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Union Communiste Internationaliste
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Lutte de Classe version imprimable
N°138
septembre-octobre 2011
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Face à des dirigeants confédéraux en quête de reconnaissance par le pouvoir et le patronat -Redonner confiance aux travailleurs dans leur capacité à imposer leurs revendications vitales
Après des mois de silence, d’absence quasi ­totale de réactions face aux attaques permanentes subies par le monde du travail, les dirigeants des principales confédérations syndicales, CGT et CFDT, associés à ceux de la FSU, Solidaires et de l’UNSA, ont fini par lancer un appel, bien timide, à une journée d’action pour le 11 octobre.
Mais tout confirme, aussi bien dans l’accouchement de cette initiative que dans son contenu et ses modalités, la volonté de ne surtout pas offrir aux travailleurs une perspective de remobilisation. Le but de cette initiative se limite à rappeler que les confédérations continuent à exister, tant il est vrai que leur disparition de la scène a été un des faits marquants de la vie publique ces derniers mois.
Cette absence de réaction des dirigeants des confédérations syndicales a même été un des éléments de la démoralisation de millions de travailleurs face à l’offensive concertée et aggravée du patronat et du gouvernement. C’était en quelque sorte le pendant des discours de ces derniers répétant qu’il n’y a pas d’autre issue pour la classe ouvrière que d’accepter les sacrifices qui lui sont imposés et ceux qu’on lui concocte. Or, ce qu’il est urgent de rattraper, c’est le retard pris par les travailleurs à s’opposer à l’offensive du monde capitaliste, en ayant conscience que celle-ci continuera à s’aggraver.
La classe capitaliste est décidée à préserver et à augmenter ses profits malgré la crise, en aggravant l’exploitation dans les entreprises et en détournant à son profit le maximum de ce qui, dans le budget, finance des dépenses utiles à la population (système de santé, éducation, équipements collectifs pas assez rentables, etc.). Et comme la crise s’aggrave, les sacrifices demandés ne pourront que s’aggraver dans l’avenir. Dans ce contexte, chaque recul imposé est comptabilisé comme une petite victoire pour le camp des possédants et encourage ceux-ci à aller encore plus loin, à taper plus fort et plus vite.
C’est dire qu’il est vital d’opposer aux plans de la grande bourgeoisie, mortels pour l’avenir de millions de travailleurs, le plan de défense du monde du travail, capable de traduire en revendications essentielles les mesures permettant aux siens de garantir leur emploi, leur salaire, leur vie et leur avenir.
L’attitude des syndicats depuis la crise de 2008
Bien sûr, chacun a en mémoire les manifestations contre la réforme des retraites de l’automne 2010, et certains dirigeants syndicaux, comme à la CFDT, se servent de l’échec du mouvement pour justifier leur attentisme actuel. Seulement ce mouvement initié par les confédérations était déjà une exception dans une attitude générale de passivité face aux attaques en cours contre le monde du travail.
La crise financière, suivie de la crise économique, a éclaté à l’automne 2008. Très vite les licenciements ont commencé à pleuvoir, le patronat, et à sa tête les plus grands groupes, se servant de l’occasion pour tailler massivement dans les effectifs en même temps que le gouvernement les inondait de milliards d’argent public. En janvier 2009, les confédérations syndicales se décidaient enfin à mettre sur pied une première journée de grève et de manifestations à laquelle de nombreux travailleurs répondirent présent. Elle fut suivie rapidement d’une deuxième journée, le 19 mars, qui fut un incontestable succès. Des manifestations massives, avec des foules considérables dans certaines villes de province, rassemblèrent au total des millions de travailleurs dans tout le pays. Il y avait un commencement de changement de moral. Et c’est justement ce qui fit peur aux dirigeants des confédérations syndicales, qui mirent fin à ce début de mobilisation.
Ce qui marqua la période suivante, ce furent les contacts nourris entre le pouvoir et les dirigeants syndicaux. Certains glosaient sur les nombreux contacts entre Thibault et l’Élysée. On vit même une collaboration plus étroite s’établir. Ainsi à l’occasion du conflit Carterpillar où, face aux travailleurs en lutte contre un plan de plusieurs centaines de licenciements à Grenoble, on vit les responsables fédéraux des centrales syndicales, y compris ceux de la CGT, apporter un appui au gouvernement, en acceptant de contresigner, par-dessus la tête de leurs représentants locaux mis devant le fait accompli, l’accord concocté par le ministère de l’Industrie entérinant les licenciements, en s’opposant ainsi de front aux travailleurs en lutte. Ou encore, on vit les dirigeants syndicaux prendre leurs distances, voire condamner les travailleurs en lutte contre les licenciements, comme ceux de Continental. Ce fut encore l’époque où la CGT répondait avec enthousiasme à l’invitation de Sarkozy à participer aux États généraux de l’Industrie, valorisant ainsi la politique du gouvernement.
