Afrique du Sud - La classe ouvrière, un an après Marikana

Εκτύπωση
septembre-octobre 2013

Le 16 août 2012, la police sud-africaine abattait 34 mineurs en grève à la mine de platine Lonmin de Marikana. Ce massacre devait servir d'étincelle à la plus grande vague de grèves sauvages jamais vue dans le secteur minier du pays. L'une des caractéristiques de cette vague de grèves fut la remise en cause par les grévistes du monopole du syndicat officiel des mineurs, le NUM, qu'ils jugeaient trop lié tant aux trusts miniers qu'au pouvoir du Congrès national africain (ANC).

Un an après le massacre de Marikana, quelle est la situation de la classe ouvrière sud-africaine ? C'est à cette question que tentent de répondre nos camarades britanniques de Workers' Fight dans un article paru en juin (Class Struggle, n°99, juillet-septembre 2013) dont nous publions de larges extraits ci-dessous.

Un an après le massacre de Marikana, le principal problème auquel se trouve confrontée la classe ouvrière sud-africaine reste celui de ne disposer d'aucune organisation indépendante capable de préserver ses intérêts face à la faillite totale des organisations politiques et syndicales qui parlent en son nom.

Le mouvement syndical officiel, la Confédération des syndicats sud-africains (Cosatu), est la troisième composante du gouvernement de l'Alliance tripartite, dirigé par l'ANC et son leader, le président Jakob Zuma. Et, face à la corruption notoire et à l'avidité des politiciens au pouvoir, de plus en plus de travailleurs se demandent comment Cosatu peut les représenter. La dégénérescence de la confédération se manifeste par la multiplication de ses querelles intestines et des accusations de corruption (fondées ou non) à l'encontre de son secrétaire général, Zwelinzima Vavi.

Quant aux syndicats qui occupent aujourd'hui le devant de la scène politique, le syndicat national des mineurs (NUM), affilié à Cosatu, et un rival relativement récent, l'Association syndicale des travailleurs des mines et de la construction (AMCU), ils sont engagés dans une guerre territoriale meurtrière dans le bassin platinifère de Rustenburg, dans la province du Nord-Ouest. Celle-ci fait suite à l'assassinat de militants syndicaux connus pour être critiques du NUM, assassinats organisés soit par les patrons des mines, soit par le NUM, voire par les deux à la fois, avec l'aide de la police.

Un an après, les assassinats continuent

Aujourd'hui, AMCU, qui dit compter dans ses rangs 70 % des mineurs du groupe Lonmin, cherche désespérément à prendre la place précédemment occupée par le NUM, ce qui n'augure rien de bon pour les travailleurs. Du coup, les luttes que mènent les responsables d'AMCU visent bien moins les compagnies minières et l'exploitation qu'elles imposent aux travailleurs que leur refus de reconnaître à AMCU le monopole syndical dont jouissait le NUM auparavant.

C'est ainsi que l'une de leurs récentes revendications a été la fermeture du local du NUM situé près de la colline de Wonderkop, qui avait servi de point de rassemblement aux grévistes de Marikana en 2012. Ayant appelé à la grève le 15 juin pour appuyer cette revendication, AMCU a annulé son mot d'ordre au dernier moment après avoir été invité à discuter du problème avec la compagnie, sous les auspices du vice-président sud-africain (et ancien secrétaire général du NUM à la fin des années 1980), Kgalema Motlanthe.

Motlanthe, de son côté, essaye de négocier un nouvel accord entre les compagnies minières et les syndicats. Cette initiative survient alors que ni les compagnies ni le gouvernement n'appliquent les engagements sur les salaires et les conditions de travail qu'ils avaient pris après la vague de grèves de l'an dernier. Il ne faut donc pas s'étonner si, entre-temps, les grèves sauvages se sont multipliées. À tout cela vient s'ajouter la nervosité croissante des compagnies minières à l'approche des négociations salariales, qui doivent s'ouvrir en juillet.

En toile de fond, se poursuit l'enquête de la commission Farlam, sous la direction d'un juge à la retraite, nommé en septembre 2012 par le président Zuma, officiellement pour faire la lumière sur le massacre de Marikana. À ce jour, sept témoins cités par cette commission ont été assassinés avant même de pouvoir témoigner, ce qui a conduit la commission à cesser de divulguer les noms de ses témoins. Plusieurs participants ont été passés à tabac, dont l'un des avocats des mineurs, tandis que d'autres ont reçu des menaces de mort. Et ce n'est évidemment pas un hasard si la plupart des victimes de ces meurtres, sévices et tentatives d'intimidation, devaient témoigner contre la police.

