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L’année 2011 s’est mal terminée pour Silvio Berlusconi. Le 12 novembre, après bien des pressions, il a dû remettre au
président de la République, Giorgio Napolitano, la démission de son gouvernement, en place depuis mai 2008, laissant la place
au gouvernement de Mario Monti dans un contexte marqué par l’emballement de la spéculation sur la dette souveraine
italienne.
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Un gouvernement « technique » bienvenu pour la bourgeoisie…
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Depuis le mois de juillet, l’Italie était la cible d’attaques spéculatives qui ont encore aggravé cette crise. Les taux
d’intérêt exigés par les banques pour prêter à l’État italien montèrent alors en flèche, augmentant encore cette
dette qui représente maintenant 120 % du produit intérieur brut (PIB), tout cela conduisant à une dégradation de
l’évaluation donnée à l’économie italienne par les agences de notation.
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La pression des institutions européennes et internationales, se faisant le relais du système financier, s’est donc
accentuée pour que le gouvernement italien prenne de nouvelles mesures d’austérité. Le gouvernement Berlusconi avait
pourtant déjà présenté la note aux couches populaires, puisque pas moins de deux plans d’austérité s’étaient
succédé durant le seul été 2011, pour un total de cent milliards d’euros. Mais ce n’était pas encore assez pour
satisfaire les milieux financiers et la bourgeoisie italienne.
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Si les critiques des milieux dirigeants européens envers « l’immobilisme » de Berlusconi ont accéléré sa chute,
celle-ci était dans l’air depuis plusieurs mois. En Italie même, les milieux patronaux s’en prenaient de plus en plus
vivement à Berlusconi, accusé de ne pas prendre les mesures nécessaires pour aller vers la croissance et redresser
l’économie. En langage clair, leur reproche était de ne pas suffisamment subventionner les entreprises, de ne pas aller
assez vite dans le démantèlement de la réglementation du travail, etc.
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Ces protestations émises ouvertement par la Confindustria, l’équivalent italien du Medef, faisaient aussi partie d’une
démagogie des patrons consistant à se montrer comme responsables, dynamiques et efficaces, mais malheureusement freinés par
les « lourdeurs » de la loi et d’un État pas assez attentif aux besoins des entreprises. Un discours qu’on entend
dans tous les milieux patronaux du monde, il est vrai, mais doublé chez les patrons italiens de la volonté de se
désolidariser de la personnalité de plus en plus encombrante et contestée de Berlusconi.
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Quant au principal parti de l’opposition de centre gauche, le PD (Parti démocrate), il a entonné le même refrain. Issu de
l’ex-Parti communiste ayant abandonné cette étiquette et liquidé tout reste d’héritage communiste il y a vingt ans,
désormais fusionné avec une partie des restes de la Démocratie chrétienne, le PD a concentré toutes les critiques sur la
personne – certes odieuse – de Berlusconi. À l’entendre, si la crise touchait plus durement l’Italie que d’autres
pays, c’était dû à l’absence de toute politique industrielle de la part de Berlusconi. En réalité, le mot d’ordre
« il faut chasser Berlusconi », appuyé sur la dénonciation des nombreuses frasques de ce triste personnage, servait
avant tout à masquer l’absence totale d’une politique alternative et d’objectifs proposés aux travailleurs pour ne pas
payer la crise des capitalistes.
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En fin de compte, pendant toute cette période, le fait de pointer du doigt la personne de Berlusconi comme responsable de tous
les problèmes a permis à cette opposition, que l’on peine à qualifier de gauche, mais aussi aux syndicats, de se retrouver
sur le même terrain que le grand patronat. Entonnant le même refrain que la Confindustria sur les « nécessaires
réformes pour sauver l’économie », les grandes confédérations syndicales CGIL, CISL et UIL ont apporté au patronat
la preuve de leur bonne volonté en signant avec lui l’accord du 28 juin 2011 qui permet aux entreprises, au prétexte de
« sauver l’économie et la compétitivité italiennes », de ne pas respecter les accords de branche en matière
d’emplois et de salaires.
