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N°145
juillet-août 2012
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États-Unis - La situation politique et sociale au printemps 2012
Ce qui suit est la traduction d’un texte d’orientation adopté par l’organisation américaine Spark, paru dans Class Struggle n° 74 (avril-juin 2012).
La reprise ? seulement pour les banquiers et autres capitalistes
Selon le National Bureau of Economic Research, qui étudie les cycles économiques, l’économie américaine connaît une nouvelle « reprise » depuis juin 2009.
C’est vrai, il y a eu une sorte de reprise, pour les banquiers, pour d’autres éléments de la classe capitaliste et tous ceux qui vivent des « revenus du capital ».
Les marchés boursiers ont redécollé. Le Dow Jones par exemple, a doublé l’évaluation des sociétés qui y sont inscrites. De 6 547 points, son bas niveau de mars 2009, l’indice est remonté à environ 13 000 points en mars 2012, une aubaine pour les spéculateurs qui vont et viennent sur les marchés et ne bénéficient pas tant de l’augmentation elle-même que des fluctuations sauvages qui ont accompagné la hausse.
Les profits des sociétés ont battu un nouveau record : 1 800 milliards de dollars en 2010, et plus encore en 2011 : 1 900 milliards de dollars, avant impôts. La part des profits dans le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis est plus importante que jamais.
En dépit des déclarations habituelles selon lesquelles ces profits constitueraient la base de nouveaux investissements, l’essentiel est allé dans les poches des capitalistes avides, sous forme de dividendes et de rachats d’actions. En 2011, les profits après impôts ont atteint, pour l’ensemble de l’économie, 1 500 milliards. 814 milliards ont été versés en dividendes et 409 milliards ont été consacrés par les 500 entreprises de l’indice boursier Standard & Poor’s au rachat leurs propres actions, enrichissant les actionnaires, qu’ils aient conservé ou vendu leurs actions. Et naturellement, il y a toutes les autres compagnies qui ne sont pas dans le S&P 500. Le montant total des dividendes versés a atteint un nouveau record, tout comme la somme des profits amassés. Même les banques en pleine débâcle financière, JPMorgan Chase, Wells Fargo, US Bancorp, ont prodigué de l’argent aux actionnaires.
L’investissement ? Après que la bourgeoisie a soutiré l’argent des sociétés, il n’y en a plus pour l’investissement. Et les statistiques du gouvernement en témoignent. L’investissement en usines, bureaux et autres bâtiments industriels en 2011 était en baisse de plus de 30 % par rapport à ce qu’il était lors la reprise précédente, pourtant déjà très faible. Et l’investissement en équipement et logiciels, en baisse de 30 % cinq mois après le début de la « reprise », était toujours en baisse d’environ 2 %. Aucun investissement… mais plus de richesse pour les riches.
Il n’est pas étonnant que les dirigeants des entreprises et des banques aient été récompensés si grassement. En 2010, dernière année pour laquelle les chiffres sont complets, les 299 plus grandes entreprises ont, en moyenne, versé à leur PDG 11,4 millions de dollars de rémunération. Naturellement, certains ont gagné beaucoup plus que d’autres : le président de Viacom, par exemple, a empoché presque 85 millions de dollars, et le président d’Oracle 78 millions. Même les entreprises durement touchées par le ralentissement économique, comme les constructeurs automobiles, ont continué à distribuer beaucoup d’argent. Alan Mulally chez Ford, par exemple, a touché 13,6 millions de dollars de rémunération totale en 2008, 17,9 millions en 2009, 26,5 millions de 2010, et recevra 56,6 millions de dollars en actions pour 2011. Le reste de sa rémunération n’a pas encore été précisé.
Les firmes de Wall Street, dont la « créativité » a contribué à déclencher la crise financière, ne sont pas en reste. Les bonus ont peut-être diminué au cours de ces dernières années, mais les rémunérations globales ont augmenté, atteignant le total de 149 milliards de dollars pour les directions des grandes banques et sociétés d’affaires en 2010, un nouveau record. C’est presque deux fois le budget de l’État de Californie, le plus grand du pays.
Le chômage s’étend
Non seulement il n’y a pas eu de reprise pour la classe ouvrière et les autres couches pauvres de la population, mais la pression des capitalistes pour défendre et augmenter leur richesse a appauvri le reste de la population. Pendant la reprise comme pendant la récession, la classe ouvrière continue à souffrir d’une exploitation croissante, sous la pression du chômage, d’une recherche brutale de productivité et de réductions de salaire, directes et indirectes.
Dans la reprise actuelle, la dernière d’une série de reprises « sans emploi » qui remonte à 1980, le taux réel de chômage n’est pas seulement aussi élevé qu’au cœur de la crise : il s’aggrave.
En février, 33 mois après cette « reprise », le taux de chômage publié dans la presse (U-3), qui ignore un grand nombre de chômeurs, n’était descendu qu’à 8,3 %. Le taux de chômage officiel (U-6), tenant compte des travailleurs provisoirement découragés et des ouvriers à temps partiel non choisi, a atteint 15,1 %. Et si ceux qui ont définitivement renoncé à trouver un travail étaient comptés, comme ils l’étaient avant la mise en œuvre de plusieurs modifications intervenues au Bureau des statistiques du travail sous Clinton, le taux tournerait aux environ de 20 % (Daniel Amerman parle de 19,9 % et Shadow Stats de 22,5 %). Plus d’un cinquième de ceux qui essayent de travailler en ont été réduits à vivre des allocations chômage, de leurs économies, chez des parents, de la charité, d’un travail dans l’économie souterraine et/ou de délits mineurs.
Les médias ont fait du battage sur le nombre de nouveaux emplois créés au cours des trois derniers mois qui serait « extraordinaire, » avec un total de 732 000 nouveaux emplois. Globalement, 3,4 millions d’emplois ont été créés depuis le début de la « reprise ». Mais ce n’est rien si on les compare aux presque neuf millions d’emplois supprimés depuis le début de la récession, deux millions supprimés dans l’industrie, deux millions dans le bâtiment et les travaux publics, et plus d’un million et demi dans le transport et les services.