Mawethu Steven, le septième témoin assassiné le 12 mai dernier, était l'un des principaux responsables d'AMCU dans le bassin du platine. Surnommé « Steve Khululekile », il avait été au centre d'une grève à la mine Lonmin de Karee (près de Marikana) en 2011, un an avant le massacre. À l'époque, Steve était le principal délégué NUM de cette mine, où il jouissait de la confiance de la plupart des mineurs. C'est précisément ce qui semble lui avoir attiré l'hostilité des responsables du NUM, qui lui opposèrent un candidat aux élections. Pris de colère, les mineurs manifestèrent leur soutien à Steve en battant son challenger à mort, semble-t-il avec l'accord de Steve. Lorsque le NUM riposta en suspendant Steven et les autres délégués de Karee, ses 9 000 mineurs cessèrent le travail. Lonmin riposta en les licenciant. 7 600 d'entre eux furent réintégrés mais pas Steve ni ses camarades militants, qui furent inscrits sur la liste noire de Lonmin. C'est alors qu'AMCU proposa un poste de permanent à Steve et la quasi-totalité des mineurs de Karee quittèrent le NUM pour le suivre dans ce syndicat.

Il y a toujours beaucoup de colère parmi les mineurs, à la fois du fait de leurs conditions de vie lamentables, tant dans les taudis où ils vivent, sans eau potable ni sanitaires, et où s'entassent des ordures jamais collectées, qu'au fond de la mine, et du fait du long passé de collaboration des dirigeants du NUM avec les compagnies minières. Cette colère éclata après le massacre de Marikana. Steve fut l'un des initiateurs du comité qui coordonna une grève quasi générale dans toutes les mines du bassin platinifère de Rustenburg. Cette grève, pour un salaire de 12 000 rands (880 euros), s'étendit ensuite spontanément à presque tout le secteur minier du pays, sous l'impulsion de militants de base, tant du NUM que d'AMCU. À Lonmin comme dans d'autres compagnies, les travailleurs obtinrent ainsi des augmentations de salaires conséquentes. C'est ce que les patrons de Lonmin n'ont jamais pardonné à Steve et à ses semblables.

Ces grèves furent la première révolte à grande échelle contre les trahisons des directions syndicales, reflétant le fait que de nombreux travailleurs des mines avaient pris conscience de la nécessité de développer leur propre organisation indépendante. En ce sens, elles ont marqué un tournant, qui aurait pu ouvrir la voie à l'émergence d'une nouvelle organisation, débarrassée du gangstérisme et de la brutalité qui avaient caractérisé les pratiques de l'appareil du NUM jusque-là.

Malheureusement, il n'en a rien été. En l'absence de toute autre perspective, les mineurs n'ont pas trouvé d'autre façon de se défendre contre les pratiques du NUM que d'y répondre en utilisant des méthodes similaires. Et, faute d'autre alternative, leur indépendance naissante a été canalisée par AMCU contre le NUM, et ceci bien que les pratiques d'AMCU ne soient pas très différentes de celles du NUM.

Quant à Steve Khululekile, il a été abattu le 12 mai 2013. Personne n'a été arrêté à ce jour. Le NUM a nié toute implication, laissant entendre que le meurtre aurait été organisé par AMCU. Mais quel qu'en ait été le responsable, cet assassinat a été un coup pour les travailleurs. En apprenant la nouvelle, des centaines de travailleurs ont convergé vers le bar où Steve venait d'être tué. Les résidents d'un bidonville proche de la mine de Marikana se sont rassemblés à Wonderkop, faisant face à la police qui tentait de les disperser à coups de balles en caoutchouc. Les mineurs ont ensuite essayé de trouver les auteurs de l'assassinat, et des suspects du NUM ont apparemment été passés à tabac et certains tués.

Il ne faut sans doute pas s'étonner si, dans ce climat de peur et de représailles, les militants locaux d'AMCU, dont Bhele Dlunga, un ancien dirigeant du comité de grève de la mine de Marikana, qui est également cité comme témoin par la commission Farlam, sont convaincus que le meurtre de Steve fait partie d'un plan concerté dont ils seraient les cibles, au point que certains ont choisi de passer dans la clandestinité.

Le NUM se cramponne à son monopole

Le 1er mai dernier, Cyril Ramaphosa, cet ancien fondateur du NUM devenu millionnaire, membre du conseil d'administration de Lonmin jusqu'en décembre 2012, aujourd'hui vice-président de l'ANC et candidat à la succession de Zuma à la présidence du pays, avait prononcé un discours à Rustenburg appelant à l'existence d'« un seul syndicat ». Chacun savait qu'il entendait par là que le NUM devait retrouver son monopole syndical. Mais le NUM s'est montré incapable de tirer les leçons de l'année écoulée. Plus il est rejeté par les travailleurs, plus il tente d'imposer son autorité par la force, usant pour cela du soutien de la direction de Cosatu (que domine le Parti communiste sud-africain) et de l'appareil d'État dominé par l'ANC.

Face au NUM, une seule alternative s'offre aux militants des mines de Rustenburg : celle d'AMCU, qui n'aspire qu'à prendre la place du NUM, avec la docilité et les pratiques corrompues que cela implique. Mais, d'un autre côté, ils ont toutes les raisons de se sentir menacés par l'alliance formée par les compagnies minières, l'ANC et les responsables du NUM.

