Après les premier et deuxième tours des élections municipales

Εκτύπωση
Mars-Avril 2001

Pour les états-majors politiques des grands partis, les municipales des 11 et 18 mars 2001 avaient un double intérêt.

D'abord un intérêt à l'échelle nationale, pour l'avenir. A un an des deux élections importantes pour les partis politiques, la présidentielle et les législatives, le résultat des municipales, s'il avait donné un net avantage soit à la gauche soit à la droite, aurait mis le vainqueur en meilleure situation vis-à-vis de l'opinion publique pour affronter les prochaines échéances. De ce point de vue, le résultat n'est ni net ni probant car il peut être l'objet de bien des interprétations.

Ensuite, il y avait évidemment l'enjeu local : la conquête, la perte ou le maintien des postes de maires. Les mairies des grandes villes, et même des villes moyennes, représentent une influence politique et des bastions qui sont des points d'appui pour d'autres conquêtes et un pouvoir économique considérable, ce que les élus ne négligent pas.

Les mairies des villes grandes et moyennes sont à la tête de budgets relativement importants. Pour ne prendre que quelques exemples, le budget de Toulon (166 442 habitants) est de 1,5 milliard de francs par an ; celui de Nantes (277 728 habitants) est de 2,59 milliards de francs ; Toulouse (398 423 habitants), 3,8 milliards de francs ; Issy-les-Moulineaux (52 000 habitants), 1,3 milliard de francs ; Argenteuil (93 961 habitants), 950 millions de francs. Sans parler de Paris dont le budget atteint 33 milliards de francs (Source : documents Les Echos).

Disposer de tels budgets, c'est disposer du pouvoir de passer des marchés pour construire et entretenir les bâtiments officiels, entretenir les voies publiques, les transports publics, la distribution de l'eau, le ramassage des ordures, et bien d'autres activités, parfois gérées par les municipalités elles-mêmes, mais bien plus souvent concédées à des entreprises privées. Par ailleurs, dans bien des villes, la municipalité est un des gros employeurs, tant directement pour l'administration communale qu'indirectement pour des activités annexes (cantines scolaires, etc.). Une partie importante des quelque 300 offices publics d'HLM dépend également des municipalités.

Du point de vue du patronat, les budgets municipaux constituent un pactole et même la source principale de profit dans certains secteurs (de Vivendi à la Lyonnaise des Eaux, quelques trusts du pays ont fait leur fortune grâce aux budgets municipaux avant de se diversifier dans tous les domaines).

Pour les municipalités, c'est également un moyen de favoriser le patronat local.

Tout cela crée une multitude de liens entre les maires et la bourgeoisie, mais donne aussi aux maires le pouvoir de s'entourer d'une clientèle politique.

La législation électorale : un prisme toujours déformant

Dans les semaines qui ont précédé les élections, la gauche, sur la foi des sondages ou par application intensive de la méthode Coué, en était venue à vendre la peau de l'ours un peu tôt. Nombre de ses ténors se vantaient de ce que, pour la première fois, une majorité gouvernementale s'en sortirait bien et même peut-être progresserait dans des élections municipales après plusieurs années de pouvoir gouvernemental. Bien souvent, en effet, des élections municipales, qui tombent deux ou trois ans après l'accession au pouvoir d'une nouvelle majorité gouvernementale, sont l'occasion d'une sanction contre cette majorité de la part des déçus. Et quelques-uns des dirigeants socialistes de clamer que, grâce à la "méthode Jospin", après presque quatre ans de pouvoir, les socialistes avaient toutes les chances de faire démentir la tradition. Eh bien, les ministres socialistes, comme leurs conseillers et sondeurs en tout genre, ont eu tout faux, ou presque !

C'est le premier tour qui donne la photographie la plus fidèle des rapports de force électoraux. Cependant, même ce premier tour déforme la réalité.

Dans les municipales, même les grands partis ne sont pas dans la possibilité de présenter des listes partout. Et l'obligation faite dans les communes de plus de 3 500 habitants de présenter des listes complètes écarte des élections les courants politiques minoritaires n'ayant pas la force de constituer des listes complètes dans chaque ville, même importante. En les défavorisant, la loi contribue à les maintenir minoritaires.