Il est vrai que le taux de chômage officiel a plus ou moins baissé depuis mai 2010, mais chaque baisse a été le produit d’une manipulation des statistiques officielles. En janvier par exemple, quand le taux de chômage est descendu de 9,5 % à 9,3 %, ce qui aurait dû signifier que plus de personnes travaillaient, cela reflétait seulement qu’on avait retiré un million de personnes du chiffre officiel de la population active ! La vraie mesure de la crise de l’emploi n’est pas le taux de chômage officiel, mais le taux d’activité de la population active civile adulte. Et ce taux continue à baisser : de 67,1 % en 2000, il est passé à 65,5 % mi-2009, puis à 63,6 % au début de 2012.
Les emplois disponibles sont de plus en plus souvent à temps partiel ou temporaires. Plus d’un quart des emplois créés en février est le fait des agences de travail temporaire.
L’avenir sacrifié des jeunes générations
Aussi mauvais que soient les chiffres globaux, la situation des jeunes adultes est pire, catastrophique dans de nombreuses grandes villes. En 2007, juste avant le début de la récession, 5,9 millions de jeunes âgés de 15 à 19 ans avaient un emploi ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 4 millions. Même leur taux de chômage officiel est de 24 %. La réalité est beaucoup plus près de 40 % ou même de 50 %. Et chez les jeunes âgés 20 à 24 ans, les emplois sont encore moins nombreux, en baisse de 13,9 millions en 2001 à 12,9 millions aujourd’hui. Une étude récente du Pew Center a montré que 24 % des adultes de 18 à 34 ans vivent aujourd’hui au domicile de leurs parents.
Le chômage atteint surtout ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures. En prenant le taux « officiel » courant comme base de comparaison, le taux de chômage atteint 14,8 % chez ceux qui n’ont pas de diplôme du secondaire, 9,5 % chez ceux qui ont un diplôme du secondaire, 7,5 % chez ceux qui ont un diplôme de premier cycle supérieur et 4,3 % chez ceux qui ont un diplôme universitaire. (Sans aucun doute, un fort pourcentage de ceux qui ne terminent pas le lycée n’est jamais comptabilisé dans la population active officielle.)
Ceux qui viennent d’obtenir un diplôme d’université sont confrontés à un taux de chômage nettement plus élevé que ceux qui sont diplômés depuis dix ans. D’ailleurs, les emplois disponibles pour les nouveaux diplômés sont sensiblement plus mal payés et offrent une situation et des perspectives moins bonnes que ce qu’ils pouvaient espérer à leur entrée à l’université. Même ceux qui sortent avec un diplôme d’enseignant, et qui dans le passé n’auraient eu aucun problème pour trouver un poste dans les écoles publiques, peuvent aujourd’hui avoir du mal à en trouver un.
Ce changement de perspectives est particulièrement dur pour tous les étudiants qui sortent de l’université après avoir souscrit des prêts importants. Comme les hypothèques, les prêts étudiants sont l’une des dettes non effaçables en cas de faillite et, comme les hypothèques, ces prêts étudiants ont fourni une base à la spéculation, les banques poussant des étudiants qui ne se méfient pas à accepter des prêts toujours plus importants, afin d’augmenter le nombre des placements reposant sur ces prêts pour les vendre aux investisseurs.
Après l’obtention de leur diplôme, l’endettement des étudiants qui souscrivent ces prêts – en majorité des enfants d’ouvriers et d’autres couches ordinaires de la population – leur sera une lourde charge, limitant le type d’emplois auxquels ils pourront accéder, conditionnant la quantité de travail à fournir et leur niveau de vie futur. Une estimation récente situe le montant moyen des prêts étudiants pour 2011 à un niveau tellement élevé que ces diplômés rembourseront toujours leurs prêts étudiants quand il sera temps pour leurs propres enfants de s’inscrire à l’université.
Le chômage des noirs, une catastrophe
La population noire, comme c’est le cas depuis longtemps, est frappée de façon disproportionnée par le chômage. « Dernier embauché, premier viré », l’ironie amère de l’époque de la ségrégation décrit toujours parfaitement les pratiques actuelles en matière d’emploi. En janvier, le taux de chômage des Noirs était officiellement de 15,8 %, plus du double du taux de chômage des Blancs (7,5 %), et sensiblement plus élevé que celui des hispaniques, 10,8 % (une partie du chômage hispanique « disparaît » pourtant, parce qu’un grand nombre de sans-papiers ont été expulsés ou sont rentrés dans leur pays cette année). Pour les jeunes hommes noirs sans diplôme du secondaire, le chômage réel se situe autour de 70 %.
Ces écarts énormes reflètent en partie le racisme ouvert qui sévit encore dans le pays. Mais ils traduisent surtout le fait que la race, le statut d’immigrant et la classe sociale sont intimement liés. La population noire, dans sa grande majorité, appartient à classe ouvrière, de même que la plupart des sans-papiers, en particulier ceux du Mexique et d’Amérique centrale. Quoiqu’une grande partie de la population blanche appartienne à la classe ouvrière, au moins un tiers d’entre elle occupe, dans les niveaux supérieurs de la prétendue « nouvelle classe moyenne », des postes élevés des affaires et de la finance et des postes importants d’universitaires et de chercheurs. C’est la partie de la population la moins affectée par le chômage. (Pour la bourgeoisie elle-même, blanche en grande majorité, le chômage n’a pas de sens du tout.)
La réponse de la bourgeoisie au chômage : la prison
Le niveau fluctuant mais toujours élevé du chômage au cours des trente dernières années s’est accompagné d’une forte augmentation du nombre des personnes incarcérées. Le Pew Center estime que presque six millions de personnes ont fait des allées et venues entre divers stades de « contrôle pénal » en 2010 : en prison, en foyer de réinsertion, ou en liberté conditionnelle, avec à tout moment presque 2,4 millions de personnes en prison. Ce sont 2,4 millions de personnes retranchées de la population active et non comptées parmi les chômeurs.
