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N°128
mai 2010
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République d’Irlande - La classe ouvrière entre la crise et le « partenariat social » des appareils syndicaux
Célébrée il y encore peu de temps pour son « miracle économique », la République d’Irlande (4,5 millions d’habitants) a été à la fois l’un des premiers pays de la zone euro à être touché par la crise et l’un de ceux où celle-ci a fait le plus de ravages. Pendant que l’actualité de ces derniers mois était dominée en Europe par la menace de faillite pesant sur l’État grec, un nouvel épisode de la crise financière se jouait en Irlande. À ce sujet, nous reproduisons ci-dessous de larges extraits d’un article paru dans la revue de nos camarades britanniques de Workers’ Fight (Class Struggle N° 87 – avril-juin 2010).
Le 30 mars, de nouvelles pertes, jusqu’alors cachées dans le système bancaire, ont servi de prétexte à l’annonce d’un deuxième plan de sauvetage des banques irlandaises par Brian Cowen, Premier ministre d’un gouvernement de coalition réunissant le parti de la droite nationaliste traditionnelle, Fianna Fail, et le parti Vert.
Ces événements ont d’autant plus choqué l’opinion en Irlande que tout s’est passé comme si l’histoire se répétait. Dix-huit mois après que la déroute boursière de septembre 2008 a entraîné un premier plan de sauvetage bancaire, c’était de nouveau le même scénario : une déroute boursière suivie de l’annonce d’un nouveau plan de sauvetage, encore plus important que le premier !
Contrairement aux promesses des politiciens, les sacrifices que la population laborieuse a dû subir depuis le début de la crise n’ont donc servi à rien. Et ce fait est d’autant plus scandaleux pour la classe ouvrière irlandaise qu’elle vient juste d’être frappée, le 1er janvier, par un nouveau train de mesures d’austérité, faisant suite à deux autres, en octobre 2008 et mars 2009. Au vu de ce nouveau développement de la crise et de la façon dont les politiciens entendent y faire face, il est clair que l’avidité du grand capital, de toute évidence aiguisée par le premier plan de Cowen, est en train de creuser un gouffre qui menace les conditions d’existence des classes laborieuses.
L’héritage empoisonné du « tigre celtique »
La situation en Irlande doit beaucoup au parasitisme particulier de la microscopique mais très riche bourgeoisie du pays. Le marché irlandais étant bien trop étroit pour satisfaire ses appétits, à partir de la fin des années soixante-dix, elle chercha à utiliser son appartenance au Marché commun d’alors pour attirer des capitaux étrangers et prendre son pourcentage au passage.
Les salaires étaient bas en Irlande et ils le demeurèrent grâce à des accords nationaux ayant force de loi, que les leaders syndicaux consen­tirent à signer dans le cadre de ce que l’on appela le « partenariat social ». Ce cadre juridique fut « vendu » aux investisseurs étrangers comme une garantie de paix sociale. L’impôt sur les profits des entreprises fut fixé à un niveau inférieur à celui des autres pays européens et on offrit aux nouveaux investisseurs des dispenses d’impôt temporaires et des zones industrielles viabilisées.
Cette politique produisit ce que l’on appela le phénomène du « tigre celtique », entre la fin des années quatre-vingt et le crash boursier des « nouvelles technologies », en mars 2000 – une période où la croissance économique annuelle s’apparenta à celle des « tigres asiatiques » tels que la Corée du Sud ou Taïwan. Bien sûr, cette croissance profita bien plus au capital irlandais qu’à la population. Les entreprises étrangères qui s’installèrent furent surtout attirées par les avantages fiscaux et l’accès direct au marché européen. Elles employaient souvent une main-d’œuvre qualifiée et peu nombreuse. Et bien que représentant 50 % de la production industrielle au milieu des années quatre-vingt-dix, elles ne réduisirent pas vraiment le sous-emploi chronique dans le pays, pas plus qu’elles n’amenèrent d’augmentation réelle du niveau de vie de la classe ouvrière dans son ensemble. Cette période prit fin lorsque les investissements étrangers se tarirent en 2000. Les industriels étrangers se mirent à licencier, à fermer une partie de leurs usines, voire à se retirer complètement.
Le capital irlandais, lui, avait déjà trouvé une autre direction dans laquelle étendre son parasitisme. Dans les années quatre-vingt-dix avait été créé à Dublin un Centre de services financiers internationaux qui offrait aux entreprises de la finance des facilités modernes comparables à celles dont elles pouvaient disposer à Londres ou à New York, mais à un prix très inférieur et avec un régime fiscal bien plus avantageux (12,5 % d’impôt sur les profits) et des réglementations plus laxistes. Tant et si bien qu’en 1997, Dublin était déjà devenu le plus important des centres offshore utilisés par les administrateurs de fonds britanniques – avec 600 fonds spéculatifs administrant des biens dont le montant total était équivalent aux deux tiers du PIB irlandais.