Lors de l'élection présidentielle de 1995, l'ensemble du corps électoral, contrairement à ces municipales, était en situation de voter pour Arlette Laguiller. Les aspects antidémocratiques étaient, à cette occasion d'un autre niveau : difficultés pour se présenter sans être patronné par un grand parti, inégalités d'accès aux médias hors des émissions officielles, bien plus réduites pour les "petits" candidats que pour les grands, etc. mais pas dans la loi électorale elle-même, du moins au premier tour. En revanche, aux municipales de 2001, si nous avons pu présenter en métropole 128 listes, cela ne nous a permis d'être présents que dans 109 villes, certes parmi les plus importantes (dont 28 des 34 villes de plus de 100 000 habitants) mais qui ne représentaient globalement que 5 millions d'électeurs, soit 13 % de l'électorat.

Rapport des forces électorales favorable à la droite

Ni le premier ni le deuxième tour n'ont finalement justifié l'excès d'optimisme de la gauche gouvernementale. Au premier tour, le rapport des forces électoral s'est établi assez nettement en faveur de la droite. Comparativement aux municipales de 1995, les partis de la "gauche" gouvernementale (PS, PCF, Verts et MDC) ont certes globalement progressé. Ils représentaient, en 1995, 40,8 % des suffrages et ils en représentent aujourd'hui 44,9 %. La droite a reculé, passant de 53,5 % des votes à 46,9 %. Mais elle reste majoritaire. Et si l'on ajoute à l'électorat de droite celui d'extrême droite, et à l'électorat de gauche les scores de LO, "100 % à gauche" et du Parti des Travailleurs, la proportion entre la droite et la gauche s'établit, respectivement, à 50,5 % et à 46,9 % (chiffres du Figaro du 13 mars 2001).

Si l'on compare les résultats respectifs de la gauche gouvernementale et de la droite parlementaire, cette fois dans les villes de plus de 15 000 habitants (un calcul du journal Le Monde), on tombe sur une conclusion similaire. Dans l'ensemble de ces villes, en effet, la gauche gouvernementale recueille 43,13 % des votes et la droite parlementaire, 45,24 %.

Il faut noter qu'il n'est pas possible de comparer l'évolution globale des votes des différentes composantes de la "gauche plurielle" car seuls les Verts ont présenté des listes séparées dans un nombre significatif de villes. Le PCF l'a fait dans une mesure bien moindre. Sans parler du MDC et autres Radicaux de gauche. Dans la majorité des cas, il y avait une liste d'union de la gauche, même si elle était opposée, par endroits, à la concurrence d'une liste présentée par l'un ou l'autre des partis de cette union.

Que la gauche soit minoritaire dans l'électorat, ce n'est pas chose nouvelle. Les élections européennes de 1999 mises à part, il y a eu un écart du même ordre entre les résultats cumulés de toute la droite (avec l'extrême droite) d'une part, et ceux de la gauche et de l'extrême gauche d'autre part, aussi bien aux législatives de 1997 qu'aux régionales de 1998 (respectivement 50,5 % contre 46,5 %, et 50,9 % contre 48,7 %). La rivalité entre la droite parlementaire et l'extrême droite, entraînant lors des législatives des élections triangulaires, a cependant contribué à donner une majorité d'élus à la gauche.

Ce qui fait qu'au soir du premier tour de ces municipales 2001, si la gauche gouvernementale a dû revenir de ses illusions sur la progression de son audience électorale, elle pouvait encore espérer ne pas trop perdre d'élus et surtout de mairies. Le deuxième tour a enterré cet espoir.

Le deuxième tour amplifie les résultats du premier

A l'issue du deuxième tour, la "gauche plurielle", qui gérait 301 municipalités de plus de 15 000 habitants, se retrouve avec 259, et la droite, qui en gérait 278, en gère désormais 318. Quant à l'extrême droite, elle conserve 3 des 4 mairies dont elle disposait.

Restent les deux grandes villes, Lyon et surtout Paris, qui à cette occasion ont basculé à gauche. C'est réconfortant pour la gauche gouvernementale, s'agissant de deux villes parmi les trois plus importantes du pays, parmi les plus riches, sans parler de l'importance politique que revêt le fait d'occuper la mairie de Paris. Mais du point de vue du nombre de voix recueillies, Paris conserve une majorité de droite et Lyon aussi. Il faut dire que ce petit miracle vient des particularités de l'élection dans ces deux grandes villes (comme d'ailleurs à Marseille).

