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Union Communiste Internationaliste
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Lutte de Classe version imprimable
N°136
mai-juin 2011
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Côte d’Ivoire
Ainsi donc, grâce à l’intervention de l’armée française stationnée en permanence à Abidjan, l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, a été délogé du palais présidentiel, arrêté et emmené en résidence surveillée dans le nord du pays. Alassane Ouattara, son rival, qui a bénéficié du soutien des grandes puissances impérialistes et des États africains, est devenu président de la République.
Et Sarkosy peut bien parader à Yamoussoukro, la capitale administrative pour l’investiture officielle, les médias se désintéressent désormais de ce pays, considérant que la légalité l’a emporté, que l’économie de la Côte d’Ivoire va redémarrer, que les dégâts seront réparés et qu’en somme, tout va pour le mieux dans la meilleure des Côte d’Ivoire… Voilà pour le côté jardin.
Cet avenir rose est sans doute celui de la « nouvelle » équipe au pouvoir, en intégrant dans cette catégorie non seulement ceux qui ont soutenu Ouattara tout au long de son conflit avec Gbagbo, mais aussi les ralliés de la dernière heure, voire de la dernière minute. Ouattara a tenu en effet à récupérer tout ce qui peut l’être de l’appareil d’État en service sous Gbagbo : hauts fonctionnaires, militaires de haut rang, et bien d’autres. Ouattara avait tout de suite annoncé la réconciliation nationale, qui ne concerne que les hautes sphères du pouvoir, à l’exception du moins de la famille de Gbagbo, sa proche parentèle et ceux qui ont été stupides au point de s’accrocher à l’ancien président même après son arrestation.
Peuvent être heureux aussi les possesseurs de capitaux, les propriétaires des entreprises, dont un bon nombre sont français. Les banques ont en effet rouvert leurs portes, les affaires ont redémarré, et Ouattara leur a promis de les dédommager des dégâts causés.
En somme, cela concerne quelques milliers de personnes dans le pays.
Quant aux autres, l’écrasante majorité de la population, les ouvriers, les paysans pauvres, les enseignants, les petits fonctionnaires, ils retrouvent la pauvreté, voire la misère, d’avant la guerre civile, aggravée encore par les hausses de prix, par les pillages et les destructions des bandes armées. Et à ces difficultés matérielles, s’ajoutent les conséquences morales d’une guerre civile aux relents ethnistes infusés par les dirigeants des deux bords.
La guerre civile plus ou moins finie, la guerre sociale, menée par les riches contre les pauvres de ce pays, n’a même pas à reprendre, elle n’a jamais cessé.
Sur la situation actuelle de la Côte d’Ivoire, nous laissons la parole à nos camarades de l’Union africaine des travailleurs communistes internationalistes et à leur publication Le Pouvoir aux Travailleurs (n° 171 du 24 avril 2011).
Quelques mots d’explication pour comprendre certains sigles et noms dans l’article ci-dessous.
FDS : fraction de l’ancienne armée de la Côte d’Ivoire qui est restée du côté de Gbagbo pendant les années de sa présidence et qui l’a soutenu dans la guerre civile récente.
FRCI : fraction de l’armée qui s’est rebellée en septembre 2002 et qui a imposé la sécession de fait du nord du pays qu’elle a dominé. C’est cette fraction de l’armée, sous la direction politique de Guillaume Soro, qui a pris le parti de Ouattara.
Quant à Ibrahim Coulibaly, dit « sergent-chef IB », il était chef de guerre dans le camp du Nord, c’est-à-dire soutenant Ouattara, mais menant un jeu personnel, en rivalité avec Guillaume Soro. Il avait joué un certain rôle dans l’organisation de la résistance à Gbagbo dans la commune d’Abobo. Au moment où l’article a été écrit, il avait des fidèles et des miliciens dans Abobo et risquait de poser un problème au nouveau pouvoir de Ouattara-Soro. Ces derniers ont réglé le problème : Ibrahim Coulibaly vient d’être assassiné !
Par la grâce de l’impérialisme français,le clan Ouattara s’installe au pouvoir
Après une parodie électorale qui n’a pas pu les départager, la lutte pour le pouvoir a été tranchée par les armes. Au bout de plusieurs jours de combats, Gbagbo et son clan ont fini par être écrasés par les troupes françaises, qui ont préféré Ouattara à Laurent Gbagbo.
Dans les quartiers populaires, il y en a qui sont déçus de la défaite du clan Gbagbo. D’autres se réjouissent de la « victoire » du clan Ouattara. Ce qui est certain, c’est que Gbagbo comme Ouattara sont dans le même camp, celui des riches.
Comme il fallait s’y attendre, la première mesure proposée par Ouattara est en faveur des riches. Il leur a promis que l’État dédommagera ceux d’entre eux qui ont subi des pertes suite aux pillages. Les plus riches empocheront ainsi de l’argent, à commencer par les capitalistes français. Mais ce ne sera certainement pas le cas des petits boutiquiers de quartier qui ont été pillés ! Oh, l’argent des indemnisations sera peut-être bien décaissé des caisses de l’État mais on peut faire confiance à ces « nouveaux » venus au pouvoir pour s’en mettre plein les poches, comme savaient le faire les « refondateurs ».
