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Depuis l’éclatement de l’actuelle crise financière, l’économie capitaliste mondiale ressemble plus que jamais à une
gigantesque maison de fous. Chefs d’État et de gouvernement, ministres de l’Économie du G7, dirigeants d’institutions
financières et présidents de banques centrales s’agitent dans tous les sens pour tenter d’arrêter, ou du moins de
circonscrire, la crise financière. Sans y parvenir.
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Il suffit, cependant, que la courbe de la Bourse, après plusieurs chutes successives, se remette à grimper pendant quelques
jours pour que nombre de commentateurs annoncent que cette fois-ci est la bonne, que le krach est fini et l’effondrement dans
l’immobilier américain digéré, que le pire est passé pour le système financier mondial et que la valse des milliards vers
de nouveaux objets de spéculation peut recommencer.
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C’est finalement Le Canard Enchaîné qui, avec cet humour qui lui est propre, a le mieux résumé il y a quelque temps
l’efficacité de l’action de ces pompiers de l’économie mondiale qui se relayent pour circonscrire le feu qui se propage
dans le système financier mondial : « Depuis six mois, banquiers, experts et gouvernants nous expliquent que la crise
larvée des subprimes est en voie d’être sur le chemin de la possibilité de finir par avoir des chances d’être
contrôlée. Et voilà que, tout à coup, ils grimpent aux rideaux en avouant qu’ils ne contrôlent plus rien ! ».
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Comment rétablir la confiance sur les marchés financiers, à commencer par la confiance entre les grandes banques elles-mêmes
?
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Pendant qu’une multitude de réponses contradictoires à cette question alimente la cacophonie dans les milieux dirigeants et
que les experts des banques centrales et du FMI s’étripent sur le nombre de milliards de dollars qu’il faudrait injecter
dans l’économie pour venir au secours des grandes banques menacées de faillite, loin de leur monde, l’augmentation des
prix du blé, du riz, du maïs et du soja fait basculer des millions d’êtres humains dans la famine. À l’agitation
frénétique des courtiers en Bourse répondent les émeutes de la faim, de plus en plus fréquentes et de plus en plus
violentes. La police – et les troupes de l’ONU présentes dans le pays – tirent sur les manifestants à Haïti. En
Thaïlande comme aux Philippines, des gardes armés surveillent les rizières.
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Leur maison de fous est bâtie sur un volcan !
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Personne ne sait si la présente crise financière sera surmontée une fois de plus. Et, surtout, personne ne sait à quel
coût, avec quelles répercussions sur la production et avec quelles conséquences sur les classes populaires.
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Nous ne reprenons pas, dans le présent article, l’historique des enchaînements qui, de la crise de l’immobilier, puis de
la crise des crédits hypothécaires, ont conduit à la crise du système financier mondial. Pas plus que nous ne revenons sur
la place de la crise actuelle dans la longue chaîne des soubresauts qui se sont succédé depuis le début de cette période
d’instabilité économique ouverte au début des années soixante-dix (cf. LDC numéros 107, 109 et 111,
respectivement d’octobre et décembre 2007 et janvier 2008).
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Disons seulement que, pour reprendre l’expression du directeur général de BNP Paribas qui, comme tous les banquiers, a senti
le vent du boulet, « la crise des subprimes n’a été que l’étincelle qui a déclenché la crise financière ».
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Rappelons que les « subprimes » sont ces crédits immobiliers placés en veux-tu en voilà, aux États-Unis, par les
courtiers et les officines immobilières, relayés par des banques hypothécaires. Ils voulaient tous profiter du boom
immobilier, que ces crédits ont encore dopé. Mais la spirale spéculative a fini par exploser.
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Rappelons aussi que, si ce krach dans l’immobilier américain n’est pas resté limité à ce secteur, c’est parce que les
titres de créances risquées ainsi créés, revendus à des banques, ont été mélangés à d’autres crédits dans des
opérations dites de « titrisation » ; puis, découpés en tranches, ils ont donné naissance à d’autres titres,
fort prisés par les banques comme par les fonds de placement car ils rapportaient gros en peu de temps.
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Sur la spéculation immobilière s’est ainsi greffée une autre spéculation, plus fluide, plus lucrative et plus risquée.
Les titres qui en étaient le support se sont effondrés avec le krach dans l’immobilier, perdant d’un seul coup toute
valeur.
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Cet effondrement brutal, en transformant en vulgaires chiffons de papier les titres liés aux prêts hypothécaires, a affecté
un grand nombre de banques et d’institutions financières un peu partout dans le monde. Toutes avaient une quantité plus ou
moins grande de ces papiers dans leur capital.
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Du coup, chaque banque, bien placée pour savoir qu’une partie de ses réserves de liquidités était constituée de titres
pourris, s’est mise à se méfier des titres des autres. Cette méfiance, en se généralisant, a donné un coup de frein
brutal aux échanges de liquidités, c’est-à-dire aux prêts et aux remboursements quotidiens qui font l’essentiel de la
vie des banques.
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Voilà comment la crise dans l’immobilier américain est devenue une crise financière et bancaire mondiale.
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Les dégâts des banques
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Cette crise, même limitée à ses aspects financiers, a déjà fait des dégâts considérables. Les estimations des pertes des
banques, publiées au fil du temps, n’ont pas cessé d’augmenter. En septembre-octobre 2007, on parlait de cent milliards de
dollars perdus. Puis, à partir du mois de janvier 2008, ont commencé à être publiés les bilans des grandes banques : 21
milliards de dollars perdus par l’américain Citigroup, 19 milliards par Merrill Lynch, 19 milliards par la suisse USB. Mais
ces chiffres sont périodiquement révisés et il y a des opérateurs financiers qui ne publient pas de chiffres. Au point que
les ministres de l’Économie du G7 en sont à implorer les banques pour qu’elles daignent publier leurs pertes exactes afin
d’évaluer les dégâts (pour savoir combien il en coûtera de venir à leur secours).
