Motion : Dans les élections... et à côté

Εκτύπωση
Décembre 2003 - Janvier 2004

"Recruter et former des militants communistes révolutionnaires qui soient liés aux préoccupations, aux aspirations du monde du travail, y compris de ses couches les plus exploitées, reste l'axe principal de notre activité. C'est ce que nous essayons de faire avec persévérance en utilisant toutes les occasions pour faire largement connaître nos idées et notre programme et, surtout, d'en démontrer la valeur (souligné par nous, NDLR)."

Voilà donc la perspective que trace le rapport sur "la situation intérieure". Nous sommes d'accord. Mais elle appelle un développement. Car s'il s'agit "surtout, d'en démontrer la valeur", une question se pose immédiatement et légitimement : comment le faire dans l'année qui vient, puisque le congrès est fait pour définir nos orientations et nos tâches dans les 12 mois à venir ?

Recruter et former des militants communistes révolutionnaires dépend certes avant tout du travail individuel de chaque militant pour diffuser ses idées autour de lui ou d'elle. Et de démontrer la valeur de celles-ci en intervenant, en particulier dans son milieu de travail, aux côtés de ceux qui subissent l'injustice, l'oppression ou l'exploitation, dans leurs luttes quotidiennes. C'est notre activité de base, fondamentale, celle sur laquelle repose toute la politique d'une organisation révolutionnaire comme la nôtre, qu'il faut continuer "avec persévérance" dans l'année qui vient comme, sans aucun doute, dans beaucoup de celles qui suivront.

Un parti, même de la simple taille de LO, ne peut pourtant en rester là. Pour une organisation comme la nôtre "utiliser toutes les occasions pour faire largement connaître nos idées et notre programme", c'est ne manquer aucune campagne ou intervention à l'échelle nationale qui permettrait de faire apparaître une force incarnant les idées révolutionnaires et du coup donnant espoir en leur efficacité. Qui peut en effet mettre sa foi dans des idées qui ne sont portées par aucune force tangible ?

Les campagnes électorales qui vont largement occuper le premier semestre de 2004 répondent d'ailleurs à ce double objectif : profiter des moyens exceptionnels qu'elles offrent pour diffuser idées et programme mais aussi montrer que l'extrême gauche existe bel et bien, et est capable d'obtenir un bon score et si possible des élus (ce qui consacre aujourd'hui le succès politique pour les gens ordinaires).

Ces deux campagnes électorales suffisent-elles à remplir l'horizon des 12 mois à venir ? Il nous semble que ce serait un peu court. Pour différentes raisons.

D'abord un parti ouvrier révolutionnaire ne peut apparaître (même s'il doit apparaître aussi évidemment) à l'échelle nationale qu'à l'occasion des campagnes électorales. Son terrain est celui de la lutte de classe, là où se posent les problèmes de la vie quotidienne des travailleurs. Il se doit donc de mener campagne et si possible d'intervenir sur ces problèmes aussi hors des élections, et avec la même intensité que pour les élections. Au moins sur ceux de ces problèmes qu'il juge primordiaux puisque, c'est vrai, nos forces limitées ne nous permettent pas de faire face à tous.

Une autre raison est l'état actuel du mouvement ouvrier. La déliquescence du PCF a créé un grand vide politique. Il a amené des militants à abandonner l'activité (ce qui ne veut pas dire forcément la préoccupation de savoir comment les travailleurs pourraient répondre aux attaques patronales) ; en a poussé d'autres, jeunes ou vieux, anciens du PC ou pas, mais tous rendus méfiants à l'égard de la politique, à se réfugier dans la seule activité syndicale avec toutes ses limites ; incité certains de ceux-ci à chercher quand même un ersatz qui permettrait de faire de la politique sans parti politique, le mouvement altermondialiste étant aujourd'hui celui de ces ersatz en vogue (et celui aussi capable, à l'occasion de ses forums sociaux, de campagnes sinon efficaces du moins spectaculaires) ; donné enfin aux confédérations syndicales, CGT en tête, un prétexte de plus pour réclamer le monopole de la représentation des travailleurs, à l'exclusion des partis politiques qu'on voudrait cantonner, eux, aux élections précisément.