Ainsi par exemple Chris Griffith, PDG d'Anglo American Platinum (Amplats), a fait savoir qu'il attendait du gouvernement qu'il intervienne pour mettre fin à la « violence minière ». « Il ne s'agit pas que l'armée vienne dans les mines » a-t-il ajouté, mais que le gouvernement fasse « les investigations nécessaires » pour pouvoir « cibler des individus de façon chirurgicale » avec l'aide de la police. Cela en dit long sur le rôle d'Anglo American dans les assassinats récents.

De son côté, l'actuel secrétaire général du NUM, Frans Baleni, continue de dénoncer « une troisième colonne » qui « déstabilise la communauté minière sud-africaine », termes très similaires à ceux employés par le porte-parole du Parti communiste sud-africain, Jeremy Cronin. Quant à la ministre des Mines, Susan Shabangu, dans un discours à une assemblée du NUM, le 24 mai, elle a affirmé que cette « troisième colonne » n'avait « qu'un seul objectif : celui d'infliger une défaite définitive à l'ANC et de le déloger du pouvoir... »

Baleni est allé jusqu'à évoquer des militants venus des États-Unis et de Grande-Bretagne : « Nous sommes assiégés par des forces extérieures. Nous ne pensons pas qu'AMCU soit capable de ça [les violences]. » De même, quelques semaines plus tard, le secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, a accusé explicitement des Suédois et des Irlandais d'être responsables de l'« anarchie » à Marikana. Cette déclaration étrange faisait suite à la visite à Rustenburg de Joe Higgins, député au Parlement irlandais et membre du Comité pour une Internationale ouvrière (groupement international lié au Socialist Party britannique), qui avait été invité par sa section sud-africaine, le Mouvement démocratique socialiste (DSM). Suite à cette visite, une militante du DSM d'origine suédoise, Liv Shange, s'est vue menacée de perdre son visa de résidence, bien que vivant dans le pays depuis dix ans et étant mariée à un Sud-Africain avec qui elle a eu deux enfants.

Les attaques des dirigeants de l'ANC et de Cosatu contre cette « troisième colonne » peuvent paraître absurdes. Mais elles pourraient offrir une porte de sortie à AMCU, en lui permettant de se désolidariser de certains militants trop contestataires (parce que supposés être sous influence « étrangère » !) et d'apposer sa signature au projet d'accord proposé par Kgalema Motlanthe pour l'ensemble du secteur minier, ce qui l'intégrerait du même coup au cadre traditionnel de coopération entre le NUM et les compagnies minières...

En évoquant ce projet, Motlanthe lui-même a tenu à montrer sa bonne volonté à l'égard d'AMCU en expliquant que « dans les premiers jours de l'agitation [à Marikana], il n'aurait pas été juste d'accuser AMCU, parce qu'à l'époque les travailleurs n'étaient pas vraiment dans ce syndicat. Ces travailleurs s'étaient organisés au sein de comités en dehors du NUM ».

Aux termes de ce projet d'accord, AMCU s'engagerait à respecter la loi, c'est-à-dire à ne plus recourir à la grève hors du cadre légal (donc, plus de grèves « sauvages » ou sans préavis) et à limiter ses revendications salariales à la seule période des négociations annuelles. Ce projet stipule également le pourcentage de syndiqués qu'un syndicat doit avoir parmi les travailleurs d'une mine pour y être reconnu représentatif. Ce point reste très controversé car AMCU et le NUM s'accusent mutuellement de recourir à la fraude pour gonfler leurs listes d'adhérents. Ces accusations ont d'ailleurs suscité des mouvements de grève spontanée : le 20 juin dernier, 4 000 travailleurs d'Amplats ont refusé de remonter à la surface lorsque leurs délégués AMCU ont été suspendus par la compagnie, qui les accusait de telles pratiques frauduleuses.

Vers la fin juin, dans la province du Nord-Ouest, les dirigeants de Cosatu ont repris leur campagne en annonçant une série de marches sur les mines de Lonmin, Impala Platinum et Amplats, pour revendiquer « la fin des violences et de la répression envers les syndicats », ce qui revenait à une provocation vis-à-vis de la majorité des travailleurs qui avaient désormais rejoint AMCU. Parce qu'ils étaient très minoritaires, les partisans du NUM ne pouvaient organiser de telles manifestations que sous la protection de la police et des agents de sécurité des mines, ce qui impliquait le risque de violents affrontements, risque que les dirigeants de Cosatu étaient apparemment prêts à prendre malgré tous leurs discours moralisateurs.

La richesse... et les salaires de misère

Pendant ce temps, l'Afrique du Sud continue d'être l'une des sociétés les plus inégalitaires au monde.

Dans la mesure où c'est le pays le plus riche du continent africain, il regroupe une bonne partie des Africains que les statisticiens rangent dans la catégorie des « ultra-riches » (ceux dont la fortune dépasse les 30 milliards de dollars). Parmi ces individus, au nombre de 187 380 dans le monde, 2 535 sont en Afrique dont 785 en Afrique du Sud, soit près d'un tiers.