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Fin mars, on en était de trois cents à quatre cents milliards de dollars envolés. Et voilà que le FMI a publié, dans les
premiers jours d’avril, ses propres estimations, appuyées sur des bilans affichés. 565 milliards de dollars de pertes
directement imputables aux prêts hypothécaires américains. 380 milliards de pertes imputables à des dépréciations sur
d’autres titres, liées à la crise. 945 milliards de dollars au total ! Pas loin de 1 000 milliards, que d’autres
prévisions dépassent allègrement.
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Leur problème le plus urgent n’est cependant même pas comment éponger les pertes, mais comment faire redémarrer le
système financier.
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La méfiance s’est généralisée à la multitude d’entreprises, officines, institutions, qui opèrent sur les marchés
financiers, fonds de placement, sociétés d’assurances, agences de notation, instituts de référencement de crédits, etc.
En n’oubliant pas que la plupart d’entre eux opèrent non seulement avec leurs propres capitaux et les crédits accordés
par les banques, mais aussi avec l’argent des entreprises. Comment surmonter cette méfiance ?
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La crise financière actuelle est la vingt-quatrième depuis la grave crise des changes de 1971 qui avait sonné le glas du
système monétaire international stable, basé sur le dollar et réglementé par les accords de Bretton Woods (1944).
Certaines de ces crises ont pris la forme d’un krach boursier, d’autres, celle d’une crise portant sur le change entre
différentes monnaies ; d’autres ont été des crises bancaires ; d’autres, enfin, un mélange de tout cela, se traduisant
à la fois par un écroulement des cours de Bourse, par une crise monétaire et par une crise du crédit, tant les aspects
boursiers ou monétaires sont entremêlés dans le monde de la finance.
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Certaines de ces crises financières sont restées limitées à une zone du monde, comme la crise de la dette des pays pauvres
en 1982 ou, plus récemment, les crises financières en Asie en 1997, au Brésil en 1998, celle de la dette russe la même
année ou encore celle en Argentine en 2001. D’autres, comme, la crise en 1974 de la banque Herstatt ou, en 1986, celles des
Savings & Loans américains ou encore du fonds spéculatif américain LTCM en quasi-faillite en 1998, ont été circonscrites
à une ou à un ensemble de banques. L’éclatement de la bulle spéculative japonaise en 1989 a été suivie d’une longue
– une dizaine d’années – et très coûteuse crise du système bancaire de ce pays.
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Les conséquences de l’effondrement de la Bourse américaine en 1987 ou l’éclatement de la bulle boursière Internet en
2000 se sont en revanche répandues sur toute la planète.
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Aucune de ces crises n’a cependant débouché sur une crise économique généralisée analogue à la Grande dépression qui
avait suivi le krach boursier américain de 1929. Mais rien que par les pertes strictement financières, chacune de ces crises
a vu s’envoler en fumée une quantité plus ou moins importante de milliards de dollars, et plusieurs d’entre elles ont
entraîné des contrecoups plus ou moins graves dans la production de biens réels. Pour chacune, on n’a pu mesurer les
dégâts qu’elle avait provoqués qu’une fois qu’elle fut surmontée. Mais à chaque fois, la question s’est reposée
de l’éventualité d’une généralisation incontrôlable.
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Si les crises financières comme les crises tout court accompagnent toute l’histoire du capitalisme, leur fréquence
s’accroît depuis l’effondrement du système monétaire international au début des années soixante-dix.
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Accuser la seule mondialisation, avec ce que ce mot implique dans le vocabulaire d’aujourd’hui de déréglementation, de
libre circulation des capitaux non seulement d’un pays à l’autre mais d’un secteur à l’autre, comme le font certains
altermondialistes, c’est dissimuler l’essentiel. Les crises économiques font partie du fonctionnement même du système
capitaliste. Elles sont un élément fondamental dans un fonctionnement anarchique où la production comme les comportements
économiques sont le fait de myriades d’entreprises en concurrence les unes avec les autres, et où les régulations entre
l’offre et la demande, entre différents secteurs, ne peuvent se faire qu’après coup, de façon plus ou moins dramatique,
par les crises justement. Les crises financières engendrées par la spéculation ont, elles aussi, un long passé, depuis
celle portant sur les bulbes de tulipe en Hollande en 1620, en passant par celle des émissions de papiers par la Banque Royale
de John Law sous la Régence (c’est-à-dire la minorité de Louis XV).
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En revanche, il est vrai que l’évolution des trente dernières années, combinant la forte et incessante croissance de la
sphère financière avec la déréglementation généralisée, a rendu les marchés financiers plus erratiques, et les crises
plus fréquentes.
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D’un système bancaire réglementé à la déréglementation généralisée
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Dans la phase précédente de l’histoire de l’économie capitaliste, commencée disons dans les années qui ont précédé
la Deuxième Guerre mondiale pour préparer précisément celle-ci, puis poursuivie au lendemain de la guerre pendant la
période de reconstruction et prolongée jusqu’à la fin des années soixante, les marchés financiers étaient relativement
réglementés. Les trois marchés, celui des actions avec la Bourse, celui des assurances avec les compagnies d’assurances et
celui du crédit avec les banques, étaient distincts les uns des autres et compartimentés, avec pour chacun ses propres
règles prudentielles et son autorité de régulation et de tutelle. En outre, les banques de dépôt étaient distinctes des
banques d’affaires. Les banques servaient d’intermédiaires entre ceux qui fournissaient de l’argent et ceux qui avaient
besoin de financement, et en avaient en principe le monopole.
