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Le texte ci-dessous est la traduction d’un article du groupe trotskyste américain The Spark, publié dans leur revue
trimestrielle Class Struggle, n° 73 de février-mars 2012, quelques semaines après qu’Obama eut annoncé le
retrait complet des troupes américaines d’Irak et le « succès complet » de leur mission ! L’article revient sur
les raisons de cette guerre et sur les objectifs de l’impérialisme américain, qui n’ont rien à voir avec les discours
officiels.
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À la fin du mois de décembre, le président Obama a annoncé la fin de l’occupation de l’Irak et de la terrible guerre de
neuf années menée par les États-Unis. Essayant de dresser un tableau flatteur de la guerre, il n’hésita pas à la
qualifier de « réussite remarquable ». Obama a même promis aux soldats américains de retour d’Irak que
« toutes les batailles et les morts, le sang et la reconstruction, la formation et le partenariat ont tous permis
d’atteindre le succès actuel… Nous laissons derrière nous un Irak souverain, stable et autonome, disposant d’un
gouvernement représentatif et élu par son peuple. »
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La description d’Obama n’a rien à voir avec la réalité de cette guerre ou avec la situation en Irak. Les États-Unis ne
quittent pas l’Irak, le gouvernement américain a seulement remplacé ses propres troupes par une importante armée de
mercenaires payée par lui. En octobre, Jason Caffetz, élu républicain de l’Utah à la Chambre des représentants, a ainsi
décrit « une forte augmentation du personnel des sociétés militaires privées en Irak : 17 000 personnes et
5 500 employés dans le secteur de la sécurité privée ». D’autres estiment le nombre de ces mercenaires à
35 000, nombre qui serait appelé à croître encore à l’avenir. L’ambassade américaine à Bagdad, qui se situe dans
l’enclave fortifiée de la Zone verte (Green Zone), est devenue de loin la plus grande ambassade au monde, se
transformant en une petite ville de 17 000 employés, mercenaires, membres des forces de sécurité, etc. Le département
d’État américain[Ndt : le ministère des Affaires étrangères.] dirige également trois autres grands centres : un à
Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, un à Bassora, le port principal du sud riche en pétrole, et un à Kirkuk, situé dans
la très convoitée région du nord riche en pétrole. Les États-Unis possèdent sept installations supplémentaires à travers
le pays. Cela fait ainsi un total de onze sites opérationnels, qui sont autant de centres nerveux, de bases autonomes
fortifiées installées aux points stratégiques.
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Selon le New York Times (30 novembre 2011), l’armée américaine maintient officiellement quelques centaines de
soldats comme « formateurs » ou « conseillers » sous l’autorité de l’Office of Security Cooperation
(OSC) pour assurer « dans une très large mesure, la continuité de la relation américano-irakienne en matière de
sécurité ».
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De manière non officielle, un grand nombre de forces spéciales et d’agents de la CIA travailleront sous le commandement
unifié des opérations spéciales (Joint Special Operations Command) comme l’a reconnu l’ambassadeur américain James
Jeffrey au cours d’une interview télévisée avec Ted Koppel[Ndt : un journaliste de télévision très connu aux Etats-unis]
le 12 décembre 2011.
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En outre, les États-Unis renforcent un contingent déjà fort de 40 000 soldats dans les autres pays du golfe Persique
(sans inclure les troupes postées en Afghanistan). En décembre, par exemple, l’armée américaine a augmenté de 4 000 le
nombre de soldats installés au Koweït, petit pays frontalier de l’Irak, qui s’élève ainsi à 27 000. Un nombre
incalculable d’avions et de missiles américains peuvent bombarder l’Irak à tout moment, en partant de la cinquième flotte
de l’US Navy qui patrouille dans le golfe Persique ou de l’une des bases militaires aériennes américaines situées dans
les pays voisins de l’Irak.
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En d’autres termes, les États-Unis ont simplement changé de façon d’intervenir militairement. Le Wall Street
Journal du 10 décembre 2011 a précisément relevé ce fait en titrant : « L’Irak vers une nouvelle et large
emprise des États-Unis ». Dans cet article, le journal décrit comment « l’implication des États-Unis est tout
sauf interrompue. À la place de l’armée, c’est le département d’État qui assumera un nouveau rôle à une échelle
sans précédent ». Les soldats américains sont désormais considérés comme des « employés » du département
d’État.