Les États-Unis, tant en chiffres absolus qu’en pourcentages, incarcèrent plus de monde que n’importe quel autre pays, et sensiblement plus que n’importe quel autre pays industrialisé. À titre de comparaison, la Grande-Bretagne, qui a le taux le plus élevé d’incarcération en Europe de l’Ouest, compte 151 prisonniers pour 100 000 habitants ; les États-Unis, 731, soit cinq fois plus.
L’incarcération se distingue par toutes sortes de monstruosités. Pour le genre d’infractions commises par la plupart des pauvres ou des travailleurs, les peines sont très longues, beaucoup plus que dans tous les autres pays « avancés », y compris pour les très jeunes. Plus de 2 500 jeunes, âgés en moyenne de 16 ans, sont condamnés à perpétuité, sans aucune possibilité de liberté conditionnelle, mis au rebut avant même d’avoir atteint l’âge adulte. Chaque jour, 50 000 personnes sont maintenues en isolement, beaucoup pendant des années. Cette torture vise à briser et détruire les prisonniers : aucun contact avec d’autres prisonniers, aucun visiteur, aucun accès à la télévision ou à la radio, peu ou rien à lire (peut-être une bible, et souvent pas même cela), peu ou pas de matériel pour écrire, aucune activité autre qu’une heure par jour hors de la minuscule cellule pour l’« exercice. » Et il y a la peine capitale. Les États-Unis appartiennent à la minorité des pays « avancés » qui appliquent toujours la peine de la mort. Depuis 1977, quand des exécutions ont recommencé après un moratoire de dix ans, 1 285 personnes ont été mises à la mort. Aujourd’hui, 3 245 personnes sont toujours détenues dans les couloirs de la mort.
Le système carcéral, les dessous malpropres de la société américaine, touche sept fois plus durement la population noire que les Blancs. Plus de la moitié des hommes noirs sans diplôme secondaire vont en prison à un moment de leur vie. Et un grand nombre d’entre eux dès leur jeune âge.
On parle de l’incarcération massive croissante de la population noire pauvre comme de la nouvelle ségrégation, à juste titre. La prison a fonctionné comme un véritable moyen de contrôle social, dans une société qui a de plus en plus exclu de la population active de grands pans de la population, en particulier de la population noire, sans espoir d’emploi ou de formation.
Réductions de salaire, réductions d’avantages sociaux : la route vers la pauvreté
Les entreprises et les responsables des pouvoirs publics se sont servis de la menace du chômage dévastateur et interminable pesant sur la classe ouvrière pour réduire les salaires.
De 2005 à 2009, l’industrie automobile a mené l’attaque sur les salaires et les avantages sociaux. Le résultat de cette campagne a été, pour les nouveaux embauchés, la division des salaires par deux et la suppression d’avantages sociaux, tandis qu’on utilisait toute une gamme d’incitations pour pousser les ouvriers plus anciens hors des usines. Les retraités ont découvert que leurs pensions avaient été gelées et leur couverture médicale réduite, avec la menace de réductions beaucoup plus importantes à venir, car les appareils syndicaux, auxquels a été transférée toute la responsabilité des soins médicaux aux retraités, n’ont récupéré que 60 % des fonds. Et les ouvriers anciennement embauchés, qui pouvaient se croire épargnés par le système des salaires à deux vitesses, ont vite découvert qu’il en était autrement.
Comme les ouvriers de l’automobile n’ont pas réagi assez fortement pour arrêter ces attaques, d’autres secteurs de la classe capitaliste ont suivi le mouvement, et la réduction des salaires s’est propagée à travers les industries, parfois sous la forme de salaires à deux niveaux, parfois directement par des réductions de salaire.
Depuis deux ans les travailleurs du secteur public sont dans la ligne de mire, car les villes, les comtés, les comités d’école et les États ont fait pression pour réduire les effectifs et imposer des concessions en matière de salaires et d’avantages sociaux. Aujourd’hui, ils sont diabolisés, comme ce fut le cas des ouvriers de l’automobile, et présentés comme des « privilégiés. »
Depuis 2000, le vrai salaire médian a diminué de 7 %, perdant 2,3 % rien qu’en 2010. Et la diminution de salaire a été beaucoup plus importante pour les salaires inférieurs au salaire médian.
L’écart entre les très riches, ceux connus maintenant sous le vocable des « 1 % », et les autres a cru énormément. En 2007, les 1 % les plus riches ont empoché presque 24 % de toute la richesse produite. La dernière fois que ceux qui occupent le sommet ont possédé une part si disproportionnée des richesses, c’était en 1929, juste avant le dernier grand krach, qui a conduit à la Grande dépression. La part des riches peut avoir diminué légèrement, étant donné l’impact de l’implosion des marchés financiers de 2008, mais, selon toutes les indications, la « reprise » les aide à se relever. Les richesses financières du pays sont détenues d’une façon encore plus inégale. Tandis que les 80 % les plus pauvres ne possèdent que 7 % de la richesse, les 5 % les plus riches en possèdent 69 %, 1 % d’entre eux en possédant à eux seuls 42 %, un écart qui a augmenté rapidement. Il ne pourrait pas être plus clair que la richesse du petit nombre a pour contrepartie l’appauvrissement de la population.
Une situation qui empire rapidement
Le fiasco des hypothèques pèse encore sur la population américaine. Les économistes disent que quatre millions de personnes ont déjà perdu leur maison à la suite de saisies et qu’il y en aura encore 900 000 en 2012 et en 2013. Même ceux qui s’y accrochent toujours sont en danger, « possédant » une maison dont la valeur est inférieure à l’hypothèque : soit 23 % des propriétaires d’une maison, 11,1 millions de ménages.