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Avec la déréglementation, les cloisonnements disparaissent et n’importe quelle entreprise peut se transformer en banque ou,
du moins, en faire office sans être soumise aux règles prudentielles. N’importe quelle catégorie de capitalistes peut
opérer directement sur le marché financier, y prêter de l’argent ou en emprunter, émettre des titres, en acheter.
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En contrepartie du risque que les banques assument – celui, par exemple, de ne pas être remboursées –, elles facturent
leurs services. Elles sont en revanche censées garantir le remboursement aux déposants d’argent, qui leur fournissent les
fonds qu’elles prêtent. Pour couvrir le risque lié aux crédits sans mettre en péril les dépôts de leurs clients, les
banques doivent avoir des fonds propres, un capital. Emprunter directement sur le marché financier est, pour une entreprise
capitaliste, moins cher mais plus risqué.
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Depuis les déréglementations des années quatre-vingt, les marchés financiers se sont dans une large mesure substitués aux
banques commerciales traditionnelles.
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Il faut cependant nuancer ce recul du rôle des banques en tant qu’intermédiaires entre les déposants et les emprunteurs.
Les banques sont les premières à créer des filiales spécialisées dans la spéculation et échappant à la réglementation
concernant les banques. En outre, l’affaire Kerviel, du nom de ce courtier de la Société Générale qui a pu lui faire
perdre cinq milliards d’euros sans même que la direction s’en rende compte, relativise l’efficacité de la régulation,
même pour les établissements bancaires traditionnels.
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Dominique Plihon, économiste du Centre d’analyse stratégique (qui a succédé au Commissariat au plan), constate que, depuis
les années 2000, la fréquence des crises est voisine de celle de la période de l’entre-deux-guerres, celle justement des
années de la Grande crise.
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Conséquences de l’hypertrophie étouffante de la finance sur l’économie, ces convulsions financières en deviennent un
facteur aggravant. Les moyens utilisés pour sortir de la crise en cours deviennent un élément de la crise suivante. À peine
la spéculation portant sur un secteur de l’économie s’effondre-t-elle qu’elle se porte sur un autre secteur, alimentant
un nouveau boom finissant dans un nouvel effondrement.
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Mais, au fond, en regardant rétrospectivement les crises financières périodiques depuis 1971, si une vision optimiste ferait
dire que jusqu’à aujourd’hui, on a échappé à une crise brutale ressemblant à celle de 1929, le coût de cette
succession de crises se rapproche, sur le plan financier, sinon sur le plan social et politique, de celui de la crise de 1929.
Par-delà la variété des formes que ces crises ont prises, la variété aussi de leur localisation ou de leur étendue,
vingt-quatre crises financières en trente-sept ans, cela fait sinon tout à fait une crise par an, du moins en moyenne quelque
deux crises tous les trois ans.
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La méfiance sur les marchés financiers et les potions des Etats pour la conjurer
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La panique boursière des derniers jours d’octobre 1929 s’était transformée en crise bancaire, poussant à la faillite les
banques les plus fragiles.
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Devant la profondeur de la crise, l’effondrement de la production, les États avaient fini par intervenir pour sauver une
économie capitaliste en péril. De l’économie allemande sous le nazisme au New Deal de Roosevelt, le capitalisme ne s’en
serait pas sorti sans les béquilles étatiques dans un premier temps et la guerre dans un second.
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Dans la crise présente, les États sont intervenus pour ainsi dire immédiatement. En premier lieu, la banque centrale
américaine (Fed), le système bancaire américain étant l’épicentre de la crise. Sept fois de suite, la Fed a baissé ses
taux d’intérêt, représentant une diminution totale de 82 % du loyer auquel les banques privées pouvaient lui emprunter de
l’argent. Mieux, en prêtant dans des conditions exceptionnellement favorables à toutes les banques qui lui en faisaient la
demande, la Fed a injecté plusieurs centaines de milliards de dollars dans le système bancaire. Elle a fourni aux banques
privées les liquidités dont elles avaient besoin et qu’elles ne voulaient pas se fournir les unes aux autres. Et, chose
exceptionnelle dans le système bancaire américain, la Fed a ouvert tout grands ses guichets non seulement aux banques
commerciales, auprès desquelles la banque centrale est normalement le prêteur de dernier recours, mais aussi aux banques
dites d’investissement. Celles donc qui sont spécialisées dans les placements et la spéculation, y compris les plus
puissantes d’entre elles comme Goldman Sachs, Merrill Lynch, Lehman Brothers. Le montant total de ces prêts-perfusions est
estimé, pour les États-Unis, à plus de quatre cents milliards de dollars.
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La Banque centrale européenne (BCE), plus prudente sur ses taux d’intérêt, a de son côté largement ouvert ses guichets
pour dépanner les grandes banques à court de liquidités. Un crédit pratiquement illimité leur est ouvert.
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Ces prêts à fonds perdus ont permis aux banques de continuer à fonctionner, mais pas de rétablir la confiance du marché
financier, ou plus précisément la confiance de ceux qu’on appelle les « investisseurs ».
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Par cet euphémisme, il faut comprendre tous ceux, banques, fonds de placement, sociétés d’assurances, grosses entreprises
ou riches particuliers, qui n’investissent pas, mais qui cherchent des placements rentables pour leurs capitaux.