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Quant aux vantardises d’Obama qui prétend que la guerre des États-Unis a amené la « stabilité » en Irak, elles
seraient risibles si la situation n’était pas si tragique. Les propres données accessibles du gouvernement américain
montrent à quel point l’Irak demeure un des pays les plus violents et les plus dangereux de la planète. Près de 30 % des
attentats terroristes dans le monde se produisent en Irak. La violence en Irak serait même plus élevée qu’en Afghanistan si
l’on en croit le Rapport trimestriel de l’inspecteur général spécial pour la reconstruction irakienne (Quarterly
Report of the Special Inspector General for Iraq Reconstruction, 30 octobre 2011).
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Cette violence s’aggrave même. Le 23 décembre, une série d’explosions a frappé Bagdad, détruisant des écoles, des
marchés, des appartements, tuant au moins 67 personnes et en blessant 185 autres. Ce fut la journée la plus meurtrière
depuis plus d’un an. Le 2 janvier, le bilan a été encore pire avec 72 tués à Bagdad dans une autre série
d’explosions.
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À cela, il faut encore ajouter les luttes de pouvoir au sommet du gouvernement, qui contribuent certainement à accroître les
conflits ethniques et religieux dans la société irakienne. Juste après le départ du dernier convoi de soldats américains
d’Irak le 18 décembre, Maliki, le chef du gouvernement de coalition irakien, s’est attaqué à des membres de son propre
cabinet, ceux qui appartenaient au plus grand parti de sa coalition, parti qui avait obtenu plus de votes que le propre parti de
Maliki aux dernières élections. Un mandat d’arrêt pour acte de terrorisme fut émis à l’encontre du vice-président
Tariq al-Hashemi qui fut forcé de trouver refuge au Kurdistan irakien. Deux jours plus tard, Maliki mettait son propre
vice-Premier ministre, Saleh al-Mutlaq, « en congé prolongé ». Peu après, une bombe a explosé sur la route lors du
passage du ministre des Finances, Rafie al-Esawi, qui ne fut pas lui-même touché, mais deux de ses gardes du corps furent
gravement blessés.
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La violence mortelle qui frappe l’Irak aujourd’hui est une conséquence de la stratégie américaine de diviser pour
régner. Dès le début de la guerre, les États-Unis ont divisé les postes gouvernementaux en fonction des cliques religieuses
et ils ont encouragé la formation de milices et de gangs dirigés par des seigneurs de guerre et par des chefs tribaux.
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Un bourbier « réussi »
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Les États-Unis se sont lancés dans cette guerre avec l’idée, en tout cas pour le gouvernement Bush, que son armée
renverserait Saddam Hussein et imposerait son propre ordre dans le pays. Au lieu de cela, après près de neuf années,
l’armée américaine se retire d’Irak, la queue entre les jambes.
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Lorsque les États-Unis ont retiré leurs soldats le 18 décembre 2011, ils ne l’ont pas fait en fanfare et étendards au
vent. Au contraire, les derniers contingents sont partis furtivement au beau milieu de la nuit, accompagnés d’une armada
d’hélicoptères qui surveillaient le sol pour parer à des attaques de roquettes et de blindés. Les militaires américains
avaient visiblement si peu confiance en leurs homologues de l’armée irakienne qu’ils ont délibérément trompé leurs plus
proches collaborateurs irakiens en leur faisant croire qu’ils les rencontreraient encore le lendemain. Il était évident
qu’après neuf années de guerre, les États-Unis avaient créé un nouveau bourbier.
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Dès l’été 2009, les États-Unis retiraient leurs soldats des villes et bourgs irakiens, essayant ainsi de réduire la
visibilité de la présence américaine en Irak et aussi, par la même occasion, de réduire le nombre de cibles américaines à
la portée des insurgés. Un an après, l’armée américaine mettait officiellement fin à toutes ses missions de combat et
plaçait ses troupes dans des bases solidement fortifiées qu’elles n’allaient que rarement quitter. Mais les États-Unis ne
pouvaient même pas vraiment protéger ces bastions. Le New York Times (26 juin 2011) rapportait que les attaques de
roquettes et de mortiers contre les bases américaines s’étaient accrues au cours de l’année. En juin 2011 par exemple,
quatorze soldats américains avaient été tués au cours d’attaques contre leurs bases. Même dans la très fortifiée Zone
verte où trônait leur gigantesque nouvelle ambassade, les États-Unis restaient vulnérables. Des roquettes et des missiles
ont atteint la Zone verte lorsque le vice-président Joseph Biden y effectua une visite surprise en juillet 2010. La
zone fut également bombardée au cours de la visite du ministre de la Défense, Leon Panetta, en juillet 2011.