Selon le Sunday Times britannique, l'homme le plus riche d'Afrique du Sud, Patrice Motsepe, doit sa fortune à African Rainbow Minerals, une compagnie couvrant tous les domaines du secteur minier. De son côté, usant d'une autre mesure de la richesse, le magazine américain Forbes attribue la première place à Nicky Oppenheimer, grâce à sa participation de 2,3 % dans Anglo American. Un autre palmarès de la richesse, publié sous le titre « Qui possède qui ? », place aussi Motsepe en première position, suivi de Cyril Ramaphosa (grâce à ses parts dans diverses compagnies minières, dont Lonmin) avec, en troisième position, Sipho Nkosi, le PDG d'Exxaro Resources (fer et charbon). Tous ces poids lourds sud-africains de la fortune sont donc liés au secteur minier. D'ailleurs, plus de la moitié des Sud-Africains noirs les plus riches sont liés à seulement deux groupes miniers, Exxaro Resources et Optimum Coal. Tous ont donc d'autant plus de raisons de vouloir que la « discipline » règne dans les rangs des mineurs et que le NUM fasse preuve de docilité, tout comme AMCU, d'ailleurs.

Alors que les émoluments et avantages divers des PDG des grandes entreprises sud-africaines sont comparables à ceux de leurs homologues britanniques (par exemple, le PDG de la compagnie de téléphonie mobile MTN, Sifiso Dabengwa, a gagné au total 1,81 million d'euros au cours de l'année 2012-2013), il n'en va pas de même pour les travailleurs.

Un employé de sécurité gagne environ 3 000 rands (220 euros) par mois. Même les mineurs relativement mieux payés de la mine Lonmin de Marikana ne gagnent pas plus de 12 000 rands (880 euros). Lorsque ces mineurs ont revendiqué cette somme l'année dernière pendant leur grève, elle a été qualifiée d' « irréaliste ». Pourtant, la seule chose irréaliste là-dedans, c'est que même si ce salaire est plus élevé que la plupart des salaires ouvriers, une famille de quatre personnes a encore bien du mal à joindre les deux bouts avec !

Mais, si les salaires du platine sont comparables à ceux de Lonmin, la situation est bien pire dans les autres mines. L'immense vague de grèves qui s'est étendue dans tout le secteur minier à la suite de la grève de Marikana, dans l'espoir d'obtenir une augmentation de salaire comparable, fut finalement interrompue au début de 2013 par des licenciements en masse. C'est la tactique habituelle des patrons pour forcer les grévistes à reprendre le travail, après quoi ils réintègrent la majorité des licenciés (sauf les « meneurs ») et font quelques petites concessions. De sorte qu'aujourd'hui, par exemple, dans les mines d'or, les salaires de la plupart des travailleurs tournent autour de 5 000 rands (366 euros) par mois.

Pire, ce sont les suppressions d'emplois et les fermetures de sites qui menacent maintenant les mines d'or, sous prétexte que le cours mondial de l'or s'est effondré. Les barons de l'or pleurent misère, se plaignant de la baisse de rentabilité des mines et affirmant qu'ils devront en fermer et réduire très sérieusement leurs coûts de production. Ils sont même allés jusqu'à inventer un nouveau calcul du coût de production de l'once d'or pour mieux corroborer leurs dires lors des négociations salariales.

En dehors du secteur du platine, les mineurs revendiquent des augmentations de salaire de 60 à 100 % et il se pourrait qu'ils fassent grève pour appuyer ces revendications. Mais même avec 100 %, les mineurs les moins bien payés n'arriveraient toujours pas au niveau des foreurs de fond de Lonmin, pour un travail tout aussi dangereux.

La réponse du gouvernement à ces revendications a été résumée par Trevor Manuel, ancien ministre des Finances et enfant chéri des milieux d'affaires internationaux, qui s'est empressé de l'attribuer au fait que les mineurs sont victimes des requins du crédit, mais il ne lui est pas venu à l'esprit de se demander pourquoi ces travailleurs pouvaient bien y avoir recours !

Les moins payés et ceux qui ne le sont pas du tout

En dehors du secteur minier, les ramasseurs de fruits de la province du Western Cape avaient mené une série de grèves très combatives durant les mois suivant la grève de Marikana. Mais Cosatu avait réussi à mettre fin à ces grèves en signant un accord prévoyant un salaire minimum de 105 rands (7,70 euros) pour une journée de 9 heures, bien en dessous de la revendication pourtant très modeste de 150 rands/jour des grévistes. Ce salaire minimum aurait dû entrer en application au 1er mars. Mais les gros propriétaires en sont toujours à pleurnicher qu'avec de tels salaires, leurs exploitations ne peuvent pas être viables. De toute façon, il est probable que ce salaire minimum soit peu respecté car la probabilité d'une visite de l'inspection du travail est faible et les amendes (un pourcentage des sommes manquantes sur le salaire) sont négligeables. De plus, certains exploitants ont obtenu des dérogations, tandis que d'autres ont décidé de mécaniser, se passant ainsi d'une bonne partie de leurs salariés.