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Les guichets grands ouverts des banques centrales et les centaines de milliards injectés dans l’économie n’ont cependant
pas suffi à rétablir la confiance. Il faut dire que les grandes banques mettent du temps à révéler, au compte-gouttes, les
montants de leurs pertes. À chaque estimation, le montant des pertes était majoré. Tout cela a alimenté la suspicion.
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La titrisation et le mélange du crédit risqué et du crédit fiable étaient destinés, au départ, à limiter les risques.
C’est l’inverse qui s’est passé. C’est la cuillerée de goudron qui a gâté le tonneau de miel. D’autant que, du
goudron, il y en avait plus qu’une cuillerée, et quant au miel, il n’était pas déjà très pur à l’origine !
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Pire : la méfiance à l’égard des titres pourris contenant des parts de crédits hypothécaires américains a suscité une
méfiance qui est allée en se généralisant vis-à-vis d’un nombre croissant de titres.
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En gonflant depuis vingt ou trente ans, le système financier a multiplié les titres plus ou moins spéculatifs et plus ou
moins risqués. Le temps est révolu où l’écrasante majorité des titres en circulation était composée soit d’actions
représentant une part de propriété d’une entreprise et rapportant des dividendes, soit d’obligations représentant un
prêt rapportant un intérêt, soit de titres émis par les États eux-mêmes représentant leurs dettes publiques. Oh ! il a
suffi de ces trois sortes de titres pour que la spéculation finisse par provoquer le krach de 1929.
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Mais, aujourd’hui, avec les « produits dérivés », la palette de la spéculation est plus large. Ces « produits
dérivés » ont été inventés à l’origine pour se protéger des variations inattendues du cours des actions, des taux de
change, des prix des matières premières, etc. L’achat d’un produit dérivé donne le droit – ou impose l’obligation
– d’acheter ou de vendre des actions, des devises, du blé ou du pétrole à une date ultérieure, mais au prix fixé
aujourd’hui. Une belle invention pour se protéger de la spéculation… mais aussi pour spéculer. Il existe une multitude
de ces produits dérivés. Les banques, les fonds de placement, s’ingénient sans cesse à en inventer de nouveaux. Les
papiers – ou, plus exactement, les données informatiques – qui les représentent circulent à la vitesse des signaux
électriques. Ils constituent la matière première de ce que les banquiers appellent « l’industrie financière ». Une «
industrie » qui ne produit rien, mais qui peut rapporter gros. Du moins tant que la spirale spéculative est montante.
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Spéculer à crédit
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Les fonds spécialisés dans les placements ne spéculent évidemment pas avec leurs seuls capitaux, ni même avec ceux qui leur
ont été confiés dans un but spéculatif par les entreprises ou par les particuliers. Ils empruntent de l’argent pour
spéculer.
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Pendant toute une période où les taux d’intérêt des banques centrales étaient bas, et où donc le loyer de l’argent
était bas, il était profitable d’emprunter à 6 % pour gagner 10 %. Le volume total des crédits gonflait bien au-delà de
ce qui était nécessaire pour la production. Pour doper leurs profits, les fonds spéculatifs empruntaient massivement,
jusqu’à quinze fois leur propre mise, parfois plus (cf. Le Monde du 3 avril 2008). Le quotidien Les Échos
rapporte même le cas de ce « fonds de placement » qui, avec le renchérissement du crédit, vient de rouler au tapis
: pour chaque dollar de fonds propre, il avait 31 dollars d’endettement.
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La revue économique Sociétal constate qu’« aux États-Unis, le volume des crédits bancaires déflatés de
l’inflation évolue sur la tendance de 7 % par an, à comparer avec une croissance du PIB réel qui dépassera à peine 2 %
en 2007. En zone euro, la croissance des prêts au secteur privé est d’environ 8 % en termes réels pour une progression du
PIB de 2,5 % ». Ce qui signifie, au-delà du caractère fortement approximatif de ces chiffres, que la croissance du
volume des crédits est déconnectée de celle de l’activité productive et que l’écart se creuse, d’année en année,
entre la part du crédit qui sert à financer la production et celle qui sert à financer les opérations financières. En
faveur, bien sûr, de ces dernières. Les rachats des entreprises les unes par les autres dans les grandes opérations de
fusions-acquisitions font partie de ces opérations financières, financées à crédit souvent par des titres plus ou moins
risqués qui sont aujourd’hui objets de suspicion.
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Ainsi donc, la crise de confiance dans les banques et entre les banques freine, quand elle ne bloque pas, les opérations
financières. Les capitaux qui ne peuvent pas s’investir dans les bons du Trésor américain ou dans les matières premières
se déplacent d’actions en actions, d’obligations en obligations, au hasard des dernières nouvelles, des dernières
décisions de telle banque centrale et des conséquences supposées de ces décisions, ou au hasard de la publication des
bilans des banques ou des grandes entreprises. Au hasard même des rumeurs. C’est cette situation qui conduit aux soubresauts
erratiques de la Bourse.
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Profits privés et pertes socialisées
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Après un premier trimestre 2008 marqué par cette variation fébrile sur les marchés financiers alimentant un noir pessimisme
parmi les commentateurs de l’économie, voici que, dans les premiers jours du mois d’avril, la tonalité a changé.