Alors que les travailleurs étaient jetés à la rue, le capital irlandais était donc prêt à opérer sa reconversion dans la spéculation financière. L’activité financière de Dublin augmenta de façon exponentielle au cours des années qui suivirent.
Cette explosion financière fut en partie le résultat d’un phénomène mondial, qui vit des flux considérables de capitaux flottants quitter les marchés boursiers pour rechercher de nouvelles sources de profits faciles. Mais elle fut aussi en partie due aux conditions particulières qu’offrait l’Irlande.
Lorsque fut formé ce qui allait devenir la zone euro, à la fin des années quatre-vingt-dix, les taux d’intérêt furent alignés progressivement dans ses États membres. En Irlande, où les taux d’intérêt et l’inflation étaient supérieurs à ceux des pays voisins, ce processus entraîna une baisse des taux d’intérêt sans réduire l’inflation. De sorte que, pendant l’essentiel des années 2000, les taux d’intérêt réels (déduction faite de l’inflation) y furent négatifs. Le loyer de l’argent emprunté en Irlande devint l’un des moins chers parmi les pays industrialisés, dès lors que les fonds empruntés étaient investis sur place. Compte tenu du régime fiscal et réglementaire favorable, c’était une manne colossale pour les capitaux flottants – au moins, tant que l’économie irlandaise pouvait les absorber et offrir des profits en retour.
Les dépôts étrangers faits en Irlande pour des raisons fiscales amorcèrent la machine du crédit. Des fonds spéculatifs, le plus souvent basés dans l’un des paradis fiscaux situés dans le pré carré des puissances impérialistes, créèrent des filiales d’investissement irlandaises, avec l’aide du système bancaire local. Une fois la pompe à crédit mise en place, elle attira un flux toujours croissant de capitaux étrangers, alimentant une spéculation de plus en plus frénétique.
C’est ainsi que se développa une bulle spéculative financière et immobilière à partir de l’an 2000, anticipant celle qui allait se former ailleurs sur la base de mécanismes similaires. Mais comme, en Irlande, cette bulle était encore plus enflée qu’ailleurs par rapport à la taille de l’économie locale, son explosion ne pouvait que causer des ravages plus dramatiques.
L’ère du « tigre celtique » était censée promettre à la population irlandaise un avenir resplendissant, fait de haute technologie et d’emplois hautement qualifiés et bien payés. Au lieu de cela, elle ne fit qu’accoucher d’un parasitisme démesuré, dépendant entièrement de la fiction d’un marché immobilier où les prix n’en finiraient pas d’augmenter et où il ne manquerait jamais d’acheteurs pour les réalisations les plus folles des promoteurs immobiliers.
L’emballement spéculatif
Pendant la décennie précédant la crise actuelle, l’état réel de l’économie irlandaise fut masqué par l’inflation de la bulle immobilière, elle-même alimentée par l’inflation parallèle de la bulle du crédit. Le flot de crédit à l’achat augmenta artificiellement la demande en biens immobiliers, poussant les prix vers le haut. De sorte qu’au cours de la décennie 1998-2007, le prix moyen des logements augmenta de 250 % en Irlande, contre 200 % en Grande-Bretagne et 120 % aux États-Unis.
À un bout du marché immobilier, les promoteurs et les entreprises de construction, alléchés par la hausse des prix, avaient accès à un crédit illimité à des taux d’intérêt si bas qu’ils battaient tous les records. Il en résulta une vague folle de programmes immobiliers qui ne tenait aucun compte ni de la nature, ni du volume de la demande réelle. Des centres commerciaux et des immeubles d’affaires furent construits et équipés bien avant qu’on ait pu trouver preneurs ou locataires. Des lotissements haut de gamme furent construits sans que personne puisse dire s’ils trouveraient des acheteurs. Cette frénésie visant à profiter à tout prix de la bulle immobilière se refléta dans le boom sans précédent que connut l’industrie du bâtiment, dont les effectifs salariés augmentèrent de 55 % entre 2001 et 2007, jusqu’à employer pratiquement autant d’ouvriers que l’ensemble des industries de production.
À l’autre extrémité du marché, les conditions de prêt aux acheteurs étaient trompeuses. Non que les taux d’intérêt des banques aient été particulièrement bas – d’où les profits considérables qu’elles engrangèrent durant cette période. Mais lorsque les prix devinrent insupportables (en 2006, ils devaient atteindre 200 % du revenu moyen annuel disponible, le niveau le plus élevé dans l’OCDE après le Danemark), les banques eurent recours à toutes sortes d’astuces. La valeur des sommes prêtées par rapport à celle des logements achetés augmenta, au point qu’en 2006, près de 35 % des accédants à la propriété bénéficièrent de prêts supérieurs à la valeur du logement acheté. De même, la durée moyenne des prêts augmenta : la proportion des prêts sur plus de trente ans passa de 10 à 35 % et, pour la première fois, on vit apparaître des prêts sur cinquante ans. Cette explosion des prêts entraîna une explosion de la dette des particuliers, qui passa de 100 % du PIB à la fin des années quatre-vingt-dix à 215 % en 2007.