Mais en retour le gouvernement n’afficha que mépris à leur égard, refusant avec ostentation de les associer à l’élaboration de la réforme des retraites. C’est le sentiment de n’avoir pas été payés en retour, même pas un peu, pour leur attitude dans la période précédente, qui amena les dirigeants des grandes confédérations syndicales à appeler à la mobilisation contre le projet de loi gouvernemental. Les travailleurs répondirent présent à ces appels en participant par centaines de milliers aux manifestations organisées. Alors, certes, cette mobilisation resta quand même limitée, seuls certains secteurs entrèrent en grève. Dans l’industrie il n’y eut guère que les raffineries pour s’y lancer. Mais même si ce mouvement ne fit pas reculer le gouvernement et ne put imposer le maintien de la retraite à 60 ans, ce qui avait pourtant été notable, c’est la capacité de mobilisation qui existait encore dans le monde du travail, malgré l’attitude passée des dirigeants syndicaux.
Mais tout cela ne fut qu’une parenthèse.
L’accouchement d’une potentielle journée d’action…
Il aura fallu ensuite des mois pour que le principe d’une pseudo-journée d’action pour le 11 octobre soit arrêté, et encore plusieurs semaines pour que les modalités exactes en soient précisées.
Pendant ce temps, des grands groupes de l’industrie, du commerce ou de l’agroalimentaire préparaient, en même temps que l’annonce de bénéfices en hausse, de nouveaux plans de licenciements ou de fermetures d’usines, comme chez PSA, les groupes de ventes par correspondance, ou encore le nouveau géant mondial de l’industrie laitière, qui inaugurait son rachat du groupe italien Parmalat et sa place de numéro un mondial par l’annonce de la fermeture d’une de ses usines historiques dans les Vosges. Du coup le chômage a encore augmenté, avec comme conséquence immédiate l’appauvrissement brutal de toute une partie de la classe ouvrière.
Pendant le même temps également, les salaires de millions de travailleurs étaient au mieux bloqués, quand ils ne baissaient pas purement et simplement. Car de grandes entreprises en sont à demander de plus en plus du travail gratuit en échange d’une hypothétique garantie temporaire de l’emploi. Quand elles ne proposent pas de baisser les salaires, de 23 % comme le sous-traitant automobile Montupet. Et dans les magasins c’est la valse des étiquettes et les prix qui s’envolent, avec des salaires qui perdent toujours plus de pouvoir d’achat, et une situation insupportable pour des millions de familles de milieux populaires.
Alors, le décalage entre ce qui serait nécessaire et ce qui est proposé est considérable.
Il a fallu attendre le 1er septembre 2011 pour que l’appel à une journée d’action soit enfin annoncé pour le 11 octobre. D’entrée, Chérèque, pour la CFDT, a donné le ton en faisant état de ses réserves vis-à-vis de tout appel à la grève à l’occasion du 11 octobre. Mais ce que proposait le bureau confédéral de la CGT n’était guère plus brillant. Dans sa déclaration du 26 août, annonçant son intention d’appeler à une journée début octobre, voilà ce qui était annoncé : « Nous nous prononçons pour que l’intersyndicale s’oriente sur l’organisation d’une journée de mobilisation interprofessionnelle au début octobre avec l’organisation de manifestations et la mise en débat de grèves décidées dans les entreprises avec les salariés. »
Bernard Thibault peut bien pérorer ensuite à la radio à propos du 11 octobre en déclarant que « personne ne pouvait présager de l’ampleur de cette mobilisation », ajoutant : « Pour ce qui nous concerne, nous allons tout faire pour qu’elle soit de haut niveau. » Mais ce que propose le bureau confédéral de la CGT est-il si différent des propositions de la CFDT qui par la voix de Chérèque déclare : ce sont « les salariés qui doivent décider de l’action syndicale » ? Ce que voudraient bien savoir d’abord les travailleurs c’est ce que proposent les dirigeants syndicaux pour mettre en échec la politique commune du patronat et du gouvernement. Ni Thibault ni Chérèque ne proposent un quelconque plan d’action dont le 11 octobre serait la première étape. Et la prétendue combativité des dirigeants de la CGT n’est entretenue que par la soumission affichée des autres.