Un nombre croissant de personnes se retrouvent sans couverture médicale. En 2000, 64 % des gens avaient une assurance médicale par le biais de leur employeur ; en 2010, ils ne sont plus que 55 %. Presque 25 % des adultes en âge de travailler n’ont aucune assurance, ni par leur employeur ni par des programmes gouvernementaux. Dans la mesure où existent des programmes sociaux qui fournissent un accès à l’assurance médicale, la plupart sont destinés aux très pauvres, aux enfants ou aux personnes âgées de plus 65 ans, qui ont droit de bénéficier du programme Medicare, si elles ont travaillé assez longtemps. Mais ce sont justement les programmes qui subissent des coupes.
Même ceux qui ont conservé une assurance-maladie par l’intermédiaire de leur employeur découvrent que sa couverture a diminué, et que la quote-part, le ticket modérateur, les franchises et les frais ont augmenté, ce qui fait de cette assurance une lettre morte.
Pendant ce temps, les Démocrates et les Républicains, usant de la Cour suprême comme d’une scène de théâtre, discutent de la « réforme » médicale. Les Républicains disent essentiellement que dans la situation actuelle tout va très bien, merci, alors que les Démocrates disent que dans la situation actuelle tout irait bien si les personnes sans assurance étaient forcées de s’en payer une, et si un plus grand nombre d’entre elles avaient accès à Medicaid, le programme dont les Démocrates ont justement voté cette année la réduction !
La pauvreté augmente, même officiellement. En 2010, 46 millions de personnes, dont 20 millions d’enfants, vivaient en dessous du seuil officiel de pauvreté. C’est le chiffre le plus élevé depuis près d’un demi-siècle, depuis que les États-Unis ont commencé à mesurer la pauvreté sous l’administration Johnson.
En pourcentage, 15 %, c’est au-dessous du niveau officiel enregistré au début des années 1960. Mais le bureau du recensement lui-même reconnaît que sa définition arbitraire de la pauvreté n’a rien à voir avec la situation réelle, et expérimente une autre mesure. Cette autre mesure recense 48 % de la population vivant aujourd’hui dans la pauvreté ou dans ce que le Bureau du recensement appelle la « quasi-pauvreté », subsistant essentiellement de paye en paye sans aucune réserve, de sorte que même une courte accélération du chômage est suffisante pour entraîner des arrêts de fourniture des services d’intérêt général ou même la perte du domicile.
Neuf millions de personnes, presque la moitié des retraités qui vivent toujours dans leur propre maison ou appartement, n’ont pas assez d’argent avec leurs retraites, les pensions versées par le système fédéral et leurs économies pour couvrir leurs besoins journaliers : telle est la conclusion d’une étude récente faite par le Bureau du recensement. Et environ un ménage sur cinq n’a pas toujours assez d’argent pour se nourrir.
Le filet de « sécurité » sociale ? Où ?
Tandis que les patrons étaient occupés à détruire les emplois, à réduire les salaires et à mettre en pièces les avantages sociaux, le gouvernement était tout aussi occupé à réduire voire à supprimer les programmes sociaux qui auraient pu apporter de l’aide. Le gouvernement fédéral a réduit le financement par individu des programmes sous sa responsabilité, en particulier Medicaid, l’assistance et l’aide alimentaire aux mères avec des enfants en bas âge, les centres de santé communautaires, etc. Il ne s’agit pas seulement de Mitt Romney, qui méprise tant les pauvres qu’il a pu allègrement dire : « Je ne m’en fais pas pour les plus pauvres. Nous avons un filet de sécurité... » Les Démocrates et les Républicains prétendent que « le filet de sécurité » existe toujours.
Le système fédéral de retraites, Social Security, a jusqu’ici été épargné par une attaque directe, mais année après année ses versements ont été néanmoins sévèrement réduits par rapport à l’inflation réelle. Les « ajustements » de l’indice des prix en 1980 et surtout au début des années 1990 ont diminué les mensualités de moitié environ par rapport à ce qu’elles auraient dû être, selon John Williams de Shadow Stats. Si les deux partis ont suspendu les attaques directes cette année, juste avant l’élection, ils ont déjà précisé que Social Security sera visé une fois les élections passées.
Les services publics démantelés
En 2011, les attaques d’ampleur contre les services publics ont continué. Cela affecte la vie quotidienne de la population et s’ajoute au chômage. Le gouvernement fédéral a sévèrement réduit les sommes allouées aux organismes chargés de la santé, de la salubrité, de la sécurité au travail, de la pollution de l’environnement, etc., ainsi que des parcs nationaux. L’État et les collectivités locales ont littéralement démantelé des services publics dont la population dépend, en partie par des coupes dans les divers fonds du gouvernement fédéral qui subventionnent des services publics comme les routes, les ponts, les barrages, les digues et les transports en commun.
Detroit et Las Vegas sont des exemples catastrophiques de ce qui arrive aux villes, un avant-goût de ce que l’avenir capitaliste réserve à la classe ouvrière. Reposant sur des secteurs très gravement atteints par la récession, le jeu et l’automobile, les deux villes connaissent des niveaux particulièrement élevés de chômage. Et elles sont parmi les plus durement touchées par la crise du crédit hypothécaire. À Las Vegas, des lotissements de maisons neuves, construits dans l’idée que l’industrie du jeu continuerait à se développer, sont aujourd’hui vides, inachevés. Le bâtiment est durement frappé ainsi que les ouvriers qui en dépendent.
À Detroit, l’arnaque des subprimes, très consciemment dirigée contre les personnes âgées, a transformé des quartiers entiers, autrefois animés, aux maisons soignées, en quartiers fantômes. La réponse des autorités de la ville est le plan du maire pour « rétrécir Detroit », selon son expression. Concrètement, il a imposé plusieurs vagues de licenciements, prétextant que la ville n’a plus les moyens financiers de fournir des services à tous ses quartiers. Ainsi, vous avez l’éclairage public ou vous ne l’avez pas. Vous pouvez avoir l’eau courante et le tout-à-l’égout, ou pas. Les bâtiments vides pourront être démolis dans votre secteur, ou pas. Vous aurez une caserne de pompiers à quelques kilomètres de votre quartier, ou pas. Tout dépend de la décision de la ville. Votre quartier en « vaut la peine », ou pas. Sinon, selon le maire, vous feriez mieux de déménager. La ville ne peut pas vous prendre en charge.