Le système bancaire fit ses choux gras de cette bulle spéculative. Entre 2000 et 2007, ses actifs furent multipliés par six, et par près de douze dans le cas de l’Anglo Irish Bank, la plus engagée dans les prêts aux gros promoteurs. Les banques irlandaises étendirent leurs activités bien au-delà du marché irlandais. Elles ne spéculèrent pas de façon importante dans l’immobilier américain, mais elles participèrent à la bulle spéculative en Grande-Bretagne, au travers de leurs filiales locales, et en Irlande du Nord.
La bulle du crédit devint telle que les dépôts des investisseurs étrangers auprès des banques irlandaises suffirent de moins en moins. La proportion des emprunts à court terme sur le marché de l’argent de la zone euro dans leur financement doubla, atteignant 40 % en 2006. Cela rendit le système bancaire irlandais à la fois surchargé de prêts très risqués et surexposé aux aléas du marché de l’argent international.
L’une des conséquences du système de réglementation « bénin » en vigueur en Irlande était qu’on pouvait y faire pratiquement n’importe quoi, à tous les niveaux. Il y avait bien une « autorité de réglementation financière ». Mais sa passivité était proverbiale. Et dans les rares cas où elle trouvait quelque chose à redire, les noms des entreprises délinquantes n’étaient jamais publiés car de telles révélations auraient été, disait-elle, contraires à « l’intérêt public » !
Ce qui était vrai de la petite délinquance financière l’était encore plus de la grosse délinquance. En 2005, par exemple, la commission américaine de réglementation des affaires boursières, la SEC, effectua une enquête sur une énorme opération spéculative à laquelle étaient mêlés deux géants de l’assurance – AIG, le numéro un mondial aujourd’hui en faillite, et General Re Corporation, le fleuron de l’empire du milliardaire Warren Buffett. Cette enquête révéla le rôle que jouait Dublin dans le monde occulte de l’assurance internationale. Le quotidien New York Times rapporta que 56 multinationales de l’assurance avaient dans un complexe de Dublin des filiales qui, entre elles, encaissaient 14 milliards d’euros de primes d’assurance par an et géraient des fonds pour un total de 45 milliards d’euros – près d’un tiers du PIB du pays. En fait, tout se passait comme si l’Irlande était en passe de prendre la place des Bermudes, jusqu’alors numéro un de l’assurance internationale, parce que, disait ce quotidien, l’Irlande était devenue « le Far West de la finance européenne ».
Bien sûr, ce laxisme allait encore plus loin s’agissant des activités spéculatives immobilières en Irlande. En 2007, rapporte le quotidien Financial Times, les très gros projets spéculatifs – et donc les plus risqués – représentaient entre 60 et 80 % des prêts consentis par les trois plus grandes banques irlandaises. Il en allait de même des banques immobilières mutualistes, dont l’activité aurait dû être essentiellement consacrée, d’après leurs statuts, aux prêts aux particuliers. Irish Nationwide, par exemple, la plus grosse d’entre elles, avait prêté 80 % des dépôts de ses membres à un tout petit nombre de très gros promoteurs.
Circonstance aggravante, ces prêts à la grosse promotion spéculative étaient étroitement imbriqués : il était fréquent qu’un même promoteur fasse des emprunts auprès de plusieurs banques en ayant un même projet immobilier comme garantie. C’était une pratique peu légale et surtout dangereuse car, en cas de défaut de paiement d’un promoteur sur un seul emprunt, elle exposait l’ensemble du système à un effet de dominos. Mais on ne fit jamais rien pour l’empêcher.
Mais s’il ne manquait pas de commentateurs pour dénoncer les dangers d’un « atterrissage » brutal, les politiciens irlandais avaient, eux, d’autres priorités. Dans la plupart des pays industrialisés, la crise mit à la mode la formule « trop importante pour être abandonnée », s’agissant des grandes banques dont on pensait que l’État viendrait à leur secours quoi qu’il arrive. La version irlandaise de cette formule fut : « ayant trop de relations en haut lieu pour être abandonné » – une formule qui faisait référence à la corruption générale du système et, en particulier, aux liens étroits entre politiciens, en particulier ceux du Fianna Fail, et magnats de l’immobilier et de la propriété foncière.
La bulle explose : le premier plan de sauvetage
Le marché immobilier et le système du crédit formaient un château de cartes dont la stabilité dépendait de la hausse continue des prix immobiliers. En fait le fonctionnement de toute l’économie irlandaise en dépendait.