Sans parler de FO dont les dirigeants déclarent : « Tout le monde sait qu’une journée de manifestations ne changera rien et que cela relève plus de stratégies syndicales diverses et de communication qu’autre chose, représentativité et élections obligent », se félicitant quant à eux des contacts noués avec le gouvernement.
Il ne s’agit pas d’une fausse discussion pour savoir si tout est possible tout de suite, ni de dire qu’il suffirait d’un seul appel pour que la classe ouvrière se dresse d’un coup, unie et en état de combat. Oui, le premier objectif c’est de redonner confiance aux travailleurs dans leur capacité de résister et d’inverser le cours des choses. Mais pour cela encore faudrait-il commencer par expliquer les enjeux, la nécessité d’une contre-offensive unie et déterminée du monde du travail. Expliquer que chaque problème particulier rencontré par chacun dans son entreprise est une partie d’un tout unique, le plan d’attaque du monde capitaliste contre le monde du travail. Et qu’en conséquence il s’agit de préparer une contre-offensive concertée de l’ensemble du monde du travail. Le minimum étant d’appeler déjà l’ensemble des travailleurs, toutes corporations confondues, privé comme public, à une journée de grève et à des manifestations permettant de vérifier la force des travailleurs en lutte et de se compter.
Ce pourrait être alors une étape sur la voie de la remobilisation des travailleurs, en leur donnant l’envie de participer à une première action qui se placerait dans une telle perspective. Mais voilà justement ce que les dirigeants confédéraux ne font et ne feront pas.
Et s’il fallait se convaincre qu’il s’agit bien d’une démission collective des dirigeants des grandes confédérations syndicales, il suffirait de s’en rapporter à ce qui est revendiqué.
… sur des objectifs inacceptables
Le 18 août dernier, avec comme ligne de mire l’initiative de rentrée, le communiqué commun CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA définissait ainsi les objectifs de l’action à venir : « L’intersyndicale, réunie ce jour, demande la tenue d’une véritable concertation sociale avec le gouvernement et le patronat pour examiner les mesures à prendre pour soutenir la croissance, soutenir l’emploi et réduire la dette tout en garantissant la cohésion sociale. » En dehors de la « véritable concertation » on a du mal à voir ce qui différenciait ces objectifs des déclarations d’intention du gouvernement.
Pas une seule réponse aux préoccupations majeures du monde du travail, pas une revendication concrète sur les moyens de mettre fin aux licenciements, aux salaires de misère, au recul vers la pauvreté de millions de travailleurs.
Il serait bien naïf de penser qu’il s’agissait d’une concession tactique pour aboutir à un texte commun, et que les dirigeants de la CGT, le plus puissant des syndicats non seulement en termes de voix mais surtout de capacité militante, allaient repréciser ce qu’ils défendaient.
L’occasion leur en fut donnée le 26 août. Ce jour-là, au nom du bureau confédéral Bernard Thibault rendait publics les axes revendicatifs de la CGT, présentés comme « les dix exigences pour cette rentrée qui seront autant d’axes de campagne dans les entreprises, les professions, les territoires ». Bref, était enfin révélé le plan de bataille de la direction de la CGT.
Voici ces « dix exigences » telles qu’elles sont présentées dans le document confédéral :
« 1) Conditionner toute aide publique au respect de critères portant sur l’emploi, les politiques salariales des entreprises et donner des moyens d’intervention aux salariés sur le bien-fondé de l’usage de ces aides.
2) Supprimer les exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires. »
3) Bien que la CGT rappelle pour mémoire que  “la CGT revendique le smic à 1 700 euros”, l’exigence mise en avant dans ce point sur les salaires est la suivante : « Il faut agir sur les salaires dans le privé et dans le public. Nous revendiquons l’ouverture des Négociations annuelles obligatoires par anticipation au titre de 2012. La réouverture des négociations salariales dans la fonction publique.
4) Développer les politiques publiques et notamment donner les moyens indispensables aux politiques d’éducation, de santé, de recherche.
5) Stopper les suppressions d’emplois, voire créer de nouveaux postes dans la fonction publique et les services publics.