Pour les autres travailleurs, il n'y a pas de salaire minimum légal, sauf pour certaines catégories considérées comme particulièrement vulnérables : les employés domestiques, les chauffeurs de taxi, les salariés du ménage industriel, les agents de sécurité, les employés de commerce, ceux des eaux et forêts, les salariés chargés de la formation et ceux chargés de la petite enfance. Le salaire minimum de ces catégories tourne autour d'une moyenne de 1 500 rands (110 euros) par mois. Quant aux bénéficiaires de la retraite d'État, ils ne peuvent espérer plus de 1 280 rands (94 euros) par mois, et encore à condition d'avoir plus de 75 ans. Mais comme le seuil de pauvreté est officiellement fixé à 515 rands (38 euros) par mois, le gouvernement a le culot de présenter de tels revenus comme généreux ! Et tant pis si personne ne peut en vivre !

Quant aux chômeurs, qui représentent officiellement 25,2 % de la population en âge de travailler, les trois quarts ayant moins de 34 ans, comment font-ils pour survivre ? Il y a bien des allocations sociales, mais uniquement pour couvrir les besoins élémentaires des enfants de moins de 15 ans, dont les parents (ou ceux qui en ont la charge) sont sans emploi ou dans une extrême pauvreté. Mais à raison de 260 rands mensuels (19 euros) par enfant, ces allocations ne couvrent que d'infimes besoins. Au-delà, il faut se débrouiller. De nombreux jeunes se tournent vers la rue, recourant à la mendicité, empruntant de l'argent à qui ils peuvent ou le volant. On peut les voir faire de l'équilibrisme entre les files de voitures aux feux rouges, proposant toutes sortes de menus services, dans l'espoir de quelques pièces.

Aujourd'hui au moins, il y a des cliniques qui délivrent gratuitement des soins de base et, en particulier, des antirétroviraux à ceux qui ont le virus du sida (20 % de la population). Mais les approvisionnements sont souvent insuffisants, ce qui, dans le cas du sida, entraîne des interruptions de traitement qui facilitent le développement de résistances aux médicaments chez les patients.

Le nombre des sans-abri est considérable. Beaucoup squattent ou vivent dans les innombrables bidonvilles, que l'on appelle officiellement « campements informels ». C'est particulièrement vrai des travailleurs migrants, qui fuient une situation pire encore dans les pays voisins tout en subissant, en plus, une atmosphère xénophobe toujours présente depuis les émeutes meurtrières de 2008.

Pour résumer, le fossé entre riches et pauvres saute aux yeux : d'un côté la dégradation, les bidonvilles et leurs monceaux d'ordures, et de l'autre, bien séparées, les banlieues riches des grandes villes, sillonnées des 4x4 rutilants de leurs habitants, avec leurs gigantesques demeures supersécurisées, entourées de hautes enceintes électrifiées.

La colère déborde

Malgré la récession, qui a particulièrement touché le secteur de la construction, on continue de construire d'immenses centres commerciaux, souvent financés par les fonds de pension des travailleurs ! Pourtant les commerces ont de plus en plus de mal à y survivre, même dans des centres à la mode tels que celui de Rosebank, à Johannesburg.

C'est ainsi que Soweto, l'ancien ghetto noir de Johannesburg, compte aujourd'hui 23 centres commerciaux alors même que les bidonvilles se multiplient entre les micro-maisonnettes datant du temps de l'apartheid et que leurs occupants, poussés à bout, manifestent régulièrement contre leurs conditions d'existence et se font tout aussi régulièrement tuer.

La pauvreté se développe dans tout le pays et, avec elle, le manque criant de logements et d'infrastructures de tous ordres. C'est ce qu'illustrent les manifestations sans fin dans les quartiers pauvres, tant dans les bidonvilles que dans ceux qui sont bâtis en dur, contre l'absence ou l'insuffisance des services publics les plus élémentaires, tels que l'eau courante, l'électricité ou la collecte des ordures. La violence policière, souvent meurtrière, en réponse à ces manifestations, est révélatrice de la dégradation politique et sociale qui gagne à tous les niveaux : le massacre de Marikana ne fut pas une exception, même s'il choqua par son ampleur.

Les « poo-protests » (littéralement, « manifestations de m... »), qui se sont déroulées dans les provinces de l'Eastern Cape et du Western Cape, sont la dernière réaction en date à l'incurie des autorités. Elles ont été inspirées par une initiative délibérément provocatrice de la Ligue des jeunes de l'ANC, qui a déversé un monceau d'excréments devant Hellen Zille, la dirigeante du principal parti concurrent de l'ANC, l'Alliance démocratique, qui est au pouvoir dans la province du Western Cape. Celle-ci inclut la ville du Cap, mais aussi les immenses ghettos de Cape Flats, dont le bidonville tentaculaire de Kayelitsha. À la population de ces ghettos, qui attend des installations sanitaires depuis si longtemps, le gouvernement provincial avait osé proposer des toilettes portatives (de simples boîtes qu'il faut vider plusieurs fois par jour) en lieu et place de tout-à-l'égout !