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Bien sûr, personne parmi les travailleurs ne regrettera la personnalité odieuse de Berlusconi, son mépris social, son
arrogance et son machisme, les scandales à répétition concernant non seulement ses affaires mais aussi ses mœurs sordides.
Mais Berlusconi n’a pas été chassé par la colère des travailleurs. Il a été congédié sous la pression conjuguée des
banques, de la finance européenne et du grand patronat italien. Autant dire que, dans ces conditions, le nouveau gouvernement
présidé par Mario Monti n’annonce que la poursuite et l’aggravation de la politique antiouvrière qu’a menée
Berlusconi.
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… et ses politiciens
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Au lendemain de la démission de Berlusconi, les discussions sur la nécessité ou pas de convoquer des élections anticipées
ont vite tourné court, faute de volontaires ! Bien que tous les sondages aient donné le Parti démocrate vainqueur en cas
d’élections, c’est pourtant ce parti qui s’est montré le plus chaud partisan de la formation d’un prétendu
« gouvernement technique », permettant surtout de ne pas anticiper les élections devant normalement se dérouler en 2013.
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Les déclarations de Pier Luigi Bersani, le dirigeant du PD, qui explique que le « Parti démocrate a d’abord à cœur
les intérêts de l’Italie » et que la priorité est à la « cohésion de la nation derrière un gouvernement
d’experts », soulignent sa volonté de soutenir la politique du patronat, tout en évitant d’assumer directement les
mesures d’austérité nécessaires pour assurer les profits.
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Quant au Peuple de la liberté (PDL), le parti de Berlusconi, il a lui aussi voté la confiance au gouvernement Monti, tout en
se payant le luxe d’émettre quelques réserves sur sa politique. Il est clair qu’il compte sur cet intermède pour faire un
peu oublier Berlusconi et peut-être mettre en avant d’autres dirigeants, aptes à prendre sa relève.
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Leurs intérêts politiciens ont donc amené les députés à voter la confiance au gouvernement Monti. Il s’y ajoutait, plus
prosaïquement, le fait qu’il leur faut siéger au moins quatre ans et demi pour avoir droit au « vitalizio »,
indemnité attribuée aux anciens parlementaires. Une raison de plus pour éviter des élections anticipées !
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Finalement, à l’exception des petits partis de gauche, seule la Ligue du Nord, le parti xénophobe et raciste d’Umberto
Bossi, s’oppose au gouvernement Monti et se répand en déclarations contre sa politique. Ce parti, qui a passé des années
au gouvernement et y a soutenu toute la politique de reculs sociaux imposée aux travailleurs, se revendique du côté « du
peuple ». Mais, s’il s’exprime contre les mesures d’austérité, c’est en maniant une odieuse démagogie. Il dénonce
par exemple le fait de « pressurer les retraités et les honnêtes travailleurs italiens, tout en offrant aux immigrés
leur séjour gratuit en Italie », sous prétexte que le gouvernement a parlé de diminuer la taxe que les immigrés
doivent payer pour obtenir un permis de séjour. La Ligue fait maintenant feu de tout bois, pointant le doigt contre les
immigrés, mais aussi contre les Méridionaux italiens, pour mieux s’appuyer sur les préjugés de sa base petite-bourgeoise
d’Italie du Nord.
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Un gouvernement du capital…
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La presse italienne, mais aussi l’ensemble des partis politiques et des institutions ont salué le choix de Giorgio
Napolitano, le président de la République, membre du Parti démocrate et ancien dirigeant du Parti communiste, de choisir
comme successeur de Silvio Berlusconi le « spécialiste » Mario Monti. Présenté comme un homme au-dessus des partis,
celui-ci était censé former un gouvernement dont les décisions seraient dictées par l’intérêt général et la
nécessité de sauver l’économie italienne de la faillite, sans sacrifier à aucune idéologie ou logique partisane.