6) Il faut contraindre les entreprises à examiner sérieusement toutes les alternatives aux licenciements.
7) Il faut réformer la fiscalité.
8) Créer un pôle financier et établir un mécanisme de crédits à taux réduits pour favoriser l’investissement.
9) Au plan européen et international, il faut taxer les mouvements spéculatifs de capitaux et éradiquer les paradis fiscaux.
10) Mettre en place un fonds européen de solidarité sociale et de développement économique. »
Certes, parmi les militants certains pourront peut-être y trouver leur compte. Mais pour l’essentiel il ne s’agit pas d’une plate-forme revendicative de lutte, mais de demandes, voire de conseils, tout à fait compatibles avec ce que peuvent avancer les candidats du PS à la présidentielle. Et même pour certains points, comme les trois derniers, cela reprend ce qu’avance Sarkozy lui-même.
Quant aux deux problèmes vitaux pour le monde du travail, les salaires et les licenciements, les revendications de la CGT ne sont pas, pour le moins, à la hauteur des enjeux.
Tout d’abord sur les salaires. Mettre comme première exigence « l’ouverture immédiate des Négociations annuelles obligatoires par anticipation au titre de 2012 », c’est renvoyer les militants et les travailleurs vers ce qui est dans la loi, avec le cinéma stérile auquel cela aboutit. C’est-à-dire des réunions avec les employeurs qui se terminent par… l’annonce par les patrons de ce qu’ils ont décidé : aucune augmentation la plupart du temps. Pire, cela renvoie les travailleurs isolés dans chaque entreprise, voire dans chaque établissement, face à leur patron, alors que l’urgence serait de rompre l’isolement fatal aux travailleurs et de les rassembler dans une lutte commune pour des revendications communes face au patronat et au gouvernement.
Quant aux licenciements, la revendication confédérale « contraindre les entreprises à examiner sérieusement toutes les alternatives aux licenciements » a vraiment de quoi désemparer les militants syndicaux confrontés partout dans le pays à ce drame des licenciements. « L’examen des alternatives aux licenciements », ils ne connaissent que ça, avec les parlottes sans fin autant qu’inutiles qui ont lieu dans les comités d’entreprise et toutes les autres instances où les patrons présentent avec arrogance leurs plans destructeurs d’emplois et de basculement vers le chômage de longue durée et les désastres qu’il entraîne. Des « alternatives aux licenciements » ont été présentées dans des centaines d’entreprises, quand les patrons se servent de ce chantage pour demander des cadences accrues, des salaires baissés, du travail gratuit, prélude bien souvent aux licenciements qui tombent ensuite sur des travailleurs démoralisés par les reculs précédents subis en vain. C’est d’ailleurs la loi qui a intégré cette recommandation en cas de licenciement collectif, avec le succès que l’on sait.
Cette plate-forme présentée par la CGT n’est pas anecdotique. Dans son courrier du 8 septembre adressé à toutes les instances dirigeantes de la CGT, le bureau confédéral rappelle que la commission exécutive de la confédération « appelle à irriguer les 10 exigences de la CGT au plus près des salariés par leur mise en débat dans chaque entreprise, afin de les traduire pour chaque salarié en revendications justes, précises et portées par tous. »
Sans surprise, le communiqué commun CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires d’appel au 11 octobre est lui aussi sur la même ligne. Sur l’emploi il énonce : « Faire de l’emploi, en particulier des jeunes, une priorité. » Toujours rien contre le droit des patrons à licencier. Et sur les salaires, le même creux : « Soutenir le pouvoir d’achat notamment des plus bas revenus et rouvrir les négociations salariales dans les entreprises.»
Mais si tout cela juge ceux qui se présentent comme les représentants attitrés des travailleurs, il revient au monde du travail et à ses militants sincères de défendre dès maintenant le programme qui permettra dans les combats à venir de garantir la peau de millions d’exploités.
Défendre les revendications vitales pour le monde du travail
Bien sûr, nul ne sait aujourd’hui quel sera le mauvais coup de trop qui fera exploser la colère et la rage rentrée depuis si longtemps. Mais si on peut faire confiance pour cela aux capitalistes et aux gouvernants, il n’en reste pas moins qu’il est absolument nécessaire dès maintenant de préparer ces échéances en armant les travailleurs du programme revendicatif à la hauteur des enjeux, capable de garantir durablement les emplois et les salaires des travailleurs, et plus généralement d’en finir avec le pouvoir absolu du patronat sur l’économie.