Le deuxième tour a partout un caractère encore plus antidémocratique que le premier. En effet, seules les listes ayant réalisé plus de 10 % des votes au premier tour peuvent se présenter au second. Etant donné que, dans nombre de villes, 6 ou 7 listes, ou plus, étaient confrontées au premier tour, une fraction importante de l'électorat a été écartée, pour le deuxième tour, de la représentation de leur choix. Tout au plus peuvent-ils écarter ceux qui leur déplaisent le plus, mais pas voter pour ceux qu'ils auraient souhaités. Un seul tour à la proportionnelle, cela paraît inconvenant pour ceux qui ont fait la loi. Que le système actuel soit non démocratique ne les gêne pas même si, selon chaque élection, cela peut favoriser leurs adversaires. Ils veulent bien faire le jeu entre grands partis, mais surtout pas que des trublions viennent s'en mêler.

Dans toutes les villes encore, cet aspect antidémocratique est aggravé par le fait que la liste arrivée en tête, fût-ce de quelques voix, rafle d'office la moitié des sièges. Et c'est seulement l'autre moitié qui est répartie proportionnellement à l'influence électorale de chacune des listes, y compris de celle arrivée en tête, qui peut ainsi obtenir jusqu'à 75 % des sièges avec, dans certains cas, seulement 40 % des voix.

Paris, Lyon et Marseille ont des régimes électoraux différents de ceux de l'ensemble des communes, et plus antidémocratiques encore. A Paris, en effet, le maire n'est élu que depuis 1977. La droite comme la gauche ont contribué à définir ce mode électoral antidémocratique, d'abord par une loi de 1975, sous Giscard, modifiée par une loi de 1982, sous Mitterrand. A Paris, on vote pour des listes d'arrondissement. Mais les conseils d'arrondissement ainsi élus n'ont pour prérogative que d'élire les maires d'arrondissement, sans grand pouvoir de décision. Le maire de Paris, lui, est élu par le Conseil de Paris, lui-même constitué par une partie seulement des conseillers d'arrondissement. Chaque arrondissement envoie ainsi au Conseil de Paris un nombre de conseillers théoriquement lié à sa population. Mais cela ajoute un étage de plus au scrutin, un prisme déformant de plus et une possibilité supplémentaire de manipuler les résultats car le maire de Paris n'est pas élu par l'ensemble des conseillers d'arrondissement mais seulement par une partie d'entre eux. Le résultat est que le maire étant passé par ces différents filtres n'est pas forcément celui pour qui la majorité de la population a voté. Ce qui est précisément le cas à Paris où, cette fois-ci, c'est la droite qui a payé : une majorité de votes à droite a donné... une municipalité de gauche.

Les abstentions

Pour expliquer son échec, la gauche gouvernementale évoque l'importance de l'abstention et en particulier le PCF l'invoque dans les quartiers populaires, ce qui est exact, . L'abstention, bien que nettement moins importante que lors des européennes de 1999 et, à plus forte raison, que lors du référendum-bidon de septembre 2000, a été en effet importante. Elle a été de 38,7 % au premier tour des municipales de 2001 alors qu'elle n'était que de 30,6 % lors du premier tour des municipales de 1995. L'abstention est, cette fois-ci, plus importante même que lors des législatives de 1997 (35,1 %).

Il n'est pas dit que, si l'abstention avait été moindre, cela aurait sensiblement modifié les résultats. L'importance de l'abstention a cependant une signification politique. Une fraction croissante de l'électorat se désintéresse de ce jeu d'alternance où, même lorsque l'étiquette des élus change, la politique menée ne change pas.

Dès le premier tour, c'est dans les villes ouvrières, et en particulier dans les quartiers populaires, que l'abstention a été la plus importante. La comparaison entre villes n'a qu'une valeur toute relative, tant dans une même ville peuvent coexister des quartiers avec des compositions sociales différentes. Il est néanmoins significatif que, par exemple, parmi les villes de la banlieue parisienne, les records d'abstentions soient du côté des villes ouvrières, et généralement dirigées par le PCF, comme Aubervilliers, 51,97 %, Saint-Denis, 53,46 %, Stains, 56,08 %, Drancy, 50,84 %, Bobigny, 55,87 %, Villejuif, 51,91 %, Vitry, 52 %, Gennevilliers, 50,02 %, alors que les abstentions les plus faibles se trouvent du côté de Saint-Maur, 39,07 %, Le Plessis-Robinson, 34,62 %, Issy-les-Moulineaux, 35,64 %. Il est vrai que Neuilly, symbole de la banlieue riche, se situe entre les deux, avec 46 %.

