nombre insuffisant a contraint bon nombre de familles pauvres à se tourner vers les copropriétés en dernier recours. Du coup, ces familles, alors qu'elles auraient le plus besoin d'aide, ne peuvent bénéficier des garanties et des services d'un organisme HLM ou, pire encore, elles se retrouvent livrées aux marchands de sommeil qui exploitent leur détresse.

Profitant de la crise du logement, certains propriétaires peu scrupuleux, véritables marchands de sommeil, rachètent à bas prix des appartements pour ensuite les louer à des prix prohibitifs, en entier ou à la découpe, plusieurs familles pouvant se partager les différentes pièces. Encaissant des loyers sans commune mesure avec le bien proposé, ils ne payent pas pour autant leurs charges, ce qui accélère encore la faillite de ces copropriétés.

Les gouvernements successifs n'ont apporté aucune solution

Face à l'ampleur de la crise du logement, les gouvernements qui se succèdent sont impuissants, d'abord parce qu'ils respectent avant toute chose la propriété privée. Les seules lois un tant soit peu contraignantes ne s'appliquent qu'à l'État ou aux collectivités locales, car il ne faut surtout pas toucher aux intérêts des promoteurs privés, des banquiers ou des rentiers.

Depuis 2007, la loi DALO, sur le droit au logement opposable, permet à un mal-logé d'attaquer une collectivité qui ne lui assure pas un toit décent. Dans le meilleur des cas, la collectivité condamnée doit payer une astreinte qui est censée abonder un fonds pour la construction de futurs logements. Mais qu'est-ce que cela change pour le sans-logis ou le mal-logé d'aujourd'hui ? Sans compter qu'il peut être expulsé même s'il a fait condamner l'État, comme l'a montré un rapport récent. Finalement, la loi DALO ne fait que substituer à des demandes de logements prioritaires une demande super prioritaire, alors que le problème de construire des logements supplémentaires reste entier.

La ministre écologiste du Logement Cécile Duflot (2012-2014) a voulu laisser sa marque, elle aussi. En janvier 2013, un premier décret a prolongé la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain, 2000) en imposant le relèvement de 20 à 25 % du nombre de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Île-de-France) et en multipliant par cinq les pénalités exigibles des communes récalcitrantes. Comme elles ont jusqu'en 2025 pour y parvenir, les demandeurs ne sont pas au bout du tunnel.

Mais sa grande loi, adoptée cette année, la loi ALUR (Accès au logement et un urbanisme rénové, 2014), a été complaisamment vantée dans la presse comme présentant des « avancées » pour les locataires, notamment l'encadrement des loyers du secteur privé. Pourtant, cet encadrement des loyers arrive bien tard, bien après la flambée des prix. Mais aussi limité qu'il soit, puisqu'il ne s'agit pas de bloquer les loyers, et encore moins de les baisser, le Conseil constitutionnel l'a censuré en partie, défendant les propriétaires. De plus, la loi a confié l'établissement du loyer de référence, non aux associations de locataires, mais aux agences immobilières, qui sont bien les dernières à vouloir limiter les augmentations de loyers ! Quant à la mise en place de la garantie universelle des loyers, cela s'adresse plus aux propriétaires qu'aux locataires, et ne règle pas le problème de la cherté du loyer. Enfin, alors que les associations défendant le droit au logement réclamaient un moratoire sur les expulsions locatives, elles ont obtenu seulement que la trêve hivernale soit prolongée de quinze jours, les expulsions ne recommençant qu'au 1er avril 2014 au lieu du 15 mars. En bref, la loi ALUR a du plomb dans l'aile.

Mais les investisseurs privés auront droit, eux, à leur dispositif Duflot, qui prévoit comme ses prédécesseurs une réduction d'impôts conséquente de 6 000 euros par an, soit 54 000 euros sur neuf ans, pour un investissement de 300 000 euros. La seule nouveauté du « Duflot » est de le réserver à certaines zones, celles où la demande de logements est la plus forte.

Le profit de quelques-uns au détriment des besoins de la majorité

Finalement, quel que soit le gouvernement, l'État continue de se désengager de la construction de logements. Et le faible budget qu'il y consacre atterrit de plus en plus directement dans la poche des promoteurs immobiliers et des banquiers. Les budgets sociaux attribués aux locataires sont de plus en plus réduits, le gouvernement actuel prolongeant l'œuvre de la droite. Le gouvernement Ayrault avait désindexé les allocations logement de l'indice de référence des loyers. Celui de Valls va encore plus loin, et attaque directement le montant des aides au logement dans son pacte de responsabilité.

Pour réduire le mal-logement et la cherté des prix, il faudrait, au contraire, construire massivement des logements de qualité à des prix abordables. Ce serait le seul moyen de mettre un peu en échec la spéculation immobilière, et de mettre fin aux pratiques de tous ceux qui s'enrichissent de la pénurie.

Dans l'immédiat, l'État pourrait s'attaquer au mal-logement en prenant des mesures d'urgence. D'abord, la réquisition immédiate de tous les logements inoccupés - rien qu'en Île-de-France il y a plus de 320 000 logements vides -, ainsi qu'une partie des surfaces sous-occupées par les plus riches : un hôtel particulier de plusieurs centaines ou milliers de mètres carrés pour une seule famille bourgeoise, c'est indécent lorsque des milliers de familles dorment dans la rue. Ensuite, la construction massive de logements bon marché, pour résorber la pénurie actuelle et faire baisser les prix du marché, mais aussi pour anticiper sur les besoins à venir. L'État pourrait embaucher lui-même les maçons, les ingénieurs de la construction indispensables - il ne manque pas de bras avec le chômage actuel ! - au lieu de distribuer l'argent public aux financiers et aux capitalistes. Et s'il n'a pas les terrains, il a les moyens de les réquisitionner. Mais une telle politique exigerait un gouvernement ayant le courage et la force de s'en prendre aux intérêts de la bourgeoisie, ne serait-ce que dans ce domaine limité, et sans s'arrêter devant la propriété privée.

Seul un gouvernement issu de la mobilisation des travailleurs pourrait avoir la volonté de faire cela, comme la Commune de Paris de 1871 promulguant un moratoire sur les loyers, ou la Révolution russe de 1917 réquisitionnant tous les bâtiments disponibles pour loger la population qui vivait dans des taudis.

Il n'y a rien de tel à attendre par contre du gouvernement actuel, qui est, comme ses prédécesseurs, bien plus préoccupé de défendre la propriété bourgeoise que les besoins de la population. Alors que le chômage massif mène la société à la catastrophe, il n'est même pas capable d'empêcher des groupes riches à milliards comme PSA ou La Redoute de licencier, il ne veut surtout pas contraindre les familles Peugeot ou Pinault à prélever sur leurs profits de quoi maintenir les emplois et les salaires de tous. De la même manière, un gouvernement aussi respectueux de l'ordre social actuel est incapable de soulager les effets désastreux de la crise du logement, en commençant par loger les sans-abri dans les immeubles vides.

Mais, de façon plus générale, la question du logement ne trouvera de solution que dans une société organisée de façon radicalement différente, une société basée sur les intérêts de la collectivité et non dominée par l'argent et la propriété privée.

6 mai 2014