La situation est encore pire dans la province de l'Eastern Cape, où l'ANC est au pouvoir. Seuls 49 % des habitants ont l'eau courante, 28 % partagent un robinet public et 14 % n'ont pas de toilettes du tout. Comme de plus en plus d'élus municipaux ont eu leur porte aspergée d'excréments et qu'une opération similaire a eu lieu à l'aéroport international du Cap, le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi, a cru devoir pousser l'hypocrisie jusqu'à dénoncer ces manifestations comme irresponsables, parce que dangereuses pour la santé publique ! Mais, ces « poo-protests » donnent la mesure de l'exaspération de la population face à des politiciens qui ne tiennent pas leurs promesses.

Chaque jour on rapporte ainsi de violentes manifestations contre l'incurie des autorités en matière de services publics et des attaques contre les élus locaux, sinon contre leurs personnes, au moins contre leurs biens ou leurs bureaux. Le 24 juin dernier par exemple, le bureau d'un élu du ghetto d'Umlazi, au sud de Durban, capitale du KwaZulu-Natal, a été incendié. Depuis les élections municipales de mai dernier, des élus d'Ekuhuleni, de Soweto, de Komatipoort et d'innombrables autres municipalités ont eu leurs maisons détruites. La situation s'est tellement détériorée que l'Association des municipalités sud-africaines offre une assurance spéciale aux conseillers municipaux, financée par le contribuable à raison de trois millions de rands (220 000 euros) par an. Cette assurance comprend une assurance-vie et couvre les dommages corporels et ceux aux biens. Reste à savoir si on trouvera aussi trois millions de rands supplémentaires pour l'amélioration des services publics de base dont ces élus se soucient si peu...

Et tandis que le scandale du manque de manuels scolaires, des écoles sans toilettes ou, comme dans la province du Limpopo, des écoles sans toit continue, le fait est que l'éducation se dégrade sérieusement : le recensement de 2011 indique que seuls 12 % des Sud-Africains disposent d'une formation supérieure et que 72 % n'atteignent pas la fin du cycle secondaire.

Et pourtant on ne peut pas dire que les municipalités manquent toutes de moyens, comme le montrent les gros investissements destinés à mettre en place un péage électronique sur une nouvelle autoroute de la province du Gauteng, autour de Johannesburg. L'entrée en fonction de ce système a pris du retard du fait de l'opposition des usagers et de leur refus de s'enregistrer pour le péage, avec le soutien de Cosatu, qui se montre plus disposé à adopter une position « radicale » sur ce terrain que sur celui de la lutte contre les attaques du patronat. De plus, il semble que certains ont dû profiter de l'attribution de ce contrat à l'entreprise autrichienne Kapsch TrafficCom, qui a déclaré à ses actionnaires que l'opération lui rapporterait un profit d'au moins 49 millions d'euros, au grand embarras du gouvernement sud-africain, qui avait prétendu que personne ne ferait de bénéfice et que le revenu du péage serait réinvesti dans le réseau routier... Quoi qu'il en soit, comment peut-on justifier des dépenses aussi extravagantes pour imposer un racket digne d'un pays riche aux conducteurs d'un pays pauvre ?

La corruption, et jusqu'au plus haut niveau

La faillite des institutions gouvernementales à tous les niveaux est d'autant plus choquante qu'elle s'accompagne d'une corruption généralisée, devenue si normale qu'elle n'étonne plus personne. Un emploi dans les institutions de l'État semble aller de pair avec le droit de toucher des pots-de-vin. Compte tenu de la dureté des conditions de vie pour la grande majorité de la population, cette corruption pourrait susciter la colère. Mais il règne une désillusion voire une résignation telles que cette corruption est généralement acceptée avec un certain fatalisme. Et il semble malheureusement que ce soit l'état d'esprit dominant parmi les employés de ces mêmes services publics, qui ne fournissent pas ce qu'ils devraient et au sujet desquels la population pauvre manifeste.

Et pourquoi ces employés ne se serviraient-ils pas eux aussi dans la caisse quand c'est ce qu'a fait, jusqu'ici avec impunité, le président Zuma ? Sa culpabilité dans le scandale de 2009, quand il a reçu un pot-de-vin du fabricant d'armes français Thomson-CSF, était évidente, mais il s'en est tiré grâce à des tribunaux eux aussi corrompus. Et cela, sans parler du scandale plus récent du « Nkandlagate », dans lequel Zuma a prétendu, contre toute évidence, ignorer que le « réaménagement » de sa résidence personnelle au KwaZulu-Natal avait coûté 206 millions de rands (15 millions d'euros) aux fonds publics.