L’hebdomadaire économique Challenges titre en une : « La crise est finie » pour expliquer, dans un
dossier, « Bourse, la fin du krach ». Et de s’écrier, dans un article dithyrambique à l’égard de Ben Bernanke,
président de la banque centrale américaine, « Merci Ben ! »
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Il faudra évidemment, aux banquiers et autres PDG de fonds de pension, autre chose que la méthode Coué pour être persuadés
qu’on est sorti du creux de la vague. Pendant quelque temps, cependant, l’optimisme de cette publication a été partagé
par bien des devins qui scrutent au jour le jour l’évolution du marché financier mondial pour tenter d’en prédire
l’avenir proche. Mais ce qui est significatif, ce n’est pas l’optimisme de la prévision, c’est ce sur quoi elle est
fondée.
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« Ben Bernanke a remis les marchés dans le bon sens ». Pourquoi donc ? « La Fed a repris pour trente milliards de
dollars le portefeuille d’actifs de la banque Bear Stearns, contaminé par la crise des subprimes, avant que JP Morgan
rachète l’établissement. C’est un exemple rare dans l’histoire financière du monde », affirme l’économiste. Et
il ajoute : « D’autre part, les federal home loan banks – les banques publiques régionales – ont racheté à
un prix bas l’équivalent de 350 milliards de crédits subprimes aux établissements touchés. C’est à ces établissements
publics qu’il appartient désormais de restructurer ces crédits et de supporter les pertes éventuelles ». En d’autres
termes, l’initiative vraiment susceptible, pense-t-il, de rétablir « la confiance du marché financier », c’est
que la banque centrale américaine ne se contente pas d’aider ponctuellement et occasionnellement les banques menacées de
faillite, mais qu’elle accepte de racheter les obligations pourries qui en étaient la cause.
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L’État fédéral a, en effet, pris en charge les pertes de Bear Stearns, une des plus grandes banques américaines, menacée
de faillite, pour qu’une autre grande banque, Morgan Stanley, accepte de l’acheter. En Grande-Bretagne, le gouvernement a
nationalisé de fait, avec rachat bien entendu, la banque anglaise Northern Rock. Deux des gouvernements qui affichent le plus
férocement leur hostilité à « l’étatisme » n’ont donc pas hésité à faire intervenir leur banque centrale
pour venir au secours de banques privées.
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Le Monde du 25 mars avait déjà rapporté une révélation du journal britannique Financial Times faisant état
d’une concertation entre la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne qui
auraient discuté d’une opération consistant à racheter tous les titres contaminés par les crédits immobiliers
américains. « Une solution radicale qui coûterait jusqu’à 3 000 milliards de dollars à l’État fédéral »,
ajoute le journal.
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La Banque d’Angleterre vient de faire le saut : elle a annoncé, le 21 avril, que les établissements bancaires pourront se
débarrasser de leurs crédits immobiliers auprès de la banque centrale qui, en échange, leur fournira des emprunts
d’État. Cette possibilité d’échanger les titres pourris contre des titres garantis par l’État leur est donnée pour
une période entre un et trois ans. Le coût total de l’opération est estimé à 50 milliards de livres (environ 60
milliards d’euros). Mais, a ajouté le gouverneur de la banque centrale, cette somme n’est pas limitative, et il pourra en
coûter deux fois plus à l’État britannique !
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Du côté des États-Unis, la décision d’une mesure aussi générale et aussi radicale ne semble pas encore prise. D’après
le journal Les Échos du 22 avril, un plan existe cependant, proposant l’échange des titres pourris à concurrence de
200 milliards de dollars. Ce n’est pas encore le guichet ouvert jusqu’à épuisement des titres pourris.
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Cela viendra cependant peut-être car il ne s’agit pas seulement de désarmer la méfiance généralisée, mais aussi
d’enlever tout obstacle devant une reprise de la croissance du crédit bancaire et, donc, des opérations financières.
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C’est que – vestige des anciennes réglementations – les banques sont obligées d’intégrer dans leur bilan les pertes
subies avec la dévalorisation des titres pourris. Toutes les grandes banques enregistrent de ce fait une diminution de leur
capital propre. Or, les banques sont obligées de garder en réserve disponible un certain pourcentage des crédits qu’elles
accordent. Dans le cas des banques américaines, par exemple, le capital propre d’une banque ne doit pas être inférieur à
10 % du total des prêts qu’elle accorde. La diminution de leur capital se traduit donc, en quelque sorte mécaniquement, par
une diminution du volume des crédits qu’elles peuvent émettre.
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Toutes les grandes banques sont en train de tenter de se « recapitaliser », c’est-à-dire de faire appel à des capitaux
extérieurs pour remplacer leurs titres sans valeur. Pour cela, elles font de plus en plus appel aux « fonds souverains
», c’est-à-dire à ces fonds de placement qui dépendent directement des États d’un certain nombre de pays dont
le commerce extérieur est excédentaire et qui ont de l’argent à placer. Il s’agit en particulier de fonds mis en place
par les Émirats du Golfe, Singapour ou, dans un autre ordre d’idées, par la Chine et la Russie. Les fonds souverains de ces
deux derniers pays posent cependant des problèmes politiques aux dirigeants des États-Unis. En outre, leur apport ne suffit
probablement pas à compenser toutes les pertes des grandes banques.
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Ce qui semble faire hésiter les dirigeants américains est que, lorsque la banque centrale américaine accepte de prendre en
dépôt des titres pourris des banques privées en leur donnant en contrepartie des bons du Trésor américain, elle mine son
propre crédit et, par conséquent, celui du dollar. Une fois de plus, la « solution » pour surmonter une crise risque de
déboucher sur une autre crise.