La discussion a maintenant atteint le point que, sous le prétexte d’un « accord de stabilité financière » avec le gouverneur, le maire propose de vendre ou de fermer tous les parcs, tous les centres de loisirs, ou de les transférer aux Églises, et de fermer ou privatiser presque tous les services municipaux. Cet accord, qui vient juste d’être révélé, vise à abroger toutes les conventions collectives, en supprimant l’ancienneté et la réglementation du travail, réduisant les salaires, les pensions et les allocations journalières pour maladie, et concédant tous les services municipaux à des investisseurs privés.
Les autres villes n’en sont pas encore là, mais presque toutes prennent le même chemin. Chicago par exemple, sous l’administration démocrate actuelle, a fermé six des douze cliniques psychiatriques, privatisé sept cliniques publiques, imposé presque un demi-milliard de dollars de coupes budgétaires dans les écoles publiques, supprimé des services de bibliothèque et ouvert un appel d’offres entre les ouvriers municipaux et les entrepreneurs privés pour déterminer qui des deux garderait, ou obtiendrait, le service des centres de recyclage. Elle avait précédemment liquidé ou loué des services publics (entre autres, les parcmètres, les parcs de stationnement et une autoroute à péage d’entrée dans la ville) aux « investisseurs » privés, qui les gèrent et engrangent des bénéfices aux dépens de la population. Dans le Maryland, le gouverneur démocrate propose de faire la même chose avec des pans entiers des services publics d’État, concédés à des entreprises privées. À Los Angeles, après avoir supprimé 5 000 emplois et imposé 850 millions de dollars de concessions aux ouvriers municipaux, le maire « libéral » Antonio Villaraigosa (connu comme ancien responsable syndical) a annoncé sa volonté de coupes beaucoup plus importantes dans les emplois et les pensions et son intention de privatiser de nombreux services municipaux.
Avec la crise, non seulement il n’est pas question de réduire les cadeaux faits à la bourgeoisie à tous les niveaux du gouvernement, mais ces cadeaux ont énormément augmenté, menant à des séries de coupes dans les services publics et les services sociaux, coupes qui sont loin d’être terminées.
Le saccage de l’éducation
Le démantèlement de l’éducation publique est certainement l’une des atteintes les plus scandaleuses aux services publics parce qu’il s’effectue aux dépens des enfants, particulièrement des enfants des classes laborieuses. Arne Duncan, le ministre de l’Éducation d’Obama, avait lancé des plans exigeant des États la fermeture de nombreuses écoles publiques, sous le prétexte qu’elles ne remplissaient pas les critères fixés par les administrations Bush et Obama. Des écoles ont été transformées en « écoles à charte » privées. D’autres ont été « réorganisées », un prétexte pour se débarrasser d’un certain nombre de professeurs et augmenter la taille des classes. D’autres encore sont simplement fermées, au moment où une nouvelle « école à charte » ouvre dans le quartier. L’application de cette politique par les districts scolaires locaux est même une condition pour toucher certaines aides fédérales. La pression exercée par l’administration Obama vise très souvent à réduire les salaires des enseignants en les conditionnant aux résultats des élèves aux tests. Des dizaines de milliers de professeurs diplômés perdent leur emploi, tandis que des étudiants non formés recrutés par Teach for America sont introduits dans les écoles, infligés aux enfants un an ou deux, sous-payés, et dont les salaires sont même en partie subventionnés par les diverses fondations qui se cachent derrière Teach for America.
La Nouvelle-Orléans, Washington et Chicago ont été les laboratoires où ces plans ont été mis au point, avec des résultats prévisibles désastreux. À la Nouvelle-Orléans, lorsque les écoles ont été fermées et de larges secteurs de la ville évacués, à la suite du cyclone Katrina, le moment a été idéal pour transférer le système entier aux entreprises privées. Aujourd’hui, plus des trois quarts du système scolaire de la Nouvelle-Orléans sont gérés par des exploitants d’écoles à charte. Simultanément, d’autres écoles restent fermées, une manière de pousser les pauvres hors des secteurs que la ville a voulu « récupérer » pour la bourgeoisie. À Chicago, la fermeture des écoles, sous le prétexte des résultats des élèves aux tests, etc., a été directement utilisée comme arme pour réaliser « l’embourgeoisement » de la ville, c’est-à-dire non une rénovation urbaine, mais l’éviction des Noirs, des Hispaniques et des pauvres, comme le dit un vieux proverbe.
La dernière version de cette attaque, le « système public d’État » du Michigan, dans lequel on s’est débarrassé d’un certain nombre d’écoles publiques de Detroit, montre clairement le but de cette méthode. Les conventions collectives sur les salaires, les avantages sociaux et l’ancienneté sont annulés. L’année scolaire s’allonge, sans augmentation du salaire (les écoles publiques de Chicago expérimentent déjà quelque chose de comparable, la journée d’école plus longue, sans augmentation du salaire). Dans le même temps, des enfants sont entassés dans les salles de classe, indépendamment de leur âge, avec des professeurs censés jongler entre divers types de travaux en même temps, dans des classes évidemment beaucoup plus chargées. Les salaires doivent être plafonnés à 50 000 dollars, une réduction énorme pour les professeurs les plus diplômés, qualifiés et expérimentés. Teach for America veut remplacer ces professeurs les plus chevronnés, expérimentés et dévoués. Ce n’est qu’un plan pour se débarrasser des professeurs, et entasser ainsi les enfants dans ces écoles poubelles.