Car le niveau de vie réel de la majorité de la population n’avait guère augmenté pendant le boom. Des emplois étaient apparus dans le bâtiment, la distribution, les services et le secteur public. Mais dans la plupart des cas les salaires y étaient assez bas, surtout compte tenu de l’inflation. En plus, une partie de ces emplois devaient remplacer tous ceux qui avaient disparu dans les industries de production à la fin des années du « tigre celtique ».
Mis à part le boom de la construction, ce fut l’augmentation de la consommation des ménages qui assura l’expansion de l’économie. Mais cette augmentation fut elle-même le produit du crédit et de la hausse de l’immobilier. Les ménages propriétaires augmentaient leur pouvoir d’achat en rééchelonnant leurs prêts sur une période plus longue, ou en prenant un deuxième prêt – toutes choses que les banques leur accordaient volontiers si la valeur de leur logement sur le marché avait suffisamment augmenté.
Mais à la mi-2006 les prix immobiliers se mirent à stagner, puis ils se mirent à baisser début 2007. Initialement, dans la mesure où les banques trouvaient des fonds hors d’Irlande, la bulle du crédit se maintint – même si les prêts aux particuliers étaient plus difficiles à obtenir. Mais face à la baisse des prix, les promoteurs se mirent à annuler des projets, puis à fermer des chantiers. En septembre 2007, le bâtiment se mit à débaucher. Arrivé en avril 2008, 39 000 emplois avaient disparu dans cette industrie, la consommation générale avait commencé à baisser, des supermarchés et de nombreux commerces fermaient, supprimant des dizaines de milliers d’autres emplois. Quant aux banques irlandaises, elles se voyaient contraintes de payer une prime de risque pour leurs emprunts à l’étranger. Elles avaient augmenté leurs taux d’intérêt aux particuliers, réduisant la demande de logements et accélérant la baisse des prix, et elles avaient gelé les autorisations de second prêt sur un logement, ce qui accéléra la baisse de la consommation. Mais le pire restait encore à venir.
Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, les cours des actions bancaires et immobilières irlandaises se mirent à chuter. Deux semaines plus tard, 29 septembre 2008, l’ensemble des actions irlandaises subirent leur plus forte chute en vingt-cinq ans et l’Anglo Irish Bank céda 46 %. Le lendemain, le ministre des Finances Brian Lenihan annonça un plan de sauvetage : tous les dépôts et prêts détenus par les six plus grandes banques du pays seraient garantis par l’État pour deux ans ; une recapitalisation de ces banques serait effectuée au moyen de fonds publics si et quand cela serait jugé nécessaire.
Mais cette première annonce ne suffit pas à empêcher la paralysie du système bancaire. Deux semaines après, la garantie de l’État fut étendue à toutes les institutions financières enregistrées en Irlande. Cela entraîna un apport immédiat de fonds étrangers, pour bénéficier d’une garantie qu’aucun autre État n’offrait alors.
Comparé à la taille de l’économie irlandaise, ce fut un sauvetage colossal. Cette garantie équivalait d’emblée à la prise en charge par l’État de 500 milliards d’euros de dettes potentielles, soit plus de trois fois le PIB du pays, sans parler du coût de la recapitalisation des banques, et cela sans que l’État dispose d’aucun moyen de contrôle supplémentaire sur les banques.
Dans un article de l’Irish Times, Morgan Kelly, un économiste connu pour sa critique acerbe de la bulle spéculative, résuma ainsi la situation : « Les entreprises du bâtiment et les promoteurs immobiliers doivent aujourd’hui 110 milliards d’euros. […] Avec l’explosion de la bulle immobilière, il est maintenant de plus en plus improbable que les banques récupèrent plus qu’une fraction de cette somme. En particulier, elles ne reverront pratiquement rien des 25 milliards d’euros qu’elles ont prêtés aux entreprises du bâtiment pour construire les lotissements fantomatiques et autres immeubles d’appartements vides qui polluent aujourd’hui le paysage. […] Non seu­lement la garantie sur les prêts bancaires offerte par le gouvernement ne résout pas le problème sous-jacent de la toxicité de ces prêts, mais elle expose le contribuable irlandais à subir des pertes énormes. […] Supposez que vous soyez une banque qui a consenti un prêt de 100 millions d’euros chacun à dix promoteurs ; il vous suffit d’en faire un seul instrument financier que vous pourrez revendre sur le marché, avec la signature de Brian Lenihan, pour 1 milliard d’euros. Mais le jour où les débiteurs feront défaut sur leurs dettes, ce sera au contribuable de payer la note. »
Il fut très vite évident que le sauvetage bancaire n’avait pas résolu les problèmes des banques, puisqu’il ne réussit pas enrayer la chute de leurs actions. Trois mois plus tard, Brian Lenihan dut procéder à la nationalisation partielle des trois plus grandes banques du pays : l’État prit une participation de 25 % dans Allied Irish Banks, de 16 % dans la Bank of Ireland et nationalisa complè­tement l’Anglo Irish Bank. Dans le cas de Bank of Ireland, ce fut le Fonds national de réserve des retraites qui finança la prise de participation. Or ce fonds est censé financer l’augmentation du coût de la retraite d’État prévue à partir de 2025 – et tant pis pour le prix que les retraités auront à payer dans quinze ans pour les largesses d’aujourd’hui !