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D’après des statistiques américaines officielles, la composition des réserves de la banque centrale américaine se serait
déjà considérablement modifiée entre juillet 2007 – c’est-à-dire juste avant que la crise financière l’amène à
voler au secours des grandes banques privées – et avril 2008.
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Le montant de ces réserves n’a pratiquement pas varié : en avril 2008, il est de 919 milliards de dollars. Mais, en juillet
2007, ces réserves étaient constituées à 87 % de traites et obligations du Trésor, c’est-à-dire de « bon papier »,
garanti par l’État américain. En quelques mois, cette part s’est effondrée : elle ne représente plus que 53 % des
titres détenus.
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Que s’est-il passé ? La banque fédérale a donné ces bons du Trésor, très recherchés, aux banques privées en
difficulté, en échange de créances pourries contenant des parts de crédits hypothécaires qui ne valent plus rien.
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Mais, du coup, près de la moitié des réserves de la banque fédérale elle-même est constituée de titres pourris ! Même si
le Trésor des États-Unis peut fabriquer des bons du Trésor supplémentaires en alimentant l’inflation mondiale, la
détention par la banque centrale américaine d’une quantité colossale de titres pourris ne peut qu’alimenter la méfiance
à l’égard du dollar.
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Déjà, un certain nombre de pays du Golfe producteurs de pétrole, pourtant liés aux États-Unis et dont la monnaie est liée
au dollar, renâclent devant la perte de valeur de celui-ci.
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Mais si la perte de confiance en la banque centrale américaine s’aggrave, si la méfiance à l’égard du dollar se
généralise, faisant hésiter les grands pays exportateurs comme la Chine à déposer leurs économies dans les banques
américaines, cela peut déboucher sur une crise générale du système monétaire international.
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Accélération de l’inflation
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La montée de l’euro est, déjà, une conséquence de la méfiance croissante à l’égard du dollar et des déplacements
spéculatifs de capitaux d’une monnaie à l’autre. Mais si l’euro peut servir d’alternative momentanée pour
diversifier les réserves de change de pays comme la Chine ou l’Inde, il est difficile d’imaginer que la monnaie
européenne puisse prendre complètement la place du dollar en tant que monnaie internationale. Ne serait-ce que pour des
raisons politiques : derrière le dollar, il y a l’État le plus puissant du monde, le plus riche aussi. Derrière l’euro,
il n’y a qu’un assemblage d’États petits ou moyens, aux intérêts divergents, voire contradictoires.
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La perte de valeur du dollar est également un des éléments majeurs de l’inflation mondiale qui s’est accélérée depuis
le déclenchement de la crise.
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Au moment des élections au Zimbabwe, toute la presse a mis en cause le vieux dictateur Mugabé et sa responsabilité dans la
situation économique de son pays, et notamment dans cette inflation de la monnaie locale qui est à six chiffres, 100 000 % et
plus. Mais les pays impérialistes, même les plus grands, ne sont pas à l’abri. Rappelons que le premier pays atteint par
une inflation du même ordre a été l’Allemagne des années de la Grande crise.
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Conséquences sur l’économie productive
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Des conséquences, il y en a déjà. Rien que la crise déclenchante, la crise de l’immobilier, se traduit par un recul
important de la construction, des licenciements massifs dans ce secteur, sans parler de ce dégât « collatéral » aux
États-Unis qu’est la perte de leur logement pour plus d’un million d’acheteurs – qui risquent d’être près de trois
millions –, incapables au bout du compte de payer leurs traites.
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Il y a aussi les suppressions d’emplois dans les banques. Elles sont déjà en cours aux États-Unis. Plus de 10 % des
employés de banques sont menacés.
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Et pour la suite ?
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Une des têtes pensantes du monde capitaliste, Alan Greenspan, l’ancien président de la banque centrale américaine, évoque
la crise économique la plus grave depuis la guerre. Et Soros, l’ancien gourou de la spéculation (aujourd’hui à la
retraite), de remonter plus loin encore : « Nous n’avons pas encore touché le fond. Cette crise est la pire que l’on
ait jamais connue depuis 1930 ». Et d’observer dans la même interview que « cette crise est venue de produits dont
j’ignorais l’existence ». Remarque ô combien significative venant d’un homme orfèvre en spéculations et qui
n’est à la retraite que depuis une petite dizaine d’années. Même lui n’arrive pas à suivre la multiplication
éruptive des produits financiers !
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De son côté, l’ancien économiste en chef de la grande banque américaine Morgan Stanley parle « d’une crise profonde
allant au-delà du seul subprime » (rapporté par Les Échos des 4 et 5 avril 2008). Et le banquier, poète à ses
heures, d’ajouter : « Celui-ci (le subprime) ne serait que l’élément annonciateur de temps difficiles, un peu
à la manière des canaris sentinelles que les mineurs emmenaient au fond des puits et qui cessaient de chanter aux premières
vibrations inaudibles à l’oreille humaine et aux premières émissions de gaz annonciatrices de coups de grisou ». De
toute évidence, pour lui, le coup de grisou n’est pas derrière, mais devant nous.
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Ce qui différencie, en effet, la crise financière actuelle n’est pas seulement le fait que le montant des pertes est
d’ores et déjà parmi les plus importants de la vingtaine de crises financières qui l’ont précédée depuis 1991.
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Plus important encore, si certaines de ces crises ont déjà touché les États-Unis, elles sont restées limitées ou à la
seule Bourse, ou à un secteur bancaire circonscrit, tel le système américain des caisses d’épargne.
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Les crises financières précédentes graves, comme celles qui ont touché l’Argentine en 2001 ou l’Asie du Sud-Est en 1997,
ont frappé des pays qui ont, certes, un poids dans l’économie mondiale mais qui ne sont pas des pays impérialistes.