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La présence même des troupes américaines accrut le ressentiment au sein de la population irakienne. Les médias américains
qui couvraient la fin de l’occupation eurent beaucoup de mal à trouver auprès des Irakiens l’expression d’un autre
sentiment que « bon débarras ». Ali Jassem, un ouvrier sans emploi de 32 ans à Bagdad, déclarait au New York
Times?: ?? : « Ils (les Américains) n’ont rien réalisé ou disons plutôt qu’ils ont réalisé des
bombardements, des tueries et des explosions. Ils ont fait de fausses promesses. Ils ne nous ont rien apporté de bien, à nous,
le peuple. Ils ont juste amené des politiciens qui ne se préoccupent que de leurs propres intérêts. » La colère
contre l’occupation américaine était si forte que le Times a rapporté « qu’il est significatif que dans les
zones sunnites comme chiites, il y en a pour dire que la vie était meilleure au temps de Monsieur Hussein… même ceux qui
tremblaient encore au souvenir de la nature dictatoriale du régime » (13 décembre 2011).
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La quasi-décennie de guerre a engendré de vrais problèmes au sein même de l’armée américaine. Depuis l’envoi de
troupes supplémentaires en 2006-2007, des généraux, y compris au plus haut niveau, ont ouvertement fait part de leur
inquiétude quant aux effets de la guerre en Irak, combinée à celle d’Afghanistan, sur leur armée. Cela a généré un
énorme stress pour les soldats qui ont été envoyés trois, quatre, voire cinq fois dans les zones de combat. Parmi ceux qui
ont servi en Irak ou en Afghanistan, 625 000 soldats démobilisés se sont inscrits pour obtenir des allocations
d’invalidité. La démoralisation des soldats se reflète dans le fait que le nombre de suicides de soldats d’active ou de
soldats démobilisés est plus élevé que le nombre de soldats américains tués en Irak. Les envois répétés dans les zones
de combat risquaient de « briser l’armée » ou tout au moins de limiter fortement la capacité de l’armée à gérer
d’autres « crises » ou « imprévus » comme les appellent les généraux.
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Ensuite, il y a le problème de l’argent. Jusqu’ici, la guerre a coûté 800 milliards de dollars en neuf ans. Si l’on
ajoute les autres dépenses en incluant les intérêts de la dette de l’État et le coût actuel des soins médicaux pour les
vétérans, le coût total de la guerre s’élèverait à 4 000 milliards de dollars, selon les économistes Joseph
Stiglitz et Linda Bimles.
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Le général Karl R. Horst, chef d’état-major du Commandement central, a marqué son soutien enthousiaste au retrait de ses
troupes d’Irak en déclarant au New York Times (29 octobre 2011) : « Je pense que c’est sain. Je pense
que c’est efficace. Je pense que c’est pragmatique. » En d’autres termes, c’est « sain » pour
l’armée et c’est à la fois une manière « efficace » et « pragmatique » de protéger les
intérêts des compagnies pétrolières, qui, dans cette situation désastreuse, se contentent de contrôler quelques régions
du pays, les régions où se trouve le pétrole.
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Ils ont obtenu ce pourquoi ils étaient venus : le pétrole de l’Irak
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En détruisant le vieil appareil d’État de Saddam Hussein, les États-Unis ont desserré l’emprise de l’État irakien sur
l’industrie pétrolière. Et en jouant les divisions et les tensions ethniques et religieuses au sein du pays, les États-Unis
ont potentiellement divisé cette industrie en deux : une partie contrôlée par le gouvernement central irakien et l’autre
contrôlée par le gouvernement régional du Kurdistan irakien dans le nord du pays.
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Les compagnies pétrolières se sont empressées de jouer les uns contre les autres. ExxonMobil, la plus grande compagnie
pétrolière du monde, a signé un contrat avec le gouvernement central pour l’extraction des champs pétrolifères du sud,
près de Bassora, région d’où provient aujourd’hui la plupart du pétrole irakien. Fin novembre, ExxonMobil a signé un
contrat, qui lui était bien plus favorable, avec le gouvernement kurde pour des opérations de forage dans le nord du pays. Le
gouvernement Maliki a menacé ExxonMobil de l’empêcher d’obtenir de nouveaux droits d’exploitation dans le sud. Mais ces
menaces n’ont pas l’air d’avoir inquiété Royal Dutch Shell, Chevron et l’Italien ENI, qui ont annoncé qu’ils
étaient eux aussi prêts à signer un accord avec le gouvernement régional kurde.