Le poids du sauvetage bancaire sur les finances du pays se fit immédiatement sentir. Moins de trois mois après son annonce, le taux d’intérêt que le gouvernement avait à payer pour le refinancement de la dette publique avait déjà augmenté de trois points – ce qui en faisait, à l’époque, le plus élevé de la zone euro. À partir de ce moment, l’alourdissement du service de la dette servit de prétexte à la longue série de mesures d’austérité qui suivirent, afin de faire payer à la population laborieuse la note d’une crise causée par la frénésie spéculative du petit groupe de spéculateurs « ayant trop de relations en haut lieu pour être abandonnés ».
Le gouvernement se retourne contre la classe ouvrière
Malgré le sauvetage de la finance, dès l’été 2008 l’économie irlandaise se trouva officiellement en récession. Les licenciements se multipliaient dans tous les secteurs. Au cours du premier semestre de l’année, ils avaient augmenté de 27 % par rapport au premier semestre 2007, tandis que le nombre des bénéficiaires de l’allocation chômage avait augmenté de 31 %. Un grand nombre de foyers ouvriers avaient pris du retard dans le paiement de leurs traites immobilières et de leurs factures de gaz ou d’électricité. Ce fut à ce moment que le gouvernement annonça un budget anticipé d’urgence afin de ralentir la croissance de son déficit.
Ce budget, qui fut finalement adopté en octobre, comportait toute une série de coupes claires. 41 organismes d’État devaient être dissous ou privatisés. Toute une série de programmes d’utilité publique disparaissaient – dont un programme de vaccination préventive contre le cancer du col de l’utérus qui ne coûtait pourtant que 10 millions d’euros, soit 0,07 % du budget de la Santé publique, une goutte d’eau infime dans l’océan du déficit budgétaire !
La suppression de l’attribution automatique de la Carte médicale (qui donne un accès pratiquement gratuit aux soins médicaux) aux plus de 70 ans causa néanmoins un scandale. Le 22 octobre, une manifestation inhabituelle rassembla 15 000 retraités devant le Parlement de Dublin pour protester contre cette mesure. La colère des manifestants s’exprimait sur des pancartes manuscrites disant, par exemple : « Abattez-nous, ça sera plus vite fait ! » Simultanément, l’annonce d’une hausse de 600 euros des frais d’inscription dans les universités jeta des milliers d’étudiants dans les rues.
Politiquement, la mesure la plus importante de ce budget d’urgence était un prélèvement de 1 à 2 % sur les salaires bruts et les allocations sociales, y compris pour les plus pauvres. Cette mesure unilatérale était un camouflet pour les leaders syndicaux qui venaient juste de signer un accord salarial dans le cadre du « partenariat social », où ils avaient accepté que les augmentations déjà prévues soient annulées et remplacées par un gel des salaires de onze mois, suivi par une augmentation de 6 % étalée sur les dix mois suivants.
Or voilà que le gouvernement prenait la décision de réduire les salaires, et pas seulement de les geler ! Pour les leaders syndicaux, le problème n’était pas tant qu’ils étaient opposés au principe d’une telle réduction. Mais une baisse des salaires nominaux, c’était quand même plus difficile à faire avaler aux travailleurs qu’un gel des salaires. Les dirigeants syndicaux protestèrent donc avec véhémence, tout en se gardant bien de revendiquer par exemple que, si prélèvement il devait y avoir, c’était aux riches et aux spéculateurs d’en supporter les frais, et non aux travailleurs. Finalement, Brian Lenihan leur donna l’occasion de présenter leur renoncement comme une « victoire », en acceptant de limiter le prélèvement aux seuls revenus supérieurs ou égaux au salaire minimum. À cette occasion, avec une cynique inconscience, Lenihan se vanta fièrement de ce que sa « générosité » bénéficierait à 36 % de la population laborieuse ! Mais le bilan de tout cela n’en restait pas moins une baisse générale des revenus réels et, pour 64 % de la classe ouvrière, une baisse des revenus nominaux.