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La crise bancaire japonaise atteignant cette fois une économie impérialiste a été jusqu’à présent la seule à avoir
entraîné des pertes comparables à celles de la crise actuelle. Elle a été très longue à surmonter mais elle est restée
pour l’essentiel cantonnée au Japon.
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Mais, cette fois-ci, la crise est partie du cœur même du système impérialiste mondial. Elle a commencé à se généraliser
à partir de là. Et personne ne peut imaginer, malgré la méthode Coué des dirigeants politiques, qu’elle ne touchera pas
l’Europe. Elle l’a d’ores et déjà touchée car, dans le peloton de tête des banques qui ont le plus perdu dans la
dévalorisation des titres liés aux crédits hypothécaires américains, il y a la suisse USB et des banques allemandes,
françaises et britanniques.
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Les conséquences directes ou indirectes de la crise financière freinent déjà l’économie productive, de plusieurs
manières. Par de plus grandes difficultés pour les entreprises à obtenir du crédit d’un système bancaire devenu plus
prudent avec le krach. Pour les entreprises européennes, la montée de l’euro par rapport au dollar, en enchérissant le
prix des produits vendus sur le marché européen, agit comme une véritable barrière protectionniste dressée contre les
exportateurs européens. En atteignant le taux de change de 1 euro contre 1,60 dollar, l’euro a pratiquement doublé sa
valeur depuis 2000. Ou, plus exactement, le dollar s’est déprécié dans cette proportion. Déjà apparaissent les premiers
signes d’un ralentissement du commerce mondial.
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Et il y a les contrecoups du déplacement de la spéculation vers des matières premières, et en particulier vers le pétrole.
Avant même le déclenchement de la crise des subprimes, le prix du pétrole avait tendance à augmenter,
fondamentalement pour les mêmes raisons que lors des premiers chocs pétroliers. Les trusts pétroliers n’ayant pas
l’intention de procéder à des investissements massifs ni dans l’exploitation de gisements plus difficiles d’accès, ni
dans des raffineries nouvelles, ont fait, une fois de plus, le choix d’une politique malthusienne. C’est-à-dire freiner la
croissance de leur production mais se rattraper sur les prix, ne pas vendre plus mais vendre plus cher.
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Et les spéculateurs, chassés du placement hypothécaire par le krach immobilier, sont tout naturellement incités à placer
leurs capitaux dans le pétrole. Mais leur spéculation à la hausse a accéléré celle-ci. Le renchérissement du pétrole et
de ses dérivés, ainsi que du gaz dont le prix est indexé sur le pétrole, ont déjà des conséquences graves sur les
déplacements, sur les transports, sur le chauffage des classes populaires. Dans les pays très pauvres, où la masse de la
population ne dispose pas de voitures, celle-ci paye quand même la facture avec le renchérissement des prix des transports
collectifs.
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Mais les entreprises elles-mêmes en subiront les contrecoups. C’est déjà le cas pour les transporteurs routiers, pour les
compagnies d’aviation – l’une d’entre elles, une compagnie dite « low cost », vient de faire faillite –, mais aussi
pour les entreprises aéronautiques. Et bien d’autres secteurs économiques suivront. Les premiers « chocs pétroliers » des
années soixante-dix se sont traduits, à l’époque, par un franc recul de la production.
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Flambée des prix des matières premières
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Rappelons-le, une des conséquences les plus dramatiques de la crise financière sur la vie réelle est le renchérissement des
prix des produits alimentaires à l’échelle du monde. Le mécanisme est, dans les grandes lignes, analogue à ce qui se
produit pour le pétrole et pour d’autres matières premières industrielles.
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Pour une multitude de raisons, dont nous ne discuterons pas ici mais qui, contrairement aux mensonges qu’on nous raconte,
tiennent plus à l’organisation capitaliste de l’économie mondiale qu’à des raisons naturelles, l’offre de blé, de
maïs, de riz ou de soja sur les marchés mondiaux équilibre de justesse la demande solvable (la seule qui compte dans
l’économie capitaliste). On peut donc en déduire que les prix de ces produits agricoles auront tendance à augmenter. Les
perspectives réelles ou supposées des agrocarburants renforcent évidemment cette conviction. Du coup, une partie des
capitaux spéculatifs se porte vers ces produits agricoles, ou, plus exactement, vers les titres qui les représentent.
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Le Figaro du 15 avril 2008 rapporte l’agitation frénétique des fonds de placement à la Bourse de Chicago qui est le
principal marché planétaire des produits agricoles : « À Chicago, les spéculateurs s’en donnent à cœur joie : (…)
Y sont cotés notamment quelque 25 produits agricoles comme le soja, le maïs, le blé, la viande de porc et même le bétail
vivant… Vous avez dit spéculation alimentaire ? En tout cas, les contrats de soja (+ 61 %), d’huile de soja (+ 64 %) et de
blé (+ 53 %) affichent les plus fortes hausses de volumes de transactions. On y voit en partie le résultat de la présence
croissante de fonds alternatifs, les fameux hedge funds. Agissant pour le compte d’institutionnels ou de grandes fortunes,
leur métier est de profiter des déséquilibres entre l’offre et la demande sur tous types de marchés. Déçus par le
rendement des actions depuis le début de la décennie, un nombre croissant de fonds se sont portés sur les marchés agricoles
où plusieurs conditions leur paraissent réunies pour réaliser de belles plus-values... »
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Sur cette spéculation en grand résultant de l’activité des grands fonds de placement se greffe à tous les niveaux
d’autres spéculations, nationales, voire locales. Stocker des produits alimentaires en période de pénurie, justement pour
en faire augmenter les prix, fait sans doute partie des plus vieilles activités spéculatives. Même la Révolution française
a connu ses « accapareurs » !