Des interventions nationales (et par là nous entendons bien sûr affiches, tracts, meetings mais aussi propositions aux militants et organisations se réclamant de la classe ouvrière, syndicats, partis, voire associations, de débattre de ce qu'il conviendrait de faire, voire de commencer à l'organiser ensemble ; en gros, même si dans les détails tout est à débattre, ce que le texte intitulé "Nos possibilités d'intervention face à la généralisation des plans de licenciements et de suppressions d'emplois" a commencé de discuter) permettraient de faire apparaître l'organisation révolutionnaire comme prétendant non seulement à la participation mais à la direction des luttes futures éventuelles. Puisque c'est notre objectif, affirmons-le !

Même si durant les 6 mois qui viennent toute notre énergie est consacrée aux campagnes électorales il nous faut dès maintenant envisager, parallèlement ou au moins à la suite des élections, des apparitions nationales sur les deux sujets qui semblent les plus cruciaux pour le monde du travail et sur lesquels se concentrent les attaques gouvernementales et patronales : le chômage et les licenciements et la démolition d'une sécurité sociale déjà insuffisante.

Une apparition nationale des révolutionnaires sur ces questions ne suffirait certainement pas à enclencher les luttes nécessaires. Mais elle changerait les conditions dans lesquelles nous aborderions ces éventuels combats. Si nous avions mené une campagne nationale qui fasse connaître nos idées et notre programme à propos de la réforme Raffarin durant les premiers mois de cette année, cela n'aurait sans doute pas avancé le mouvement de mai-juin sur les retraites, sans doute même pas changé fondamentalement son cours. Mais cela aurait facilité notre intervention dans ce mouvement auprès des travailleurs du rang comme des militants syndicalistes ou politiques.

Enfin, n'est-il pas naturel de donner un prolongement à des campagnes électorales axées essentiellement sur ces sujets ? On nous a souvent reproché de "disparaître" une fois celles-ci terminées. Ces reproches sont en grande partie de mauvaise foi, puisque cette disparition ne dépend pas beaucoup de nous mais des médias qui jugent moins utile de nous accueillir. Mais une campagne nationale sur le problème du jour est une manière de ne pas disparaître, en tout cas aux yeux de notre classe, mais au contraire de nous adresser largement à elle, que nous ayons l'aide des médias ou pas.

9 novembre 2003

Motion éventuellement à rajouter au texte sur "la situation intérieure"

Démontrer la valeur de nos idées et de notre programme passe d'abord par l'activité quotidienne de chacun des militants, mais aussi par l'intervention et l'apparition à large échelle de l'organisation révolutionnaire.
Les six premiers mois de l'année seront certes largement occupés par deux campagnes électorales qui sont des occasions particulières de cette apparition. Mais pour ne pas donner une fausse vision des buts comme de l'activité du parti révolutionnaire, elle doit se faire aussi et avant tout sur les terrains de la lutte de classe, les quartiers et les entreprises, et porter sur les problèmes du monde du travail les plus aigus du moment, aujourd'hui par exemple celui du chômage et des licenciements, ou encore de la Sécurité sociale.
On peut donc prévoir parallèlement à la campagne électorale, ou en tout cas dans la foulée, des campagnes et des interventions à l'échelle nationale sur ces deux sujets (à moins que le développement des attaques patronales et gouvernementales en fasse venir d'autres sur le devant de la scène), axées en direction de l'ensemble des travailleurs mais aussi plus spécifiquement des militants et des organisations du mouvement ouvrier, défendant auprès d'eux le programme et les objectifs des révolutionnaires, mais leur proposant aussi de préparer en commun les luttes nécessaires.