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Mais si Mario Monti n’est pas un politicien, c’est bien un homme de la haute finance. Appartenant à une bonne famille de la
bourgeoisie italienne, c’est le rejeton d’un directeur de banque, le neveu d’un banquier célèbre dans l’histoire du
capitalisme italien, Raffaele Mattioli. Il a lui-même occupé plusieurs postes dirigeants, non seulement dans les institutions
de l’Union européenne mais dans le monde de la finance, entre autres chez Goldman Sachs, une des banques d’investissement
américaines connue pour ses produits dérivés financiers hautement spéculatifs. Autant dire qu’il connaît de
l’intérieur les milieux responsables de la crise actuelle et que, si on peut effectivement parler de lui comme d’un
« expert », c’est d’un expert en moyens d’accroître les profits de la bourgeoisie, au niveau international.
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Cette mascarade, consistant à présenter un homme à son service comme un expert impartial au service de tous, a déjà servi
à la bourgeoisie italienne dans d’autres circonstances quelque peu délicates pour son personnel politique habituel.
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Ce fut le cas du gouvernement Dini qui succéda à l’éphémère premier gouvernement Berlusconi. Lorsque celui-ci perdit sa
majorité et dut céder la place, en 1994, c’est son ancien ministre du Trésor, Lamberto Dini, qui fut désigné pour former
le nouveau gouvernement. Banquier lui aussi, il obtint le soutien non seulement de la Ligue du Nord de Bossi et d’un petit
parti centriste, mais aussi du Parti démocratique de gauche (PDS), nom d’alors de l’ex-Parti communiste qui n’était pas
encore devenu le PD. Pour justifier son ralliement à l’un des représentants de la politique qu’il combattait encore en
paroles la veille, le PDS – qui depuis a donc laissé tomber même la référence à la gauche – utilisait alors les
arguments qu’il ressort aujourd’hui en faveur de Monti. Dini était ainsi paré des vertus de « l’expert », en tant
qu’ancien membre du FMI et vu ses supposées capacités à « restaurer la confiance dans l’économie
italienne ». Le PDS apporta donc à l’époque sa bénédiction à l’auteur de la première réforme des retraites,
que Mario Monti est justement en train d’aggraver aujourd’hui.
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Deux ans plus tard, en 1996, le regroupement de gauche se dota lui aussi de son spécialiste en la personne de Romano Prodi, qui
prit la tête de la coalition de L’Olivier et, une fois les élections gagnées, du gouvernement. Prodi avait alors gagné ses
galons de bon gestionnaire bourgeois à la direction de l’Institut pour la reconstruction industrielle (IRI). Mis en place en
1933, en pleine période fasciste, cet établissement public n’a jamais servi que les intérêts de la grande bourgeoisie
italienne. Dans les années cinquante, puis soixante, il prit en charge de larges secteurs de l’industrie, comme la
sidérurgie, les chantiers navals ou encore l’automobile. Cela permit aux capitalistes de faire assumer à l’État les
dettes de ces entreprises et éventuellement la tâche de les « restructurer », c’est-à-dire d’y supprimer des
milliers d’emplois. Puis les privatisations permirent de remettre de nouveau ces entreprises entre les mains du grand
capital : c’est précisément le rôle que joua Romano Prodi pendant les dix ans qu’il passa à la tête de l’IRI, de
1982 à 1992, et c’est là qu’il put démontrer toute sa fiabilité pour la bourgeoisie.
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Tout comme Dini avant lui, Prodi s’appliqua à faire passer une politique antiouvrière habillée de l’habituel discours sur
la nécessité de moderniser l’économie et fut l’artisan des premières mesures généralisant la précarité du travail,
notamment grâce à l’introduction de l’intérim et de la sous-traitance, en particulier par le biais des prétendues
« coopératives ».
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À l’époque le PDS avait déjà apporté sa caution à ces hommes de la bourgeoisie qui menaient sa politique sous le
déguisement de « spécialistes impartiaux ». C’est ce parti, entre-temps devenu Parti démocrate tout court, qui fait
de même avec Monti, alors que la crise de son système amène la bourgeoisie à mener une guerre encore plus féroce contre les
travailleurs.