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Si le gouvernement kurde arrive à maintenir un contrôle sur les ressources pétrolières qui se trouvent sur son territoire,
cela encouragera les autres gouvernements régionaux à faire de même. Cela pourrait déclencher une nouvelle vague de combats
entre des groupes de seigneurs de guerre, de chefs tribaux et/ou religieux qui se disputeraient les miettes laissées par les
multinationales pétrolières et bancaires. Le résultat pourrait bien être un morcellement encore plus grand du pays, une
balkanisation qui laisserait les réserves pétrolières encore plus vulnérables au pillage.
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Évidemment, la production de pétrole a fortement été réduite du fait de l’invasion américaine et de la guerre civile qui
s’en est suivie. Cependant, les grandes multinationales pétrolières, et les grandes banques qui les soutiennent, ont obtenu
le contrôle d’une bien plus grande partie de la future production pétrolière irakienne et de ses profits qu’auparavant.
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Il ne faut pas sous-estimer la valeur de ce butin. Les réserves pétrolifères connues de l’Irak sont aujourd’hui les
troisièmes au monde et les géologues internationaux considèrent que des territoires encore non explorés recèleraient des
réserves encore plus importantes. Ces réserves se situent à un faible niveau de profondeur, ce qui rend leur coût
d’exploitation très bas, à peine un dollar le baril, en comparaison avec l’exploitation plus difficile des gisements en
haute mer ou dans la toundra arctique. Ce pétrole est de haute qualité, ce qui rend son raffinage facile et peu coûteux.
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La balkanisation de l’Irak peut bien sûr entraîner plus de désordres avec tous les risques que cela comporte pour
l’industrie pétrolière. C’est pourquoi le gouvernement américain renforce les forces de mercenaires sous le contrôle du
département d’État, et les compagnies pétrolières accroissent également leurs propres forces de sécurité et leurs
mercenaires.
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L’année passée, une vague de protestations a éclaté à travers tout le pays et s’est prolongée pendant plusieurs
semaines. Les manifestants exigeaient de meilleurs services sociaux, de l’électricité, de l’eau, des prix stables pour la
nourriture, plus d’emplois, moins de corruption (l’Irak est le quatrième pays le plus corrompu au monde selon Transparency
International) et des réformes du système de gouvernement. Une grande partie de la colère fut également dirigée contre
l’occupation américaine. Les manifestations ont varié en ampleur selon les endroits, mais elles ont eu lieu à travers tout
le pays, de Bassora au sud, à Bagdad et Tikrit au centre et jusqu’à Mossoul au nord et Sulaimaniya dans la région autonome
kurde. Elles traversaient les clivages sectaires et religieux.
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Les plus grands dirigeants religieux comme Moktada al-Sadr, dont la base se situe dans les taudis chiites de Bagdad, et le grand
ayatollah Ali al-Sistani s’opposèrent aux manifestations. Parallèlement, le gouvernement répondit par la force. De
nombreuses sources rapportent que la police a tiré à balles réelles sur les manifestants, utilisé des gaz lacrymogènes,
organisé des passages à tabac et procédé à des milliers d’arrestations. Après les avoir accusés d’avoir dirigé les
manifestations, le gouvernement Maliki a fermé les locaux du Parti communiste irakien et du Parti national irakien.
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L’opposition de la hiérarchie religieuse et la répression de l’appareil d’État rassurèrent les impérialistes
américains au moment où ils s’apprêtaient à retirer leurs troupes d’Irak. Cela montrait que les autorités irakiennes
pouvaient exercer un contrôle suffisant sur la population pour que la production de pétrole puisse se poursuivre.
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Le prix payé par la population irakienne
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Cette guerre a réduit ce pays en cendres. L’avenir de la population est déjà très sombre alors que la poursuite de la
division du pays et la possibilité d’une guerre civile menacent de provoquer des désastres supplémentaires en plus de ceux
qu’a déjà subis la population irakienne.