Deux partis bourgeois : une seule politique
Sur le plan politique, la première partie de l’année a été dominée par des discussions entre les deux partis sur le budget, le déficit et la dette publique. Il est vrai que la dette publique est énorme, elle atteint maintenant plus de 15 000 milliards de dollars, environ 100 % du PIB de 2011. Et cette dette a augmenté considérablement depuis 2008, en trois ans, d’environ 5 000 milliards de dollars sur les 15 000 milliards. Mais les éléments mêmes qui ont créé la dette et son énorme augmentation ne figuraient pas au menu des discussions : les milliers de milliards de dollars consacrés à gonfler les profits des banques et des grandes entreprises, dépensés dans les guerres en Afghanistan et en Irak, dans le budget militaire pléthorique avec ses contrats spéciaux pour presque chaque grande entreprise du pays, et toutes les réductions d’impôts pour les riches et les grandes entreprises.
Non, c’était un débat truqué sur la dette, une justification des coupes drastiques dans le budget national que les deux partis ont conspiré à imposer. Ce débat truqué a également laissé les deux partis préparer le terrain pour de futures coupes dans les programmes de Social Security, le système fédéral de retraite, Medicare, la couverture médicale des personnes âgées, et Medicaid, la couverture médicale des plus pauvres, coupes qui seront imposées après les élections.
Oui, Obama et d’autres démocrates ont de temps en temps pris la parole pour dire qu’ils souhaitaient équilibrer les coupes dans les programmes nationaux avec quelques nouveaux impôts pour les riches. Quel cynisme, de la part du parti qui contrôlait encore le Sénat, la Chambre des représentants et la Maison-Blanche, quand la dernière grande réduction d’impôts pour les riches a été votée en décembre 2010 ! De toute façon, les riches ont conservé tous leurs allégements fiscaux, compromis après compromis, alors même que les allocations de chômage étaient diminuées, Medicaid réduit ainsi que tous les programmes d’aides sociales.
Les élections de 2012 : le cadeau des républicains à Obama ?
Depuis les élections de 2010, à mi-mandat, les Républicains ont certainement été les plus virulents pour annoncer de grandes attaques. Ils ont profité de leur victoire aux élections de 2010 pour faire passer des lois antisyndicales dans un certain nombre d’États, dans le but d’affaiblir la puissance financière des syndicats, pourvoyeurs habituels d’argent et de troupes dans les campagnes du Parti démocrate.
Ce qui a commencé dans le Wisconsin, avec l’attaque contre le droit des travailleurs du secteur public de se syndiquer, s’est étendu à d’autres États, quand les Assemblées législatives contrôlées par les Républicains se sont mises à réduire la puissance financière des syndicats. Dans le Michigan par exemple, quelque vingt projets de loi sont passés et 70 autres ont été présentés, qui d’une façon ou d’une autre concernaient les droits syndicaux et les salaires et avantages sociaux des travailleurs du secteur public. Montrant le chemin, les législateurs républicains de l’Indiana ont adopté une prétendue loi du droit au travail. C’est le premier État industriel, avec des syndicats puissants, à le faire.
Pendant la campagne des primaires républicaines, tous les candidats républicains ont rivalisé entre eux pour attirer l’extrême droite républicaine, l’élément le plus fidèle lors des dernières élections et qui s’est avéré moins abstentionniste que d’autres parties de l’électorat. Et cet appel a pris une tonalité particulièrement virulente quand il s’est agi des droits des femmes en matière de procréation. Les déclarations misogynes de Rick Santorum, candidat à la primaire républicaine, sont appuyées sur des lois imposées dans un État après l’autre par les Républicains, dont le but dont est de refuser aux femmes l’accès à l’avortement et/ou à la contraception. […]
Les responsables syndicaux s’« organisent » contre l’attaque des républicains
Sur le plan social, l’année a été marquée par une plus grande activité des appareils syndicaux, en particulier sous forme de manifestations, et par l’apparition des manifestations des « indignés ».
L’hiver dernier, les syndicats ont organisé une occupation du Capitole où se réunit le Parlement de l’État du Wisconsin. Une manifestation massive de cent mille personnes ou plus eut lieu plusieurs samedis de suite, ainsi que l’occupation du Capitole, pendant plusieurs semaines, avec le slogan : « Ceci est notre maison ». Le problème, tel que les responsables syndicaux le posaient, n’était pas l’attaque sur les salaires des travailleurs du secteur public. Les dirigeants syndicaux ont indiqué qu’ils étaient prêts à accepter des coupes dans les salaires et les avantages sociaux si le nouveau gouverneur républicain acceptait de négocier ces coupes avec les syndicats. Mais non seulement Scott Walker, le gouverneur républicain, a repoussé leur offre, mais il a également proposé une loi qui réduirait sérieusement les cotisations syndicales.
Quels qu’aient été les objectifs des dirigeants syndicaux organisant les manifestations, des centaines de milliers de travailleurs ont répondu à l’appel, y compris d’autres États. Et ceux qui ne pouvaient y aller ont suivi de près les événements et nombreux étaient ceux qui disaient : Nous devrions faire la même chose ici.
Mais très rapidement les dirigeants syndicaux ont déplacé ce mouvement de colère sur le terrain électoral, au début, pour contrer quelques-unes des pires attaques sur la population. Dans l’Ohio, au cours de l’été 2011, les syndicats ont organisé une campagne de pétitions pour obtenir l’organisation d’un référendum pour annuler une loi antisyndicale, puis ils ont fait participer les gens au référendum et ont ainsi réussi à faire abroger la loi à une large majorité. Les gens se sont vraiment impliqués, beaucoup plus que sur d’autres questions électorales.
Mais ce genre d’action a ensuite été utilisé contre les politiciens républicains. Un syndicat d’enseignants du Michigan a organisé avec succès un référendum pour révoquer le principal promoteur républicain d’une loi qui aurait supprimé le droit d’ancienneté des enseignants. Dans l’Arizona, il y a eu un autre référendum victorieux contre le principal promoteur républicain d’une loi anti-immigrés. Et aujourd’hui Scott Walter lui-même est visé par un référendum dans le Wisconsin.
On pourrait penser, au vu des cibles choisies par les syndicats, que seuls les Républicains ont mené des politiques antiouvrières dans les États et les villes.