Mais cela n’était que le début des mesures antiouvrières. L’année 2009 démarra avec les annonces presque simultanées de la suppression de 1 900 emplois à l’usine Dell de Limerick (Dell est la plus importante entreprise de haute technologie en Irlande et cette usine sa principale unité de production, dont dépendaient environ 10 000 emplois sous-traitants) et de la mise en liquidation de Waterford Wedgewood, le symbole de l’industrie traditionnelle irlandaise, avec la fermeture de sa dernière usine de cristal. En même temps, les leaders syndicaux reprirent le chemin de la table des négociations pour réviser l’accord précédent, suite à de nouvelles exigences du gouvernement.
Cette fois, Lenihan réclamait une réduction de salaire de 10 % sur l’ensemble du secteur public. Lorsque les leaders syndicaux s’y opposèrent, Lenihan proposa une « alternative » : un prélèvement supplémentaire de 7 % sur les salaires bruts pour le financement de la retraite du public ; l’ajournement sine die de toutes les augmentations de salaire prévues dans les accords précédents ; et une réduction de 25 % de toutes les primes non salariales. Et pour faire bonne mesure, Lenihan ajouta que, si les leaders syndicaux ne donnaient pas leur accord, c’en serait fini du « partenariat social ».
Ce fut cette dernière menace qui mit les appareils syndicaux en mouvement. Parce que, pour ce qui est des baisses de salaire, ils n’étaient pas contre. C’est ainsi par exemple que Jack O’Connor, le leader de SIPTU, le plus grand des syndicats du secteur public, avait tenu à souligner que les syndicats « avaient la responsabilité de jouer leur rôle » dans la mise en place de mesures d’austérité. Un autre leader syndical du secteur public, Dan Murphy, avait repris à son compte la menace éculée, agitée alors par la presse de droite, d’une intervention inévitable du FMI si les mesures nécessaires n’étaient pas prises. En fait, la seule objection qui tenait à cœur aux leaders syndicaux, c’était que le gouvernement puisse envisager de prendre des mesures d’austérité en se passant de leur accord explicite.
Les appareils syndicaux lancèrent donc une campagne d’actions, en principe pour protester contre ces mesures, mais en réalité prin­ci­pa­lement contre la menace du gouvernement d’abandonner le cadre réglementaire du « partenariat social ». Le point culminant de cette campagne fut une manifestation réunissant 120 000 travailleurs à Dublin, mobilisation sans précédent dans une ville qui ne compte que 1,6 million d’habitants. L’étape suivante était censée être une série de grèves tournantes dans le public et une grève nationale de 24 heures dans le public et le privé. Mais Lenihan choisit de passer en force. Il eut recours à une procédure d’urgence pour faire adopter par le Parlement le prélèvement de 7 % pour la retraite à compter du 1er mars. Après quoi, il proposa aux syndicats de reprendre les négociations – ce que les leaders syndicaux acceptèrent avec le plus grand empressement, tout en annulant toutes les actions prévues. L’important pour eux était qu’ils puissent poursuivre le « dialogue », quel qu’en soit le prix pour les travailleurs !
Un nouveau tour de vis
Mais d’autres mesures d’austérité étaient déjà en préparation. Le gouvernement ne s’en cachait d’ailleurs pas, prenant prétexte de son déficit croissant, d’autant qu’en mars les agences de notation avaient déjà rétrogradé la dette de l’État irlandais une première fois, et qu’elles le firent de nouveau en juillet.
Ce même mois, un rapport officiel ébaucha un programme de « transformation du secteur public » visant à réaliser 5,3 milliards d’euros d’économies. Il proposait en particulier une baisse des salaires, 17 000 suppressions d’emplois (environ 6 % du total), une baisse des allocations sociales et une augmentation du nombre et du montant des charges payées pour la fourniture des services publics.
Dès le mois de septembre, avant que les recommandations de ce rapport aient été of­fi­ciel­lement adoptées par le gouvernement, leurs effets se faisaient déjà sentir. Ainsi, les services offrant une aide matérielle et morale aux chômeurs et aux familles en grande difficulté voyaient-ils leur financement disparaître un peu partout. Il en résulta une vague de manifestations de protestation organisées à partir du début octobre par les sections locales de SIPTU, vague dont le point culminant fut la journée du 3 novembre, au cours de laquelle 150 000 travailleurs prirent part à des manifestations coordonnées dans toutes les grandes villes. Après le succès de cette journée, l’ICTU (Confédération irlandaise des syndicats, l’unique centrale syndicale) lança une campagne autour du slogan « Debout ! Résistance ! » (« Get up ! Stand up ! ») pour défendre le public. Son lancement fut marqué par une première journée nationale d’action au cours de laquelle des dizaines de milliers de travailleurs débrayèrent à la pause de midi pour participer à des meetings de protestation. L’étape suivante devait être une grève nationale de 24 heures prévue pour le 24 novembre.