Les luttes à venir seront dures, d’autant plus qu’encore une fois les travailleurs ont pris un retard certain sur la conscience de ce que ceux d’en face leur préparent. Pour que les combats à venir en vaillent la peine, pour les rendre crédibles devant la masse des travailleurs, et surtout pour ne pas manquer le coche quand la combativité ouvrière sera au rendez-vous, il faut défendre dès aujourd’hui les revendications capables de répondre à ces deux problèmes majeurs : le chômage et les salaires.
Il faut imposer l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans perte de salaire. Ce n’est pas une revendication suspendue dans les airs, mais dans de multiples entreprises, de PSA à Montupet, en passant par Continental, Renault, dans toute l’automobile, dans l’industrie, comme chez ArcelorMittal, l’informatique, dans l’industrie agroalimentaire, dans les grandes entreprises du commerce, mais aussi dans la finance, les banques et les assurances, où des dizaines de milliers de suppressions d’emplois seraient en gestation, ce serait la seule réponse efficace aux plans patronaux. Aussi bien pour ceux qui sont menacés aujourd’hui que pour ceux qui le seraient demain à leur tour. Cela veut dire contraindre le patronat à prendre sur ses profits, ceux amassés hier comme ceux d’aujourd’hui et de demain.
Et pour être en état de se défendre, il faut que les travailleurs puissent savoir ce qui se prépare contre eux, des mois, voire des années à l’avance. Cela passe par le contrôle des travailleurs sur les comptes ouverts et cachés des entreprises, en commençant par abolir le secret des affaires. Ceux qui savent ce qui se prépare dans le secret doivent pouvoir le dire sans risques. Du cadre, en passant par les secrétaires, des techniciens, des ouvriers, aux gens du ménage, bien des travailleurs peuvent être témoins de tout ou partie ce qui se concocte dans les bureaux des directions d’entreprises et au-delà. À chaque fois que les bouches s’ouvrent, que quelqu’un se met à rendre public ce qu’il sait, les travailleurs apprennent des choses. Seulement, cela ne peut se faire que de façon anonyme, à cause des risques encourus, y compris vis-à-vis de la loi, ou alors quand les luttes ont changé le rapport de forces, et quand par exemple l’encadrement se trouve lui-même attaqué et a rompu les liens de soumission à l’employeur. Eh bien, ce droit à la parole pour tous devrait devenir la règle et ceux qui l’utilisent être protégés contre les représailles. Il n’y a pas de secret qui tienne quand la vie de dizaines de milliers de familles est en jeu.
Et puis il y a le problème tout aussi vital des salaires et des pensions. Chacun peut constater que la grande masse des travailleurs et des retraités ne peut plus vivre normalement avec ce qu’ils touchent aujourd’hui. Il est vital de revaloriser massivement les salaires et les pensions afin de les porter à un niveau qui permette à tous de vivre dignement. Mais il ne s’agit pas d’accepter d’être payé avec de la monnaie de singe, et de voir disparaître en quelques mois ou quelques semaines les augmentations de salaire qui auraient été gagnées au cours de la lutte, par le simple jeu de l’inflation et de la hausse des prix. Dans toutes les luttes du passé c’est ce qui est arrivé. La hausse des prix est le moyen classique de faire baisser les salaires réels, c’est-à-dire leur pouvoir d’achat.
Avec les hausses de prix actuelles, qui touchent les dépenses vitales des milieux populaires, la nourriture, le logement, le gaz, l’électricité, les carburants, on se rend compte qu’en même temps que la remise à niveau des salaires et des pensions, il faut imposer la revalorisation automatique de ceux-ci en fonction de la hausse réelle des prix, à travers l’échelle mobile des salaires et des pensions. Les patrons le font eux, automatiquement, pour les prix de ce qu’ils vendent. Au nom de l’augmentation des matières premières, les produits laitiers, le pain, les pâtes, le riz, la viande sont augmentés. Idem pour les carburants et le gaz, idem pour les produits industriels avec, nous dit-on, l’augmentation du prix de l’acier et du reste. Pour les patrons, les chefs d’entreprise, le gouvernement, c’est normal et juste, ce serait même une obligation économique, disent-ils ; il n’y aurait pas d’alternative à cela, ils doivent répercuter toutes ces hausses sur le prix de ce qu’ils vendent. Eh bien, il n’y a aucune raison que ce ne soit pas la même chose pour les salaires et les pensions, qui sont la seule source de revenus pour les classes populaires. Les travailleurs, eux, n’ont que leur force de travail à vendre, ce qu’ils en reçoivent comme salaire doit au moins garder sa valeur d’achat pour leur permettre de vivre aussi bien, et même mieux qu’hier. Un salaire de misère, c’est une vie de misère, et ce n’est pas acceptable. Voilà pourquoi il est vital d’imposer cette échelle mobile des salaires et des pensions en même temps que leur revalorisation.