C’est faux. Les gouverneurs de Californie et de New York, tous deux démocrates, ont mené des attaques contre les travailleurs des services publics et les enseignants. Rahm Emanuel, ancien proche collaborateur d’Obama, maintenant maire de Chicago, a fait de même. Dans le Michigan, bien que le gouverneur qui a fait adopter la dernière loi sur un « administrateur financier de crise » ait été républicain, c’est le maire démocrate de Detroit qui a menacé de nommer un administrateur de crise si les employés municipaux n’acceptaient pas, entre autres sacrifices, une diminution supplémentaire de 10 % de leur salaire (après une diminution de 10 % un an auparavant) et de payer eux-mêmes la moitié des primes que le patron doit payer pour leur assurance médicale.
Puis sont venues les versions concurrentes de l’« accord de stabilisation financière » entre l’État et la ville, l’une proposée par le gouverneur républicain, l’autre par le maire démocrate. Tous les deux visent à installer un dictateur pour gérer la ville, le désaccord porte sur qui devrait être ce dictateur. Mais tous les deux ont comme but principal de démanteler les salaires, les avantages sociaux, et les conditions de travail des employés municipaux qui presque jusqu’à fin mars ont refusé un vote suicidaire pour consentir toujours plus de sacrifices.
Les dirigeants syndicaux préparent la campagne électorale du Parti démocrate
Face à ces attaques, la réponse essentielle des syndicats, même s’ils sont devenus plus actifs, est de se préparer aux élections de 2012.
Leur position à l’égard  d’Occupy Wall Street et des protestations semblables des « indignés » dans le pays va exactement dans ce sens. Occupy Wall Street, apparu pour la première fois en septembre dernier, semblant sorti de nulle part, a attiré un certain nombre de jeunes et d’autres novices en politique. Pourtant ces protestations n’ont pas jailli spontanément. Dans différentes villes, différents groupements y ont joué un rôle important : anarchistes universitaires, anarchistes anti-mondialisation, étudiants sans passé politique mais avec l’expérience des actions étudiantes, gauchistes, syndicalistes.
Les dirigeants syndicaux furent prudents. Ils ont semblé seulement « soutenir » ce mouvement et prétendu qu’il grandissait en dehors de leur influence. Mais il est clair que les appareils syndicaux, pour le moins, ont aidé à financer les campements. Et plus tard, on l’a vu, plusieurs campements ont reçu des syndicats de l’argent et des fournitures, des tentes, des cuisines mobiles, ou des WC portatifs, etc. Et ils ont fourni du personnel pour aider les équipes des campements, des étudiants, qui ont été payés par les syndicats. Plus important encore, les appareils syndicaux étaient toujours là pour les grandes manifestations qui ont eu lieu à peu près une fois par mois, fournissant, avec leur personnel et les militants, les effectifs qui ont permis aux manifestations de paraître respectables, à défaut d’être massives.
Par la suite, les campements ont été évacués, et les « indignés » semblent s’essouffler. Néanmoins, il y a des perspectives d’actions pour le printemps. Et nous pouvons nous attendre à ces actions et à d’autres protestations dans lesquelles les appareils syndicaux, de nouveau, joueront un rôle.
Il semble évident que les appareils syndicaux espèrent utiliser leur influence sur les jeunes attirés par Occupy afin d’avoir des troupes pour effectuer la campagne électorale de cet automne pour les Démocrates, et en particulier pour Obama. L’attitude des Républicains dans ces primaires a pu faciliter la tâche des responsables syndicaux.
Ce n’est pas une simple spéculation. Les dirigeants syndicaux ont dit ouvertement qu’ils pensent qu’Occupy et la réélection d’Obama sont des éléments complémentaires de la même lutte. Et quand ils ont participé aux manifestations, c’était non seulement avec des slogans et des panneaux contre les 1 % les plus riches, mais aussi avec des slogans en faveur des politiques d’Obama.
Aucune tentative de s’organiser contre les attaques
L’une des choses que les dirigeants syndicaux n’ont pas faites est d’inviter les travailleurs à s’opposer aux demandes incessantes de sacrifices en matière de salaires et d’avantages sociaux. Pire, ils continuent à prétendre que ces sacrifices sont nécessaires afin de renforcer les entreprises et protéger ainsi les emplois.
Dans l’automobile, toute une série d’acquis obtenus au cours de décennies, et provisoirement suspendus pendant six ans, ont été définitivement supprimés dans les contrats de 2011. Le mécontentement avait été grand quand les contrats proposés ont été rendus publics. L’opposition, déjà organisée chez Ford, avait continué, trouvant un écho chez les ouvriers qui, au début, semblaient prêts à refuser cette nouvelle vague de sacrifices.
Face à cette opposition grandissante, Ford et les dirigeants syndicaux ont présenté un contrat assorti de primes sensiblement plus élevées que celles de General Motors et de Chrysler. Pourtant, l’opposition s’est maintenue.
Les dirigeants syndicaux locaux ont fait l’objet de flatteries ou de menaces, pour les faire rentrer dans le rang, ce que la plupart ont fait. Mais ce n’est qu’après que les dirigeants nationaux de l’UAW ont annoncé que, si le contrat était rejeté, il y aurait une grève immédiate, que le climat a changé. Les ouvriers y ont vu une menace contre eux, et pas contre Ford. L’opposition s’est évaporée.
Mais l’opposition est réapparue chez Chrysler, où l’attaque contre les ouvriers qualifiés était allée beaucoup plus loin et où Chrysler n’avait pas cru nécessaire de donner plus qu’une mini-prime. Pourtant, à la suite d’une série de manœuvres, l’accord pourri est passé là aussi.
Ce n’est certainement pas la fin de l’histoire, comme en témoigne le fait que les travailleurs municipaux de Detroit ont su résister jusqu’à maintenant à toutes les intimidations, et que les travailleurs d’EMD, eux aussi bénéficiaires d’un ancien contrat de l’automobile, ont par deux fois voté contre un contrat de l’UAW, en dépit de manœuvres semblables.