Quant aux populations pauvres – certains ont eu leur maison pillée – qui subissent de plein fouet les effets de cette guerre qui ne les concerne pas, Ouattara n’a proposé aucune mesure semblable à celles proposées aux riches. Il s’est juste contenté de déclarer qu’il « partage leur douleur ». Pourtant le prix du kilo de riz est passé par moment de 350 F à 800 F ; le litre d’huile de 900 F à 2 500 F ; la boîte de charbon de 200 F se vendait jusqu’à 1 000 F dans certains quartiers. Même en admettant que les prix des marchandises reviennent à leur prix initial, quel ouvrier a l’argent pour payer ? Même ceux d’entre nous qui avons encore un emploi, nous n’avons plus de revenu depuis plusieurs jours. De plus, depuis bien longtemps, notre salaire ne vaut rien à côté du coût de la vie. Pourtant, si aux riches Ouattara a promis de l’argent, pour nous les travailleurs, il n’a rien !
Alors, camarades ouvriers, si nous ne voulons pas crever de faim, il n’y a pas deux solutions ! Il nous faudra nécessairement, tôt ou tard, engager la lutte contre les riches qui nous exploitent ! Ouvriers bété, dioula, burkinabé, ébrié, baoulé, nous devons nous unir ! C’est seulement ainsi que nous pouvons espérer changer notre situation !
Nous devons nous préparer à combattre, non seulement les riches qui nous exploitent, mais aussi le gouvernement qui se mettra inévitablement sur notre chemin. Nous aurons à lutter contre la même police, la même gendarmerie, la même armée, les mêmes bandes de racketteurs, de pilleurs et d’assassins qui s’en prennent surtout aux pauvres ! Ouattara remettra en service les mêmes juges et les mêmes inspecteurs du travail corrompus que sous Gbagbo. Le pouvoir a changé de main mais l’appareil d’État reste le même. Il œuvre pour les riches, contre tous les pauvres !
Les populations pauvres n’ont pas fini de payer le prix de l’affrontement armé entre les clans Ouattara et Gbagbo
Après un peu plus de quinze jours d’arrêt des activités économiques dans la ville d’Abidjan, la situation revient petit à petit à la « normale » depuis le lundi 18 avril. Le clan Ouattara, épaulé par les forces françaises, a fini par écraser militairement les forces armées de Gbagbo. Aujourd’hui, des gens armés, il y en a partout. Les populations pauvres sont loin d’avoir fini de payer les conséquences de cette guerre entre bandes rivales. Qui sont ces gens armés ? Qu’adviendra-t-il d’eux ?
Les FDS
Dans leur écrasante majorité, exceptée la garde républicaine et peut-être une partie de la marine, on a vu que les FDS n’ont pas participé à cette guerre. Oh, non pas parce qu’elles n’ont pas été invitées par l’un ou l’autre clan, mais parce qu’elles sont constituées essentiellement d’éléments formés non à combattre une autre armée, mais spécialisés dans le racket, particulièrement le racket des populations pauvres non organisées et vulnérables.
Cette « armée » continuera, comme par le passé, à toucher salaires et primes, et à être choyée. Cette fois-ci par le nouveau pouvoir. Pour l’instant, les FDS ne sont pas en mesure de reprendre le racket des populations pauvres, les FRCI leur ayant pris la place. D’ailleurs, plus d’une semaine après la reddition de Gbagbo, on ne les voit toujours pas, ni sur les voies publiques, ni dans les commissariats.
Les miliciens de Gbagbo
Qui sont-ils et combien sont-ils ? À Abidjan, il s’agit, pour la plupart, de désœuvrés gagnés par la haine contre les Dioulas. Ils sont xénophobes et il y a chez eux un petit relent anti-français. Il s’agit de ces jeunes qui s’étaient portés candidats à l’enrôlement organisé par Blé Goudé et le général Mangou, quelques jours avant l’offensive des FRCI. Ceux qui ont été recrutés ont peut-être trouvé un revenu et aussi l’espoir, un jour, de se faire enrôler dans l’armée ivoirienne et de bénéficier aussi de ses avantages.
Avec la défaite du clan Gbagbo, plusieurs de ces miliciens ont certainement été désarmés par les FRCI. Mais ceux d’entre eux qui sont dispersés dans les quartiers disposent toujours d’armes et de munitions. S’ils échappent au désarmement et aux perquisitions, quel intérêt ont-ils à rendre leurs armes ? Ouattara a-t-il les moyens de les désarmer de force ? Il semblerait, en tout cas, que les hommes de Ouattara ont quelques difficultés à demander à leurs soldats du FRCI d’aller se frotter aux miliciens qui leur résistent à Yopougon. C’est à croire que les FRCI obéissent aux ordres de leur hiérarchie uniquement quand ils ont quelque chose à gagner. Or, ils ont justement tout à perdre à aller faire la guerre à Yopougon, y compris le butin que chacun d’entre eux a pu accumuler dans leurs rapines.