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Même dans les pays dits riches, la flambée des prix des matières premières agricoles se traduit par des conséquences
sensibles pour les familles des classes populaires. Le président du Secours populaire, Julien Lauprêtre, constate une
augmentation des demandes d’aide alimentaire de l’ordre de 15 à 20 % et fait état, dans une interview accordée à
L’Humanité du 24 avril, « de confidences terribles de gens amenés à fouiller les poubelles à la sortie des
restaurants pour se nourrir ».
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Les conséquences sont autrement plus dramatiques encore pour ces quelque huit cents millions de personnes des pays pauvres qui
souffrent en temps ordinaire de sous-alimentation chronique.
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D’ores et déjà, la crise financière actuelle ne se limite pas au monde virtuel du système bancaire. Alors même
qu’économistes et banquiers discutent gravement la question de savoir si les États-Unis sont déjà en récession,
c’est-à-dire en crise économique, ou s’ils sont en train de s’y acheminer, la crise économique fait des victimes, et
ce n’est, en effet, certainement pas fini.
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Une crise économique grave, cela signifie des milliers d’entreprises fermées ou fonctionnant au ralenti, des licenciements
en masse, le chômage, la misère pour une grande partie de la population laborieuse.
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Il n’y a aucune catastrophe naturelle à l’origine de la catastrophe économique et sociale. L’économie capitaliste est
en train d’étouffer, en réalité, dans sa propre graisse.
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Pendant des années, on a imposé aux travailleurs, au nom de la compétitivité, de plus en plus de travail et de plus en plus
mal payé. Au nom de la modernisation ou de la restructuration, on a réduit les effectifs pour faire faire plus de travail
avec moins de travailleurs. Les conditions de travail deviennent de plus en plus dures, usant les travailleurs avant l’âge,
quand elles ne poussent pas au suicide. Les salaires sont bloqués et la précarité est généralisée. Toute cette
aggravation de l’exploitation pour faire suer de plus en plus de profits, que les possesseurs de capitaux n’investissent
pas dans la production, c’est-à-dire dans la création d’emplois, mais dans des opérations financières spéculatives.
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Le présent qu’ils nous imposent et l’avenir qu’ils nous préparent
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Il est à la fois légitime et oiseux de se demander si la crise actuelle peut déboucher sur un nouveau 1929. Légitime parce
que le pire est sans doute encore devant nous et oiseux car nous sommes déjà dedans. Les soubresauts successifs de
l’économie et les moyens utilisés par la bourgeoisie pour les surmonter ont déjà conduit à une dégradation
considérable des conditions d’existence de la classe ouvrière.
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Par ailleurs, s’il n’y a pas eu, comme dans les quelques jours qui ont suivi le Jeudi noir de 1929, une panique boursière
se traduisant par un effondrement de 30 % ou 40 % des actions, ni des faillites en chaîne de banques, les pertes cumulées des
crises financières successives aboutissent à quelque chose de comparable.
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Bien sûr, les conséquences sociales et politiques n’ont pas été, du moins jusqu’à présent, comparables à la tragédie
– conséquence directe de la crise de 1929 – qu’ont été l’arrivée au pouvoir du nazisme en Allemagne, de régimes
dictatoriaux dans une grande partie de l’Europe, et l’écrasement de la classe ouvrière.
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Mais l’histoire ne se répète jamais exactement, et celle de la crise actuelle et de ses conséquences n’est pas encore
écrite.
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Et faut-il insister sur les conséquences dramatiques des hausses de prix du blé, du riz, pour la population d’un grand
nombre de pays pauvres ? La hausse brutale des prix de ces produits alimentaires de base, provoquée par les achats des fonds
de placement sur le marché agricole mondial, pousse des centaines de millions d’êtres humains déjà sous-alimentés vers
la faim et vers la mort.
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Et il n’y a aucune raison pour que ceux qui spéculent sur les produits alimentaires, dans l’espoir d’une plus-value plus
importante qu’ailleurs, s’arrêtent de leur plein gré. Le sort des classes populaires des pays pauvres ne peut que
s’aggraver. Et les grandes puissances impérialistes, malgré leurs gesticulations pseudo-humanitaires, ne donneront pas aux
États de ces pays pauvres de quoi subventionner les produits alimentaires de base pour compenser les hausses de prix.
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Dans un contexte marqué à l’échelle du monde par le poids pris par des courants et des organisations réactionnaires, le
mécontentement, la colère risquent d’être canalisés par ces forces réactionnaires, intégristes religieux,
fondamentalistes d’obédiences diverses ou au profit de tragiques divagations ethnistes ou clanistes.
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Le prolétariat est donc d’ores et déjà confronté aussi bien à la crise et à ses conséquences matérielles qu’à ses
conséquences politiques. Il y est confronté sans organisation, sans politique propre et, donc, sans armes pour se défendre.
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Ce que l’on peut souhaiter, c’est que la crise elle-même et les menaces multiples qui en découlent se traduisent par la
renaissance au sein du prolétariat de forces politiques communistes et révolutionnaires, capables de proposer aux masses la
seule perspective où réside le salut, celle qui vise le renversement de l’ordre capitaliste mondial par l’expropriation
des groupes industriels et financiers privés et la réorganisation de l’économie sur une base collectiviste.
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24 avril 2008
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