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… qui fait payer la crise aux classes populaires
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Qualifiés de « techniciens mais humains » par un grand quotidien italien à cause des larmes versées par la
ministre du Travail et des Politiques sociales, Elsa Fornero, au moment d’annoncer les mesures d’austérité qui lui
« coûtaient psychologiquement », les ministres du gouvernement Monti se sont en tout cas attelés sans attendre à
la tâche consistant à faire le sale travail à la place des politiciens de métier.
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Aux commandes dès le 16 novembre 2011, Monti annonçait deux semaines plus tard les mesures de son plan d’austérité
baptisé Sauver l’Italie. Sans surprise, et à la suite des deux plans d’austérité de l’été, les 34 milliards
d’euros d’économies de cette nouvelle cure de rigueur seront prélevés presque intégralement dans la poche des
travailleurs et des classes populaires.
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On a bien entendu fait mine de répartir équitablement les sacrifices entre tous. Les plus hauts revenus héritent ainsi
d’une modeste taxe à hauteur de 1,5 %, qui n’écorne guère leur patrimoine. Mais la TVA, l’impôt le plus injuste
puisqu’il pèse sur tous de la même manière, a été augmentée, de même que la taxe sur les carburants, les prix des
péages sur les autoroutes, les tarifs de l’électricité et du gaz, les tarifs d’assurance des voitures, les impôts
locaux, etc. Cela alors que, selon l’institut de statistiques nationales Istat, la différence entre le rythme annuel
d’augmentation des prix (3,4 %) et celui de l’augmentation moyenne du salaire horaire (1,7 %) n’a jamais été aussi
haute.
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Quant à la réforme des retraites concoctée par le gouvernement Monti, elle s’inscrit dans la lignée des premiers coups
portés – par le gouvernement Dini en 1995 – et les aggrave. Les pensions ne seront plus indexées sur la hausse des prix,
la retraite par répartition cédera définitivement la place à la retraite par capitalisation et l’âge de départ est à
nouveau repoussé. À l’heure où les fermetures d’entreprises s’accélèrent et où les heures de chômage partiel
s’additionnent, ces mesures auront pour résultat de pousser vers la misère une génération de travailleurs licenciés et ne
retrouvant pas de travail, puisqu’ils devront attendre plus longtemps avant de pouvoir toucher des pensions amputées.
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Diviser pour mieux régner
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Assuré du soutien ouvert ou de la complicité déguisée de l’ensemble des partis politiques, le gouvernement Monti est
passé à la deuxième phase de sa politique antiouvrière. Il s’agit maintenant de « moderniser » l’économie sous
prétexte de permettre la « croissance » tant demandée par la Confindustria.
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Par la bouche de celle-ci, le patronat italien se pare de toutes les vertus : il ne demande qu’à créer de l’emploi bien
entendu mais, pour cela, l’État doit lui laisser les mains libres et se débarrasser de toutes les « pesanteurs » qui
le handicaperaient.
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La charge contre le « système politique » et l’État constitue aussi un dérivatif commode pour laisser dans l’ombre
les profits accumulés par la bourgeoisie. On a pu ainsi lire, au début de l’année, des pages de reportages de la grande
presse dénonçant les « privilégiés ». Mais il ne s’agissait pas des grands bourgeois, mais des élus qui accumulent,
en sus de salaires élevés, toutes sortes d’avantages. Il est vrai que les députés, dont la paye mensuelle est neuf fois
plus élevée que le salaire ouvrier moyen, sont bien mal placés pour parler des sacrifices nécessaires. Ces fidèles
serviteurs de la bourgeoisie, priés donc de « montrer l’exemple en ces temps de crise », devront peut-être finir par
renoncer à une partie de leurs avantages, si cela aide à faire accepter aux travailleurs les sacrifices sans s’en prendre à
la bourgeoisie et à ses profits.