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Les civils constituent de loin la majorité des personnes tuées au cours des neuf années de guerre. Les registres de
l’armée américaine, divulgués par Wikileaks, énumèrent 122 000 civils tués. Selon l’enquête effectuée par
l’ONG Just Foreign Policy, il y aurait près de 1,5 million de civils tués directement par la guerre ou à
cause des conditions de vie créées par la guerre.
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La CIA estime que le PIB par habitant est si bas que l’Irak est relégué à la 161e place dans le monde, alors qu’avant les
deux guerres des États-Unis contre le pays, il était en tête du Moyen-Orient. L’Iran, après avoir subi des années
d’embargo américain, des sanctions, des assassinats de ses scientifiques ou d’autres actes d’une guerre secrète, tient
la 104e place, loin devant l’Irak.
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Même les infrastructures les plus élémentaires sont pratiquement inexistantes. La plupart des 64 milliards de dollars que
les États-Unis ont officiellement dépensés à la reconstruction de l’Irak, ont seulement enrichi les grandes entreprises de
construction américaines et une poignée de nantis irakiens. La population se retrouve avec peu ou pas d’électricité et
d’eau potable pendant que les eaux usées inondent les rues. La population des villes et des bourgs proches des zones de
production pétrolière, telle Bassora, la deuxième plus grande ville du pays, vit dans la suie et la fumée.
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Les États-Unis ont largué en Irak des milliers de bombes comportant de l’uranium appauvri, un déchet radioactif qui
provient de la production d’énergie nucléaire. Les chercheurs britanniques ont révélé une augmentation massive de la
mortalité infantile et des taux de cancer dans des villes comme Falloujah qui furent lourdement bombardées, supérieurs à
« ceux observés chez les survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki ». Dans la province
de Babil, le nombre de cancers avérés a grimpé de 500 en 2004 à 7 000 en 2008. À Bassora, le taux de leucémies
infantiles a plus que doublé en quinze ans selon une étude publiée par l’American Journal of Public Health, il y a
deux ans.
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Alors que les États-Unis retiraient leurs derniers soldats du pays, certains journalistes se sont rendus dans la ville de
Falloujah, à l’ouest de Bagdad, que les États-Unis ont assiégée et attaquée de manière massive à deux reprises en 2004
pour essayer de briser la résistance à l’occupation. Dans cette ville de 300 000 habitants, les médecins de
l’hôpital local ont constaté la mort de près de 2 000 civils, surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées,
et l’on continue encore à extraire des squelettes des bâtiments bombardés. La majorité des habitants furent déplacés de
leur domicile au cours du siège. La plupart sont revenus, mais il existe des milliers de sans-abri. Après le siège, le
gouvernement a promis un programme de reconstruction.
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Deux des projets avaient notamment été mis en avant : une station d’épuration de l’eau et un projet de traitement des
eaux usées lancé en 2004. Sept ans après, le système d’égouts n’est pas achevé et la fin des travaux reste en suspens.
La station d’épuration fournit de l’eau potable pour moins de 20 % de la population. Les quartiers qui ont subi
l’attaque de plein fouet ont aujourd’hui des routes sales et poussiéreuses, encombrées de détritus. « Tout va mal
ici, déclarait un boulanger à un journaliste d’al-Jazeera (3 janvier 2012), pas d’eau, pas
d’électricité, pas de bons soins médicaux. Nous avons entre 75 et 80 % de chômeurs. Les veuves n’ont pas de droits,
pas d’indemnités. » Les luttes religieuses engendrées par la guerre ont poussé des familles à la rue. Parmi celles
qui sont revenues, nombreuses sont celles qui sont à nouveau chassées par la reprise des combats. Le Haut-commissariat des
Nations unies pour les réfugiés estime qu’il y a encore cinq millions d’Irakiens qui ont fui leur domicile. Près de trois
millions sont des réfugiés dans leur propre pays. Une grande partie d’entre eux sont entassés dans les 380 camps de
réfugiés dispersés à travers le pays. Ils ont peu d’accès à l’eau propre, aux sanitaires ou aux soins médicaux.
Nombreux sont considérés comme des squatters illégaux et ils ne peuvent pas obtenir les papiers administratifs nécessaires
pour recevoir des allocations sociales, obtenir un emploi ou inscrire leurs enfants à l’école. Deux autres millions
d’Irakiens ont fui l’Irak pour les pays voisins (Jordanie, Liban, Égypte et Syrie) avec peu d’espoir de s’insérer dans
les communautés locales ou même d’obtenir un permis de séjour pour pouvoir avoir un emploi. Ceux qui se trouvent en Syrie,
avec la montée de la violence, sont à nouveau déracinés et forcés de chercher un nouveau refuge.