Par ailleurs, est significative également la progression des abstentions entre les municipales de 1995 et celles de 2001, plus nette dans les villes ouvrières que dans les autres. C'est ainsi que le pourcentage abstentionniste entre 1995 et 2001 est passé à Gennevilliers de 29,47 % à 50,02 %, à Villejuif de 24,59 % à 51,91 % et à Vitry de 24,24 % à 52 % ! Il est vrai qu'il y a souvent une progression des abstentions également dans les villes moins populaires.

Au deuxième tour, la participation a été plus élevée : environ 34 % d'abstentions. Mais cette participation plus grande s'est plus faite en faveur de la droite qu'en faveur de la gauche gouvernementale. Dans un certain nombre de villes, la gauche gouvernementale a reculé en pourcentage, et parfois même en voix, ce qui veut dire que les électeurs du premier tour des différentes composantes de la gauche gouvernementale n'ont pas tous reporté leur suffrage sur la liste restant en lice.

Une partie de l'électorat d'extrême gauche, là où les listes présentes au premier tour n'ont pas pu l'être au deuxième, s'est abstenue. Mais, dans bien des cas, même la fraction de l'électorat de la "gauche plurielle" qui ne s'est pas retrouvée dans la tête de liste restée en lice s'est abstenue au deuxième tour (une fraction de l'électorat du PCF vis-à-vis d'un candidat socialiste ou l'inverse, sans même parler des situations où des électeurs Verts ne s'estimant pas représentés par la liste de gauche ont préféré voter à droite).

L'importance de l'abstention dès le premier tour et sa nature, son évolution entre le premier et le deuxième tour, témoignent bien d'un désaveu de la gauche gouvernementale ou, au moins, d'une déception vis-à-vis d'elle, plus sensible dans les quartiers populaires.

Quelle signification politique ?

C'est évidemment là où les listes contestataires (comme Lutte Ouvrière, "100 % à gauche" ou celles auxquelles le PT s'est associé) ont été présentes que le désaveu a été le plus net et, surtout, le plus clair.

Nous examinons dans un autre article et dans les tableaux publiés à la fin de ce numéro les résultats de ces listes.

Rappelons seulement que la progression des votes en faveur des organisations qui critiquent la politique gouvernementale sur sa gauche a été un des faits marquants des élections. Lutte Ouvrière a enregistré ses progressions les plus fortes dans les villes ouvrières et dans les quartiers populaires.

La gauche gouvernementale paie donc bien le prix de sa politique envers l'électorat populaire, la politique de la gauche gouvernementale ressemble tellement à celle de droite que l'absence de choix ne l'a pas vraiment mobilisé.

Le désaveu de la politique gouvernementale, accentué par l'échec spectaculaire d'un certain nombre de ministres, n'a pas atteint au même degré toutes les composantes de la "gauche plurielle". L'avertissement s'adressait essentiellement au PS puisque c'est lui qui assume la direction de la politique gouvernementale.

Il peut sembler injuste que les Verts, qui font partie du gouvernement tout comme le PCF, s'en tirent relativement mieux que le PCF. Mais cela vient du fait évident que le PCF est (mais, malheureusement, bientôt il faudra dire "a été") le plus représenté dans les quartiers populaires, dans ces couches de la population laborieuse qui ont le plus à souffrir de la politique gouvernementale.

Quant aux Verts, le fond de leur électorat vient d'une petite bourgeoisie qui ne subit pas trop la situation économique et sociale et qui n'a pas trop de raisons d'être mécontente du gouvernement. Le vote en faveur des Verts reflète sans doute des aspirations venant de la petite bourgeoisie, voire de couches aisées, mais pas les aspirations et les mécontentements venus du monde du travail.