Dans cette affaire, le principal objectif des leaders syndicaux était d’empêcher une répétition de l’humiliation qui leur avait été infligée en mars. En se livrant ainsi à une démonstration de force au moment où se préparaient à la fois des négociations salariales dans le cadre du « partenariat social » et le budget de décembre, ils espéraient sans doute que, cette fois, le gouvernement ne prendrait pas le risque d’imposer ses conditions en passant par-dessus leurs têtes.
Mais les appareils syndicaux n’entendaient pas pour autant organiser la résistance. Le jour même où la grève nationale appelée par l’ICTU paralysait le secteur public, le 24 novembre, Peter McLoone, responsable des négociateurs de l’ICTU et leader d’IMPACT, l’un des syndicats du public, expliquait qu’il était « nécessaire » d’accepter des mesures d’austérité temporaires, que le rapport sur la « transformation du secteur public » pouvait servir de base de négociation et qu’il serait « possible de trouver une alternative qui permette au gouvernement de réaliser les économies dont il a besoin ». Le même jour, le secrétaire général de SIPTU, Jack O’Connor, jeta un éclairage encore plus cru sur ce que les leaders syndicaux étaient prêts à concéder, en ayant le culot de déclarer que « le boom s’est traduit par une augmentation des salaires et des coûts salariaux disproportionnée par rapport à nos concurrents étrangers » ! On voit mal ce que Lenihan aurait pu dire de plus pour justifier son plan d’austérité !
Aussitôt les négociations entamées, pour montrer leur bonne volonté, les leaders syndicaux annulèrent une autre journée nationale de grève qui avait été prévue pour décembre. Ils for­mu­lèrent alors leur propre alternative au plan du gouvernement. Pour éviter de nouvelles réductions de salaire, ils proposèrent un programme de congés sans solde obligatoires, entraînant une diminution moyenne de 7 % du salaire annuel et de nouvelles négociations sur la base du rapport de juillet sur la « transformation du secteur public ». Lenihan obtenait l’essentiel de ce qu’il voulait, mais il y manquait quelque chose : une baisse des salaires du public, pour faire pression à la baisse sur l’ensemble des salaires. Qui plus est, à un moment où le gouvernement cherchait à réduire la classe ouvrière à la soumission, Lenihan n’avait aucun intérêt à paraître céder aux syndicats. Au contraire, il voulait montrer que c’était lui qui menait la danse – tout en sachant qu’il pourrait compter sur les appareils syndicaux pour contenir toute résistance dans les rangs des travailleurs.
Aussi, le 4 décembre, ce ne furent pas les représentants syndicaux qui rompirent les négociations, mais ceux du gouvernement. Moins d’une semaine plus tard, Lenihan annonçait les attaques qu’il avait depuis longtemps décidé d’intégrer dans son budget de décembre : baisse de 5 à 10 % de tous les salaires du secteur public ; baisse des allocations chômage, allant jusqu’à 50 % pour la tranche des 20-21 ans ; baisse moyenne de 4,1 % de toutes les allocations sociales ; augmentation de 50 % de la part fixe payée par les assurés sociaux pour chaque médicament prescrit, etc.
En toute logique ce passage en force aurait dû sonner le glas du « partenariat social » – au moins dans un avenir prévisible. Mais il n’en fut rien. Pendant les deux mois qui suivirent, les appareils syndicaux boudèrent ostensiblement le gouvernement, en signe de protestation contre ces mesures unilatérales. Comme ils l’avaient fait avant les négociations de décembre, ils appelèrent à quelques manifestations de protestation – ou plutôt ils laissèrent la bride sur le cou à celles de leurs sections locales qui voulurent le faire. Mais ils se gardèrent bien de donner la moindre occasion aux travailleurs de prendre la mesure de leur colère et de leur volonté de résistance, par des initiatives à une autre échelle. En fait, il suffit au gouvernement de claquer des doigts pour que les leaders syndicaux se précipitent pour reprendre leur place autour du tapis vert – cette fois, pour discuter sur la base du rapport sur la « transformation du secteur public ».
L’accord issu de ces négociations conserve toutes les mesures du rapport, à ceci près que le nombre des suppressions d’emplois n’y est pas spécifié. En revanche, il comporte des mesures supplémentaires : jusqu’en décembre 2014, date à laquelle prend fin l’accord, toute augmentation salariale devra être « financée » par des suppressions d’emplois ; il ne pourra être question d’ici là de revenir sur les baisses de salaire ni sur les prélèvements obligatoires ; tout salarié du public pourra désormais être « redéployé » dans tout autre secteur et emploi en fonction des besoins, à titre temporaire ou permanent ; les nouveaux embauchés ne bénéficieront plus désormais que d’une couverture retraite très réduite par rapport aux conditions existantes, etc.
Vers une nouvelle aggravation ?
