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Dans l'hebdomadaire Courrier International de cette semaine, qui titre à la une : "Russie, enterrer enfin la révolution d'Octobre ?", un académicien russe, d'âge suffisamment avancé
pour avoir vécu l'événement, affirme que ce jou-là, "il ne s'est rien passé de particulier qui mérite
qu'on s'en souvienne". Le vénérable académicien n'explique évidemment pas comment cet événement, qu'il qualifie de
simple "putsch de palais", a pu marquer l'histoire de tout notre siècle qui a pourtant connu des centaines sinon des milliers
de putschs depuis longtemps oubliés.
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Dans une émission de télévision récente, deux hommes qui se considèrent comme des historiens et l'un des deux au moins,
spécialiste de la Russie, Max Gallo et Marc Ferro devisaient sur le même thème du "putsch".
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Le premier pontifiait sur la facilité avec laquelle cinq mille "putschistes bolchéviks" ont réussi, pratiquement sans combat,
après quelques obus à blanc tirés par le croiseur Aurore, à conquérir le pouvoir.
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Max Gallo, historien, littérateur, ex-ministre socialiste et porte-parole du gouvernement Mauroy, n'a pas éprouvé le besoin
d'expliquer comment ces "cinq mille putschistes" auraient réussi ce tour de force dans un pays où, du fait de la guerre,
l'armée comptait dix millions de soldats, ni comment ils ont pu se maintenir au pouvoir dans un pays de cent cinquante millions
d'habitants, malgré la guerre civile et malgré l'intervention militaire d'une dizaine de puissances "alliées" dont la France,
l'Angleterre, les Etats-Unis, le Japon.
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Il est vrai qu'il se trouve, même aujourd'hui, des historiens qui affirment que la Révolution française de 1789, d'où était
sortie en son temps la France moderne de la bourgeoisie, n'a été qu'une succession de soubresauts aussi violents
qu'irrationnels et inutiles. Mais, par bonheur pour l'humanité, ce ne sont pas ces commentateurs-là qui font l'histoire.
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Et je vous fais grâce des titres haineux des articles que différents périodiques ont consacrés ces temps-ci à la
révolution d'Octobre. Les uns jubilent du fait que ce qu'ils considèrent comme une parenthèse de l'histoire soit enfin
fermée. Les autres se penchent hypocritement sur "le destin brisé de la Russie", pour reprendre le
titre d'une revue d'histoire. Une équipe de prétendus historiens vient de consacrer un "livre noir" aux "quatre-vingt millions de victimes du communisme" mettant dans cette sinistre comptabilité aussi bien la
Russie de la période révolutionnaire que l'URSS de Staline ; aussi bien la Chine et quelques autres pays comme les Etats
d'Europe de l'Est.
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En admettant même que cela soit vrai, en face le capitalisme peut aligner le sinistre record de cent millions de morts directs
ou indirects en seulement quatre ans de Deuxième Guerre mondiale. Et si l'on arrête là cette comptabilité, c'est en ignorant
les répressions au Maroc avant et après la guerre, les victimes des contres révolutions des années vingt de la montée du
fascisme, les massacres et les guerres de la décolonisations aux Indes, en Indonésie, à Madagascar, en Algérie, en Indochine
ou en Corée, en Palestine, celles de l'apartheid en Afrique du Sud et toutes les guerres et dictatures fomentées par
l'impérialisme dans les continents africain et sud-américain. Sans parler des famines et de la malnutrition, car pour l'URSS,
ces historiens à sens unique, comptent tout cela et même la famine qui fit un million de morts due à la guerre civile
soutenue par l'intervention étrangère. L'idée ne leur est pas venue de compter les victimes de ces innombrables conflits
locaux où, en réalité, c'étaient de grands trusts rivaux qui s'affrontaient avec la peau des peuples comme au Biafra ou au
Moyen-Orient, ni les victimes de sanglants conflits ethniques qui, comme au Rwanda, couvrent des rivalités entre puissances
impérialistes.
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Dans une interview avant-hier matin à la radio, le chef de file de cette équipe n'a pas seulement rendu Lénine responsable
des crimes de Staline, mais a même sorti cette perle : "c'est la révolution de février qui a introduit la
violence en Russie".
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Son "oubli" de la guerre mondiale dans laquelle était plongée la Russie en 1917 est révélateur.
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Nous avons choisi de parler de l'actualité du communisme face au capitalisme.
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En premier lieu, il est indispensable de revenir sur ce passé obscurci par les adversaires du communisme et dénaturé par ceux
qui ont été, pendant des dizaines d'années, les admirateurs sans nuance de la politique de Staline et de ses successeurs.
Soit dit en passant, ils sont nettement moins nombreux depuis l'écroulement de l'URSS et ils ont bien souvent rejoint le camp
de l'anti-communisme.
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Revenons donc au 7 novembre 1917 où, pour la première fois depuis les trois mois après la guerre franco-allemande de 1870 de
la Commune de Paris, écrasée dans le sang, le prolétariat, cette classe de la société qui ne possède rien que sa force de
travail pour vivre, s'est emparée du pouvoir d'Etat pour tenter de transformer la société.
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Qu'une société sans exploiteurs et sans exploités, sans propriété privée et sans oppression, puisse exister était une
idée aussi ancienne que le capitalisme lui-même. A l'origine, ce n'était pas une idée russe ou allemande, mais une idée
d'ici car ses théoriciens étaient surtout français comme Fourrier ou Saint-Simon. Au début, ce n'était qu'un rêve de
visionnaires ; le rêve d'hommes révoltés par la brutalité du capitalisme, qu'on a appelés par la suite des "socialistes
utopiques". Utopiques, ils l'étaient, mais ils étaient sincèrement socialistes, à la différence des dirigeants politiques
qui, aujourd'hui, portent la même étiquette.
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Puis, avec des hommes comme Blanqui, qui s'affirmait communiste et oeuvrait pour organiser les hommes et les femmes déterminés
comme lui à "anéantir l'aristocratie d'argent", le rêve est devenu un objectif politique. Avec
Marx et Engels cet objectif a trouvé un fondement rationnel, comme une conséquence historique de l'évolution du capitalisme
lui-même.
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