Maintenant que les élections municipales sont terminées, c'est l'heure des règlements de comptes, dans l'attente des prochaines élections. Le gouvernement Jospin a déjà clairement exprimé qu'il comprend très bien d'où vient le principal désaveu mais qu'il n'entend nullement remédier à ses causes. Ce gouvernement, qui n'a porté que des coups aux travailleurs, dans une période où les entreprises ont réalisé des profits fantastiques, invoquera, et invoque déjà, la détérioration de la conjoncture économique pour refuser toute inflexion de sa politique un tant soit peu en faveur des classes laborieuses. En attendant, il ne s'oppose ni aux licenciements cyniques de Danone, ni à ceux scandaleusement brutaux de Marks et Spencer, ni au chantage de Michelin sur les travailleurs du groupe pour qu'ils acceptent l'accord sur les 35 heures qu'il leur impose. Jospin veut certes gagner l'élection présidentielle, et le PS, les élections législatives, mais pas au point de faire des gestes inconsidérés en direction des travailleurs, de peur d'être pris au mot et désavoués par le patronat.

Quant au PCF, il est difficile de mesurer le recul de son influence électorale puisqu'il s'est bien gardé d'en offrir les moyens en présentant des listes indépendantes de la gauche gouvernementale dans un nombre suffisant de villes. Mais, en ce qui concerne les villes dirigées auparavant par le PCF et qui ne le sont plus aujourd'hui, le résultat des élections est éloquent. Le PCF a perdu 12 des 39 villes de plus de 30 000 habitants qu'il dirigeait et n'en a gagné que 2. Aucune ville de plus de 100 000 habitants n'est plus dirigée par un maire du PCF. Plusieurs villes de la banlieue parisienne naguère "rouge" ont basculé, certaines cédées à la droite, d'autres au Parti Socialiste.

Cinq jours après le deuxième tour, Robert Hue, rendu publiquement responsable de ce résultat désastreux par certains députés du PCF, proclame à la Une de l'Humanité : "Nous allons montrer que le PCF a entendu le message". Mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Et, après quatre pages de digressions, Robert Hue tire la conclusion qu'il faut que le PCF continue la même politique et, en particulier, reste dans le gouvernement. C'est une façon de confirmer qu'il lie le sort de son parti à celui du PS, certainement pas pour le meilleur, mais à coup sûr pour le pire. Cette profession de foi pro-socialiste survient à quelques jours seulement d'une déclaration de Fabius, ministre des Finances, un des principaux dirigeants du PS (mais, il est vrai, un adversaire de Jospin au sein du PS), disant avec cynisme et avec brutalité qu'il ne voyait aucune raison pour que son parti tienne le PCF à bout de bras. Fabius ne fait sans doute qu'anticiper car le PS a encore besoin de ce qui reste de l'influence du PCF dans les classes populaires, c'est du moins ce que pense et dit l'actuel chef du gouvernement.

Mais son propos prolonge et réactualise la promesse de réduire l'audience du PCF faite par Mitterrand, il y a près de trente ans, lorsque le rapport de forces électoral entre le PS et le PCF était l'inverse d'aujourd'hui.

La direction du PCF continue de faire le choix d'une politique néfaste à l'ensemble des travailleurs et suicidaire pour son propre parti et malheureusement pour ses militants. C'est que la réalité du PCF ne se réduit toujours pas à sa seule direction et à son appareil. Il y a aussi ses militants, en particulier ceux issus de la classe ouvrière, et son électorat. Les premiers sont certes de plus en plus démoralisés, et le second, en diminution.

Mais les résultats de Lutte Ouvrière montrent que l'on peut faire partie clairement du camp des travailleurs, ne pas hésiter à l'affirmer, défendre les intérêts politiques du monde du travail, se revendiquer de l'idéal communiste, et progresser sur le plan électoral, alors même que les deux grands partis qui ont ôté tout sens aux mots "socialisme" et "communisme" reculent.

Cette leçon-là, confirmée par ces municipales, après une succession d'élections depuis 1995, sera de plus en plus comprise dans l'avenir par ceux qui n'ont pas envie d'abandonner le combat pour la destruction de la société capitaliste, libérale et mondialisée ou pas, et sa transformation en une société communiste où tous les grands moyens de production, voire de consommation, seront au service de la collectivité mondiale et non du profit.

Le 23 mars 2001