Et puis, il y a les relations de Zuma avec les Gupta, une famille de milliardaires indiens qui possède plusieurs affaires en Afrique du Sud, dont le groupe de sous-traitance JIC Mining Services. Les Gupta ont utilisé leurs liens avec Zuma pour accueillir leurs invités sur une base aérienne militaire proche de Sun City lors d'un mariage. Bien sûr, cela peut paraître anecdotique, mais il y a plus sérieux. Comme le fait que l'un des fils de Zuma, Duduzane, soit l'associé en affaires de Rajesh Gupta et que leurs nombreuses entreprises (dont la compagnie aérienne Cornair-Kulula) aient décroché une myriade de contrats publics. Inversement, il semble que les Gupta aient trouvé de nombreux « emplois » pour caser la progéniture de dignitaires de l'ANC, dont le fils du Premier ministre de la province de Free State, Tshepiso. Ils emploient aussi la première femme de Zuma, Bongi Ngema-Zuma, comme responsable de la communication et du marketing de JIC Mining Services. De plus, les Gupta partageront avec Duduzane Zuma une partie des profits d'un contrat public de 550 millions de rands (40,3 millions d'euros) passé avec la China Railway Construction Corporation pour l'amélioration d'infrastructures ferroviaires...

La préparation des élections de 2014

Cette corruption criante alimente le mécontentement de la petite bourgeoisie envers l'actuel gouvernement. C'est ce qui a suscité l'arrivée de nouveaux partis sur la scène politique - et d'autant plus que les élections sont dans moins d'un an - qui tous, quel que soit leur poids réel, se présentent comme une alternative au monopole du pouvoir que l'ANC a réussi à conserver grâce à sa large majorité dans l'électorat et à son implantation ancienne dans la classe ouvrière noire et parmi les pauvres.

Mais l'incurie, la corruption et les rivalités internes de l'alliance formée par l'ANC, le Parti communiste (SACP) et Cosatu ont érodé son crédit au cours des vingt dernières années. Son poids électoral s'est réduit en conséquence, bien que ce phénomène soit plus visible au niveau municipal et dans la montée de l'abstention que dans ses scores aux élections nationales, où elle a encore recueilli 65 % des voix en 2009.

La plupart des partis qui sont apparus récemment sont des copies les uns des autres, tous aussi procapitalistes les uns que les autres, avec juste des noms et des visages différents. De sorte que l'électorat privilégié n'aura que l'embarras du choix en 2014.

Outre l'ANC, bien sûr, il pourra voter pour le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique, et sa dirigeante blanche qui ne rechigne pas à esquisser quelques pas de toyi-toyi pour les caméras (la danse guerrière traditionnelle adoptée jadis par les manifestants noirs contre l'apartheid). Ce parti est perçu comme un parti « blanc », même s'il est aujourd'hui multiracial. Depuis 2009, il gouverne la province du Western Cape avec deux petits partis représentant deux minorités de la région, les métis et les Khoisan (un peuple africain descendant des Hottentots), qui fournissent la main-d'œuvre pauvre des grandes exploitations de fruits et de vignes. Il vise surtout la province de Johannesburg, le Gauteng. Il a déjà commencé à faire campagne à Soweto avec le slogan « Nous avons combattu l'apartheid », pour rappeler qu'il est l'héritier du vieux parti d'opposition blanc du temps de l'apartheid, qui était un peu moins raciste que le régime d'alors. Bien sûr, il dénonce la corruption et l'incurie du régime de l'ANC. Mais la population du Western Cape, qui a fait l'expérience concrète de sa façon de gérer les affaires, a pu mesurer la différence et elle n'en voit aucune.

Il y aura ensuite COPE, un parti créé en 2009 à la suite de l'éviction de Thabo Mbeki (le président d'alors) par Zuma de la direction de l'ANC, éviction d'autant plus aisée que Mbeki s'était fait haïr par son refus de reconnaître la gravité du problème du sida et d'agir en conséquence. Des partisans de Mbeki, eux aussi évincés de leurs postes, formèrent COPE, sur des bases politiques proches de celles de Mbeki, favorables aux privatisations et à un droit du travail plus restrictif. Mais, aux élections de 2009, COPE ne récolta que 7,9 % des votes, ce qui a donné lieu à toutes sortes de discordes entre ses fondateurs, dont beaucoup finirent par quitter le parti.