Pourtant, dans sa grande majorité, la classe ouvrière reste silencieuse et inactive, incapable de contrecarrer l’offensive capitaliste, et encore moins de regagner tout ce qu’elle a perdu.
La classe ouvrière face à une catastrophe
Elle se trouve aujourd’hui plus ou moins dans la même situation économique qu’à l’époque de Trotsky dans les années trente, plongée dans une crise à long terme. Mais au niveau social et politique la démoralisation est beaucoup plus profonde aujourd’hui, en partie parce qu’il y avait dans les années trente des militants ancrés dans la classe ouvrière, convaincus que les ouvriers se battraient et qui ont donné l’impulsion aux luttes qui ont éclaté.
La crise d’aujourd’hui, entrée maintenant dans sa quatrième décennie, est loin d’être terminée ; l’abaissement du niveau vie continue, sans répit, et même s’accélère. Et toutes les statistiques que nous citons le prouvent. La bourgeoisie se protège en abaissant les conditions de vie de la classe ouvrière. Tout ce qui est arrivé, le chômage continu, les attaques sur les salaires, l’élimination des avantages sociaux, la destruction des services sociaux et des services publics, en témoigne. Ce n’est pas une question d’hommes politiques : c’est la crise. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates sont beaucoup plus proches les uns des autres aujourd’hui dans les politiques qu’ils mènent, même si leur rhétorique semble diverger plus largement que jamais.
Il est important d’évaluer tout ce qui a été perdu au cours des trente dernières années. Et en premier lieu au niveau du moral. La plupart des travailleurs d’aujourd’hui n’ont jamais participé à une lutte importante. Pendant plus de trente ans, leur vie d’adulte, la plupart n’en ont même jamais vu.
Assurément, la perte subie par la classe ouvrière dans les années trente a semblé plus brutale, parce qu’elle a frappé très soudainement. Mais la perte subie par les travailleurs pendant les trente dernières années montre que la mort à petit feu vous mène à la tombe aussi sûrement que la mort subite.
Il faut une organisation communiste révolutionnaire
Nous disons depuis longtemps que seule une organisation communiste révolutionnaire permettra de briser le cycle de la défaite, même dans de petites luttes défensives qui pourraient éclater à tout moment. Les communistes révolutionnaires sont ceux qui insistent sur le fait que, quand des luttes éclatent, il est important que les travailleurs essayent de les développer jusqu’au bout, qu’ils tentent de créer leurs propres organisations de direction des luttes, et ne restent pas emprisonnés dans des structures qui leur fixent des limites prématurées. Il est important que les travailleurs ne voient pas seulement dans les autres travailleurs des soutiens à leurs luttes mais des alliés dans le même combat.
Mais cela ne suffit pas. La classe ouvrière a besoin de militants qui hissent le drapeau d’un programme communiste révolutionnaire, dès maintenant, alors que non seulement elle n’a pas même envisagé la possibilité de construire une autre société, mais qu’elle est profondément enfoncée dans le bourbier de la démoralisation découlant de son incapacité à défendre même les acquis les plus maigres.
C’est exactement dans cette situation que les communistes ont quelque chose à proposer, des objectifs qui correspondent aux problèmes très profonds de cette société, en particulier le chômage et la baisse du niveau de vie.
Il ne suffit pas de pleurer sur le chômage ou d’être scandalisé par l’écart croissant entre riches et pauvres.
Cet écart, l’énorme accumulation privée d’une richesse socialement produite, alors même que le chômage continue, est la preuve que chaque ouvrier qui veut un travail pourrait en avoir un, que le travail pourrait être réparti de sorte que chacun ait un salaire, un salaire permettant de vivre, comme le disent les syndicats, et que ces salaires pourraient être indexés de façon à suivre immédiatement et régulièrement l’augmentation réelle des prix.
De telles idées correspondent directement aux problèmes les plus importants de la population laborieuse, le besoin d’un emploi et d’un salaire qui permette à chacun d’avoir une existence décente et confortable, au moment même où cela est compromis.
L’augmentation de 5 000 milliards de dollars de la dette nationale en trois ans est la preuve absolue que, quand la bourgeoisie veut de l’argent, l’État le trouve. Eh bien, la population veut que l’argent soit dépensé selon ses besoins. En premier lieu, il faut consacrer d’énormes sommes à redresser et rétablir les services publics, ce qui remettrait de fait beaucoup de gens au travail. Il y a de l’argent disponible qui pourrait être dépensé pour doubler le nombre d’enseignants, et fournir à chaque enfant les moyens nécessaires aux études. Cela aussi créerait des emplois et remédierait à l’éducation désastreuse infligée aux élèves des classes pauvres et laborieuses.
Il ne suffit pas de se plaindre que le gouvernement fasse les choses en secret ou que les patrons ne nous informent pas de ce qu’ils font. Bien sûr, ils ne le font pas, parce que ce qu’ils font est nocif pour nous. Et c’est bien pourquoi il serait utile aux travailleurs que le secret industriel soit aboli et qu’ils soient en mesure de vérifier et de contrôler ce qui se produit.
Il ne suffit pas de pleurer sur l’avidité des banques. Naturellement, elles sont rapaces, mais elles sont au centre de l’économie, et c’est exactement pourquoi les travailleurs, longtemps avant le début du combat, doivent penser à réquisitionner les banques comme un de leurs objectifs importants.
Les travailleurs combattront-ils à nouveau ? Nous avons toutes les raisons de le croire. Dans des situations beaucoup plus répressives et beaucoup plus démoralisantes, la classe ouvrière a trouvé des moyens de briser brutalement ses chaînes. C’est pourquoi il est important que les communistes révolutionnaires emploient aujourd’hui tous les moyens politiques à leur disposition pour proposer des objectifs aux travailleurs, des objectifs qui correspondent entièrement à leurs difficultés actuelles et qui, en même temps, puissent les mener à prendre les commandes de la société dans leurs combats.
Nous devons assumer nos responsabilités.
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