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Les femmes ont été particulièrement touchées. La guerre, les difficultés économiques et la poussée de l’extrémisme
religieux ont entraîné une forte hausse de la violence à l’encontre des femmes, notamment des crimes « d’honneur »,
des viols et des kidnappings. Avant la première guerre du Golfe en 1991, l’Irak avait l’un des taux d’alphabétisation
des femmes les plus élevés du Moyen-Orient. Il y avait en Irak plus de femmes employées dans des professions qualifiées,
comme la médecine et l’enseignement, ou comme ouvrières, que dans la plupart des autres pays de la région. Aujourd’hui,
la plupart des femmes sont forcées de rester à la maison, sans emploi et sans éducation. De nombreuses femmes irakiennes qui
ont fui dans les pays voisins se sont retrouvées incapables de nourrir leurs enfants. Pour joindre les deux bouts, des dizaines
de milliers d’entre elles, parmi elles des filles de 13 ans ou moins, ont été forcées de se prostituer.
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Des bouledogues de l’impérialisme, mais aussi des victimes
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Une autre génération d’Américains a été transformée en pitbulls de l’impérialisme, souffrant eux-mêmes de la
destruction morale, physique et psychologique qu’une telle guerre impose à l’armée impérialiste elle-même.
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Aux quelque 5 000 tués de la guerre, il faut ajouter les suicides qui continuent de progresser année après année, au fur
et à mesure que les soldats reviennent. Selon l’Association des vétérans, toutes les 80 minutes un vétéran des guerres
d’Irak et d’Afghanistan tente de se suicider, soit 18 par jour ou 6 600 par an. Il y a aussi l’augmentation de la
violence à domicile, de l’alcoolisme, de la drogue, etc.
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Les rapports du Pentagone ne mentionnent l’existence que de 32 226 blessés, ce qui sous-estime largement leur nombre
réel. Plusieurs études ont été réalisées par le propre centre des traumatismes cérébraux du Pentagone, par la RAND
Corporation[Ndt : groupe de réflexion travaillant sur des questions militaires et proche du Pentagone.], par le New England
Journal of Medicine Ndt : une des revues scientifiques de médecine les plus renommées.] et par le Department of Veterans
Affairs (ministère des Anciens combattants). Ils estiment qu’un tiers de tous les hommes et femmes reviennent de mission en
Irak avec des traumatismes cérébraux, des stress post-traumatiques, des dépressions, des pertes d’ouïe, des problèmes
respiratoires, des maladies et autres problèmes de santé de long terme.
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Des centaines de milliers de soldats, qui ont été brutalisés physiquement et psychologiquement, reviennent dans un pays où
ils doivent faire face à des problèmes passés sous silence : premièrement obtenir des soins médicaux adéquats, un emploi
et un domicile. Ce pays leur rend hommage en les présentant comme des « héros » de retour, mais ne reconnaît pas les
dommages qu’ils ont subis.
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Sans issue
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Les États-Unis ont détruit un pays entier, ont imposé à la population irakienne une descente dans le chaos et la barbarie et
une guerre qui, depuis le départ, était basée sur un tissu de mensonges. Cette guerre était dirigée par les intérêts des
compagnies pétrolières, d’autres grandes multinationales et des plus grandes banques.
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À ces neuf dernières années, il faut ajouter le prix sanglant déjà payé par le peuple irakien lors de la guerre Iran-Irak
entre 1980 et 1988 que les États-Unis avaient encouragée, ainsi que la première guerre du Golfe en 1990-1991 et les
bombardements intensifs qui l’ont suivie depuis. Le dernier chapitre de la guerre des États-Unis contre l’Irak n’est pas
encore clos pour le peuple irakien, loin s’en faut.
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Et c’est une guerre pour laquelle les soldats des États-Unis ont aussi payé un lourd tribut. Cette guerre n’est pas finie
et ce ne sera pas non plus la dernière des guerres de l’impérialisme américain.
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La guerre en Irak donne l’image exacte de l’impact gigantesque et barbare de l’impérialisme, du prix humain qu’il
impose aux populations à travers le monde, y compris aux États-Unis, tout cela pour obtenir quelques dollars de profit
supplémentaire.
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22 janvier 2012
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