Aujourd’hui, l’Irlande est l’un des pays industrialisés les plus touchés par la crise en termes de PIB, avec une baisse de 12,7 % au cours des deux années écoulées. Le nombre de logements vides faute d’acquéreur ou de locataire est équivalent à la totalité de la production des années 2007 et 2008. Sur l’ensemble du pays, le prix moyen des logements a baissé de 35 % depuis la mi-2006. Mais le prix des terrains constructibles s’est effondré de 80 % en moyenne. Quant aux revenus du gouvernement, ils auront baissé de quelque 30 % au cours de la seule année 2009, tandis que son déficit dépasse les 13 % du PIB. En termes économiques, c’est une catastrophe qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire irlandaise depuis le 19e siècle.
C’est ce que reflète la dégradation de la situation sociale. Du fait des baisses de salaire, l’Irlande est l’un des seuls pays de l’OCDE où le salaire nominal moyen a baissé – et cette statistique ne tient compte ni des prélèvements obligatoires, ni des baisses d’allocations sociales. Le taux de chômage atteint officiellement 14 % de la population « capable de travailler ». Mais ce chiffre masque le fait que l’émigration a repris sur une grande échelle, avec près de 100 000 Irlandais prenant le chemin de l’exil au cours des quinze derniers mois.
C’est dans ce contexte que sont apparues de nouvelles failles dans le système bancaire du pays. Une série d’annonces faites au cours des deux premiers mois de cette année a révélé l’importance colossale des pertes que les cinq principales institutions bancaires gardaient dissimulées dans leurs comptes. Au total ce sont 82 milliards d’euros de prêts « toxiques » – plus de la moitié du PIB irlandais ! – qui ont été révélés par les cinq plus grandes banques du pays, dont 38 milliards d’euros par l’Anglo Irish Bank, pourtant nationalisée. Mais rien ne dit que ces chiffres, basés sur les propres estimations des banques, reflètent les pertes et la folie spéculative réelles du système bancaire.
Début mars, les spéculateurs se mirent à se débarrasser de leurs actions bancaires irlandaises. Le 30 mars, après que l’action Allied Irish Banks a chuté de 20 % en une seule séance, le gouvernement annonça un nouveau plan de sauvetage. Celui-ci engage les fonds publics, de façon directe et immédiate, sur une échelle bien plus importante que le précédent plan. NAMA, un organisme d’État créé à cet effet, doit racheter les 82 milliards d’euros de prêts « toxiques » révélés plus tôt. Ces titres, invendables sur le marché, seront rachetés pour 52 milliards d’euros. C’est le prix théorique qu’auraient eu ces titres en novembre dernier, cynisme éhonté quand on sait que le seul fait de choisir cette date, au lieu de celle du rachat, équivaut à un cadeau de 1,5 milliard d’euros aux banques, équivalant au montant annuel du prélèvement de 7 % imposé aux travailleurs du public !
Le rôle de NAMA n’est pas seulement de venir en aide aux banques, mais aussi d’étendre l’aide de l’État aux spéculateurs immobiliers, promoteurs et autres propriétaires fonciers, qui ont généré ces prêts « toxiques » et considèrent aujourd’hui que c’est à l’État, et donc à la population laborieuse, de payer leurs dettes.
En plus de ce rachat de prêts « toxiques », l’État va injecter 22 milliards d’euros dans les cinq institutions bancaires. De ce fait, en plus de l’Anglo Irish Bank qui est déjà nationalisée, le gouvernement prendra le contrôle de fait des quatre autres institutions, sans pour autant se donner les moyens d’exercer le moindre contrôle réel sur leurs activités et sans la moindre garantie que d’autres titres « toxiques » n’y feront pas leur apparition à un moment ou à un autre. Dans les faits, cela revient à dire que l’État irlandais est menacé en permanence par la faillite. S’il n’y sombre pas, pour l’instant, c’est sans doute du fait des conséquences imprévisibles d’une telle faillite pour la finance britannique et américaine, pour qui l’Irlande constitue une plaque tournante trop précieuse. Mais jusqu’à quand et dans quelle mesure cette situation précaire pourra-t-elle se prolonger ?
C’est ce gouffre créé par le marché capitaliste que la classe ouvrière irlandaise est maintenant censée combler, à un prix exorbitant, avec ses emplois, ses salaires, ses services publics et ses conditions de vie. À ce jour les travailleurs irlandais ont été paralysés dans leurs tentatives de résister aux attaques de la bourgeoisie, par le « partenariat social » des appareils syndicaux. Mais une explosion de colère, causée par une mesure d’austérité de trop, pourrait commencer à renverser cette situation. Et peut-être verra-t-on alors une résurgence du « tigre celtique », mais cette fois armé d’un programme prolétarien, visant à combattre le parasitisme du capital et à se libérer du carcan imposé à la classe ouvrière par des appareils syndicaux complices de la bourgeoisie.
25 avril 2010
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