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Les attaques contre certaines catégories de la petite bourgeoisie permettent également au gouvernement Monti de braquer les
projecteurs ailleurs que sur le grand capital. La dénonciation de l’évasion fiscale opérée par celles-ci – impossible
pour les salariés dont les impôts sont prélevés à la source – est un grand classique, auquel s’ajoute l’accusation de
défendre des privilèges corporatistes qui freineraient l’économie italienne. Des mesures ont été annoncées pour
s’attaquer notamment au numerus clausus existant pour les pharmaciens ou les taxis, comme si un nombre plus élevé de
pharmacies ou de taxis dans les rues allait vraiment influer sur la croissance !
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Le gouvernement fait en réalité d’une pierre deux coups, en ouvrant un peu plus ces secteurs au grand capital et en tenant
en même temps un discours démagogique contre les privilèges des petits bourgeois qui y sont présents. Il sait que ce
discours est bien accueilli par les partis de gauche et les syndicats, à qui il fournit un dérivatif auquel une partie des
salariés peut être sensible.
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C’est ainsi qu’en janvier le mouvement de protestation des artisans camionneurs et des pêcheurs, touchés notamment par
l’envolée du prix du gazole, a été accueilli comme la manifestation de leur « égoïsme catégoriel ». La
secrétaire de la CGIL Susanna Camusso l’a qualifié « d’irresponsable, dans cette période de difficulté de
l’économie italienne ». Une façon de prévenir les salariés, mais aussi la bourgeoisie, que ce ne sera pas la CGIL
qui organisera une riposte de ce genre aux mesures antiouvrières de Monti !
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La bourgeoisie à l’offensive
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« Redresser l’économie », « assurer la croissance » grâce à la « compétitivité des entreprises », ne
sont que des mots pour couvrir une offensive contre ce qui reste de droits et de protections pour les travailleurs. Là encore,
le gouvernement Monti ne part pas de rien. Ces vingt dernières années, de nombreuses mesures ont permis de vider d’une
grande partie de son contenu le droit du travail et notamment d’imposer une multitude de formes de contrats précaires.
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Dans ce domaine, c’est Marchionne, le PDG de Fiat, qui représente l’avant-garde patronale : depuis 2010, il est en effet
parvenu à imposer aux usines du groupe un nouveau régime, régi par des accords locaux qui aggravent considérablement les
conditions de travail et de rémunération des ouvriers.
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Le premier de ce genre a été imposé en juillet 2010 à l’usine de Pomigliano d’Arco, près de Naples. Il était alors
présenté comme une mesure exceptionnelle, liée à la situation locale. En réalité, il s’agissait de la première bataille
de Marchionne dans sa guerre contre les travailleurs de l’entreprise et pour la course aux profits. Pour se débarrasser du
contrat national de la métallurgie et de l’accord de 1994 sur la représentation syndicale, Marchionne a créé une New
company avec laquelle chaque ouvrier de Fiat devra signer un nouveau contrat individuel de travail. Il a ensuite engagé la
même offensive dans d’autres établissements du groupe.
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Les référendums organisés dans différentes usines, sur la base d’un chantage pur et simple à la fermeture, ne sont pas
passés sans mal malgré la signature immédiate des principales confédérations syndicales, à l’exception il est vrai de la
FIOM, fédération de la métallurgie de la CGIL, et de différents syndicats de base qui y sont présents tels que les COBAS,
formés par des militants en rupture avec la politique des confédérations.
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En fin de compte, dans les usines concernées, les travailleurs seront soumis à des conditions plus dures : diminution des
temps de pause, 18 équipes de six heures sur six jours travaillés, possibilité de ne pas payer les jours de maladie si une
commission juge le taux d’absentéisme anormal, heures supplémentaires obligatoires et grève contre ces heures
interdite, etc. Enfin, les syndicats non signataires de l’accord tels que la FIOM et les COBAS seront du même coup exclus
de la représentation syndicale.
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En fait Marchionne n’a été là que la pointe avancée de l’offensive patronale, puisqu’en juin 2011 l’accord national
signé entre la Confindustria et les grandes confédérations, CGIL comprise cette fois, a autorisé les entreprises à
envisager avec les syndicats des mesures en dérogation des contrats collectifs. Dès le mois d’août, l’accord était
intégré au deuxième plan d’austérité du gouvernement Berlusconi en lui donnant force de loi : les patrons n’auraient
même pas besoin de l’accord syndical pour revoir à la baisse les droits des travailleurs.