Réarmer moralement les travailleurs, préparer les conditions du succès de la contre-offensive à venir
Les dirigeants des confédérations syndicales restent avec leur objectif de faire valoir leur place dans le cadre du système au titre de « partenaires », comme ils aiment à s’appeler eux-mêmes. Certes sociaux, comme ils le précisent, mais partenaires tout de même auprès du patronat et du pouvoir. Mais dans la guerre de classe en cours, il faut choisir son camp. Et celui des travailleurs est inconciliable avec celui des possédants et des politiciens qui les servent. Refuser de remettre en cause les fondements de l’économie capitaliste, prétendre œuvrer à sa réforme, et donc à sa sauvegarde, comme toutes les confédérations le font, est non seulement impossible, car la crise actuelle est le fruit de ce système, mais c’est encore et surtout une duperie. Tous savent que, pour le monde du travail, les coups à recevoir en vue de maintenir les profits de la grande bourgeoisie seront encore pires demain. Tenter de faire croire aux travailleurs qu’il suffirait « d’une volonté politique », comme par exemple un changement de majorité gouvernementale, pour résoudre le chômage et les salaires de misère, c’est les anesthésier et les désarmer face aux épreuves qui les attendent.
Il appartient aux militants sincèrement attachés à l’avenir de leur classe de faire ce que les dirigeants confédéraux refusent : tout faire pour redonner confiance aux travailleurs dans leur force, dans leur capacité à arracher ce qui est vital pour tous, en défendant ces idées inlassablement autour d’eux, devant tous leurs camarades de travail.
Il n’y a pas de fatalité aux reculs incessants subis par les classes populaires. Il s’agit d’un problème de rapport de forces. Si le rapport de forces entre le camp des exploiteurs et celui de la classe ouvrière est en faveur des possédants, c’est que la classe ouvrière jusqu’à aujourd’hui a subi les coups sans réagir à la hauteur des attaques. Les travailleurs doivent faire face au chantage permanent à l’emploi dont usent et abusent les employeurs pour imposer reculs sur reculs. Ces derniers s’appuient pour cela sur la situation de l’emploi, les millions de chômeurs, l’angoisse de basculer, comme toute une partie du monde du travail, vers la précarité et la misère. Mais les travailleurs ne subiront pas éternellement ce chantage et sauront surmonter cette mise en condition, et ils se soulèveront pour combattre cette situation de plus en plus insupportable. La classe ouvrière en lutte a le pouvoir de tout changer lorsqu’elle est consciente de ses intérêts de classe. C’est elle qui fait tout fonctionner dans cette société, la force de millions de travailleurs décidés à défendre leur peau et leur avenir est irrésistible, si leur combat n’est pas dévoyé.
Ce sont ces capacités à inverser le cours des choses que les militants attachés au sort de leur classe doivent sans cesse rappeler. Et puis, il faut mettre en avant les revendications pour lesquelles cela vaut la peine de se battre et d’assumer les sacrifices nécessaires à la lutte. C’est-à-dire des revendications capables de modifier durablement le rapport de forces entre exploités et exploiteurs et garantissant aux classes populaires les moyens de vivre. C’est le moyen de donner un sens à l’explosion sociale à venir, et de se prémunir face aux tentatives, qui ne manqueront pas alors, de dévoyer l’énergie de millions de travailleurs mobilisés vers des impasses et des faux-semblants.
En tout cas voilà l’urgence. Défendre le programme qui traduise dans les faits le refus de payer les frais de la crise de l’économie capitaliste, assurer la vie des classes populaires, c’est le meilleur moyen de préparer les travailleurs aux échéances de lutte qui les attendent. Voilà ce à quoi peuvent s’atteler dès maintenant ceux qui n’ont comme seule préoccupation que le sort de la classe ouvrière.
19 septembre 2011
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