Plus récemment, le 21 juin, un nouveau parti est apparu : « Agang » ou « Construire ». Son leader, Mamphela Rhamphele est une ancienne dirigeante du mouvement anti-apartheid, ex-compagne de Steve Biko, qui devint ensuite l'un des quatre directeurs généraux de la Banque mondiale avant de prendre la présidence de GoldFields. Son but est de remplacer l'Alliance démocratique comme principal parti d'opposition en faisant d'Agang un parti propatronal qui soit perçu comme une version « propre » de l'ANC. Rhamphele dénonce par exemple l'incompétence et les détournements de fonds récents dans la province du Limpopo, où des manuels scolaires commandés via une entreprise sous-traitante ont fini dans une rivière. Mais on trouve de tels exemples partout et tout le monde sait pourquoi : dès lors qu'un contrat est passé avec un prestataire privé, on ne peut pas compter sur un service décent. Mais ce n'est évidemment pas Ramphele qui mettra un frein au parasitisme de ces requins. Quant à avoir un véritable programme politique, Ramphele n'en a pas : déclarer vouloir « diminuer la pauvreté » ou « améliorer l'éducation et la santé » ne veut rien dire. Qui ne voudrait pas cela ?

Agang vise essentiellement le vote des jeunes (25 des 37,5 millions d'électeurs inscrits auront moins de 35 ans). Agang semble espérer que les choix de ceux qui voteront pour la première fois, et surtout des « nés libres » (les 206 000 électeurs nés depuis 1994), seront moins marqués par la mémoire de l'apartheid que par le souci de leur avenir, et qu'ils ne se sentiront pas tenus de voter ANC comme leurs parents. Si, bien sûr, les uns et les autres votent, ce qui reste à voir.

En effet, d'après une enquête menée par la Commission électorale, la proportion de ceux qui disent avoir confiance dans le fonctionnement démocratique du pays a chuté de 63 % en 2004 à 44 % en 2010. Et seuls 27 % des sondés disent avoir du respect pour les politiciens ! Autant dire que cette désillusion de l'électorat risque de se traduire par une nouvelle montée de l'abstention, comme dans bien d'autres pays.

Agang ne sera pas seul à viser le vote des jeunes. Ce sera aussi le cas du parti des « Combattants pour la liberté économique » fondé par Julius Malema, l'ancien leader de la Ligue des jeunes de l'ANC qui, après avoir aidé Zuma à éliminer Mbeki, a été lui-même exclu de l'ANC. Mais il n'y a pas grand monde pour le prendre au sérieux car, pour l'instant, tout en se déclarant bizarrement « marxiste-léniniste », Malema « combat » surtout pour sa propre « liberté »... de ne pas payer d'impôt, face aux tribunaux.

Quelle voix pour la classe ouvrière ?

En revanche, bien peu de partis disent vouloir se présenter à ces élections pour y défendre les intérêts de la classe ouvrière. Le seul à s'être déclaré officiellement - mais il se peut qu'il y en ait d'autres d'ici le scrutin - est le WASP (Parti socialiste des travailleurs), formé le 21 mars dernier par le DSM sur la base du soutien qu'il dit avoir parmi les anciens grévistes des mines de platine de Rustenburg. Son programme, constitué d'un catalogue de revendications bien sûr légitimes, ne dit pas comment les travailleurs pourraient les imposer, sinon en invoquant la perspective à la fois peu crédible et dérisoire d'une grève générale de 24 heures. Mais il ne parle pas de la nécessité pour la classe ouvrière de se préparer aux combats futurs qui l'attendent, ni avec quels objectifs elle pourrait les mener. Pas plus qu'il n'affirme clairement qu'en fin de compte, il n'y a qu'un seul avenir pour la classe ouvrière et les pauvres : le renversement du système capitaliste.

Et pourtant, la récession économique actuelle, produit de la crise financière mondiale, affecte durement l'économie sud-africaine et la situation de la classe ouvrière. Évidemment, la baisse des revenus du platine est mise au compte des augmentations de salaire des mineurs et de leurs grèves, même si cette baisse est due à une chute de la demande mondiale liée à la crise. Le taux de change s'est écroulé, ce qui favorise les exportations. Mais cela ne suffira pas à éviter aux travailleurs d'avoir à faire face à des licenciements et des fermetures d'entreprises, particulièrement dans les mines et dans l'industrie, qui ont d'ailleurs déjà commencé. Ce sera donc à la classe ouvrière de trouver dans ses rangs les ressources nécessaires pour relever le défi et faire échec à ces attaques. Il y a heureusement dans ce domaine des raisons d'espérer, à voir la ténacité dont elle a fait preuve durant l'année écoulée.

Bien sûr, la classe ouvrière sud-africaine ne dispose pas encore d'un parti qui puisse prendre la direction de ces combats et représenter ses intérêts de classe. C'est à ses éléments les plus conscients et à tous les militants qui feront le choix de se placer dans son camp, qu'incombera la tâche de construire ce parti ouvrier révolutionnaire qui fait tant défaut. Le WASP sera peut-être une étape dans ce processus, ou peut-être pas, et nul ne peut en prévoir les échéances aujourd'hui. Mais la construction d'un tel parti devra être le principal objectif de ceux qui veulent un avenir différent, où les ressources de cette riche et belle terre d'Afrique et, au-delà, du reste de la planète, deviennent la propriété collective de tous ceux qui y vivent et, en particulier, du prolétariat qui en crée toute la richesse.