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Le contexte créé par la crise de la dette agit ainsi comme un puissant accélérateur de l’offensive du patronat pour se
donner les mains libres dans les entreprises. Bien sûr, l’existence de droits syndicaux et de lois du travail protégeant un
peu les travailleurs n’était pour les patrons qu’un frein très relatif, en l’absence d’un véritable rapport de forces
entretenu par les luttes ouvrières. Mais aujourd’hui, ils se sentent assez forts pour ne même plus s’embarrasser de
discussions avec les syndicats pour contourner les lois existantes.
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L’année 2012 s’est ouverte sur les déclarations de tous les porte-parole du patronat réclamant à cor et à cri la
disparition des « lourdeurs » et autres « aberrations » du droit du travail. Le tout, bien entendu, au nom de la
création d’emplois et de l’égalité. Ainsi, le directeur général de la Confindustria s’exclamait dans une interview
donnée le 4 janvier au quotidien La Repubblica : « Il faut dépasser le tabou sur les employés du service
public et y autoriser les licenciements, comme dans le secteur privé .» Et d’ajouter : « C’est bien sûr
socialement douloureux, mais c’est une mesure d’équité sociale. Les coûts de la crise ne doivent pas être uniquement
supportés par les employeurs et les travailleurs du secteur privé. Ils doivent peser également sur le secteur
public. » Le fait que des centaines de milliers d’emplois aient déjà disparu dans le secteur public et que les
augmentations de salaire y aient été bloquées ne semble pas peser lourd dans la mémoire de ce champion de l’égalité.
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Mais la cible principale de cette offensive pour la « modernisation du travail » et surtout contre ce que le patronat
nomme le « coût du travail », reste l’article 18 du Statut des travailleurs, qui prévoit la réintégration dans
l’entreprise d’un travailleur licencié sans juste cause. Depuis longtemps point de mire des patrons, l’article 18 avait
déjà été remis en cause par le deuxième gouvernement Berlusconi, en 2002. Une mobilisation très large contre sa
suppression avait alors été organisée par la CGIL. Elle saisissait là une occasion de regagner un crédit largement écorné
par son soutien aux mesures antiouvrières prises par le précédent gouvernement de Prodi, gouvernement dit de gauche qui avait
pourtant déjà largement introduit la précarité du travail. La GGIL avait d’ailleurs limité les objectifs de la
mobilisation de 2002 au maintien de l’article 18, sans essayer d’en faire une lutte contre la précarisation du travail en
général. Or, si le patronat a pu continuer à s’accommoder de l’article 18, c’est précisément parce que les lois que
le gouvernement Prodi avait fait passer permettaient de contourner l’interdiction de licencier par un large éventail de
contrats précaires.
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Aujourd’hui, cependant, le prétexte de la crise vient à point pour se débarrasser une fois pour toutes d’un article qui
garde au moins une valeur symbolique. Politiciens de tout bord, journalistes et autres analystes se relaient dans les médias
pour expliquer qu’il s’agit d’une anomalie, d’une « spécificité italienne qui n’existe nulle part ailleurs en
Europe et qui empêche les entreprises d’ajuster leurs effectifs et leur activité à la réalité économique ». Quant
à la CGIL, si elle a commencé par tempêter lorsque Monti a annoncé qu’il « avait été désigné pour accomplir les
réformes, pas pour les discuter et pour obéir aux vetos de quiconque », elle s’est radoucie dès l’annonce par
Monti qu’il y aurait bien entendu des négociations avec les partenaires sociaux sur toutes les mesures impliquant une
évolution du marché du travail.
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Dans une interview donnée à La Repubblica, Susanna Camusso a reconnu au nom de la CGIL « la nécessité des
réformes » tout en faisant mine de se battre pour que les sacrifices soient « équitables ». Quant à la défense
de l’article 18, si elle restait théoriquement incontournable, Camusso expliquait que « ce n’était de toute façon
pas le problème le plus urgent à poser ». Le seul souci de Camusso est visiblement, tout en s’apprêtant à capituler
devant Monti, d’essayer de ne pas perdre la face en pouvant prétendre qu’au moins il aura négocié avec la CGIL avant de
prendre ses mesures.
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Ces coquetteries entre partenaires sociaux et gouvernement confirment qu’il n’y a rien à attendre pour les travailleurs de
ces dirigeants syndicaux qui, sur le fond, sont d’accord avec le patronat pour dire que « le travail doit être
réformé » si l’on veut que l’Italie retrouve la croissance.
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La classe ouvrière doit avoir sa propre politique
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La fin du gouvernement Berlusconi, qui avait déjà été le champion des attaques contre la classe ouvrière, débouche sur la
mise en place d’un prétendu gouvernement technique qui annonce une politique encore plus offensive. Le gouvernement Monti
s’attaque au niveau de vie des travailleurs et de toute la population. Quant au patronat, il est décidé à profiter de la
situation pour s’en prendre à tout ce qui reste d’avantages sociaux et de droits des travailleurs, sans oublier les bonnes
affaires que le démantèlement programmé d’un certain nombre de services publics peut lui faire espérer.
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Les conséquences se font d’ores et déjà sentir : d’après les statistiques officielles, près de 800 000 postes de
travail ont été perdus depuis le début de la crise et les mesures de chômage partiel touchent un nombre de plus en plus
grand de travailleurs.
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Les hausses de prix s’ajoutent à cette baisse conséquente des revenus dans les familles ouvrières, pour aggraver
dramatiquement leur situation. Avec la hausse des taxes sur les carburants, le prix des transports a explosé et la spéculation
touche également les produits alimentaires, notamment les produits frais. La vague de froid qui a touché le pays en février,
et a fait plus de cinquante victimes, a également été l’occasion pour les requins petits et grands de la distribution
d’appliquer des hausses de 30 à plus de 70 % sur les fruits et légumes !
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Mais le plus grave pour la classe ouvrière italienne, c’est l’absence de perspectives politiques et de perspectives de
lutte. Cette offensive de la bourgeoisie se produit alors que les organisations historiques de la classe ouvrière ont réussi
à la désarmer presque complètement sur ce plan. Rappelons que le Parti communiste italien, le plus important des partis
communistes d’Europe occidentale dans les années soixante et soixante-dix, a non seulement trahi, mais liquidé purement et
simplement ses références communistes. Il a également justifié l’abandon de toute idée de lutte de classes, se mettant à
chanter les louanges des lois du marché. Et cette évolution de plus en plus marquée à droite, les directions syndicales
l’ont accompagnée en acceptant une série de reculs sociaux, là aussi en se justifiant par la désormais sacro-sainte
« loi du marché ».
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C’est cette absence de perspectives politiques du côté de la classe ouvrière qui laisse la place au renforcement des idées
les plus réactionnaires et à la démagogie de partis comme la Ligue du Nord. Le parti d’Umberto Bossi peut apparaître en ce
moment comme le seul s’opposant frontalement aux mesures du gouvernement Monti, en se mettant en mesure d’exploiter la
colère des petits bourgeois touchés eux aussi par la crise et l’austérité. Ceux-ci représentent sans doute son électorat
habituel, mais comment pourraient-ils se tourner vers une gauche qui n’a rien à leur proposer, si ce n’est ce qu’elle
propose à la classe ouvrière elle-même, c’est-à-dire l’acceptation des « sacrifices nécessaires » ?
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Il est urgent et vital que la classe ouvrière montre sa force et sa capacité à s’opposer à l’offensive du gouvernement.
Ses réactions sur le terrain des luttes, mais aussi sa prise de conscience politique seront déterminantes, non seulement pour
assurer sa propre survie, mais pour donner un avenir à l’ensemble des couches populaires en dehors de ce système capitaliste
en faillite. C’est aussi la seule façon de ne pas rejeter les nombreuses couches de la société qui subissent les effets de
la crise du côté de quelque démagogue réactionnaire au service du grand capital.
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15 février 2012
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