Par ailleurs, des miliciens ayant combattu pour Gbagbo et qui sont toujours armés, il n’y en a pas qu’à Abidjan. Ils sont nombreux dans les villes et villages côtiers et lagunaires. Ils sont aussi nombreux à l’ouest, le long de la frontière libérienne.
Les « commandos invisibles »
Dans la commune d’Abobo aussi, des combattants se réclamant du sergent-chef IB (Ibrahim Coulibaly) refusent pour l’instant de déposer les armes. IB conditionne le désarmement de ses troupes à une reconnaissance par le nouveau pouvoir des services rendus. Il estime que ce sont les « commandos invisibles », dont il réclame la paternité, qui ont ouvert la brèche à Abobo contre les forces armées de Gbagbo. Que revendique donc IB ? Pour lui, peut-être de l’argent en plus de l’impunité. Pour une partie de ses troupes peut-être aussi l’enrôlement au sein de la future armée de la Côte d’Ivoire. Il est difficile de savoir ce qui se passe dans les coulisses des négociations, si négociations il y a. Pour l’instant, Ouattara et Soro ne semblent pas vouloir lâcher quelque chose à IB et à ses miliciens. Ouattara les a même sommés de déposer les armes.
Accessoirement, on peut se poser aussi la question de savoir quelle est la proportion de miliciens recrutés par IB, ou de ceux qui se réclament de lui, parmi ces « commandos invisibles » ? Quelle est la proportion des pro-Ouattara ? Quelle est la part des « volontaires », uniquement guidés par l’opportunité de posséder une arme et d’en faire usage pour racketter les populations pauvres et piller ? Il est difficile d’y répondre. Ce qui est certain, c’est que dans cette situation de désordre et de misère, tous ceux-là continueront à tuer, à piller et à semer la peur dans les quartiers pauvres.
Les FRCI
Les soldats de Soro-Ouattara appelés FRCI sont un mélange de Force nouvelle (FN), c’est-à-dire d’ex-FDS mutinés en 2002 auxquels s’étaient ajoutés des miliciens recrutés en 2002. À ceux-là se sont maintenant ajoutés quelques milliers de miliciens nouvellement recrutés au Nord pour combattre les troupes de Gbagbo. Ce sont essentiellement des paysans et des désœuvrés des villes, auxquels se sont peut-être ralliés aussi des éléments recrutés parmi les désœuvrés dioulas d’Abidjan. Dans tous les cas, l’écrasante majorité des FRCI sont des ressortissants du Nord.
Les FRCI sont aujourd’hui les maîtres d’Abidjan. Ils sont partout : ils surveillent aussi bien l’intérieur des quartiers que les grandes artères. Ils règlent la circulation. Ils sont devant les magasins et les stations d’essence. Ils surveillent les bâtiments administratifs. Ils empêchent les bandes de pilleurs d’agir. Eux-mêmes tuent, volent et pillent en toute impunité.
Qui paie ces FRCI ? Manifestement, ils se paient pour l’essentiel eux-mêmes. On peut imaginer que leurs chefs, les Chérif Ousmane, Koné Zackaria, Wattao, Vetcho, Morou et au-dessus d’eux, les Soro Guillaume, palpent de l’argent pour le compte de ces combattants. Mais quelle est la part d’argent détournée par la hiérarchie ? Le fait que ces soldats rechignent aujourd’hui à aller combattre les miliciens à Yopougon, n’est-ce pas un signe qu’ils n’ont pas vraiment de comptes à devoir rendre à leurs hiérarchies ?
Que peuvent maintenant espérer ces FRCI ? S’enrôler dans la future armée de la Côte d’Ivoire ? Pour l’écrasante majorité, certainement pas. Ouattara n’en saura quoi faire ! Il a d’ailleurs déjà beaucoup à faire avec les FDS et les FN.
Ce qui implique à terme le désarmement de ces FRCI et leur renvoi à leur occupation initiale. Mais encore faudrait-il pouvoir le leur imposer, d’autant plus qu’ils auront eux aussi des revendications, notamment un pécule à exiger. Qui pourra les désarmer ? Les FDS ?
Le danger pour les populations pauvres
Ouattara ayant atteint son objectif, qui était d’accéder au pouvoir, a aussitôt déclaré : « La guerre est finie. Il faut que tout le monde dépose les armes ». Mais le passage du discours aux actes est plus que problématique. Qui sera donc chargé d’exécuter ce désarmement des coupeurs de routes qui sèment la terreur un peu partout, des miliciens de Gbagbo, à Abidjan, dans les villes et villages, comme ceux, nombreux, dans l’ouest du pays. Il y a IB et ses « commandos invisibles ». Il y a les « volontaires ». Et pour finir, il y a aussi les FRCI qui, eux, se comptent par milliers.
Ce n’est pas demain la veille que tout ce monde sera désarmé. En attendant, toutes ces bandes armées feront comme les FDS et les FN, elles sèmeront la mort et parasiteront les populations pauvres, déjà dans la misère.
Ce n’est certainement pas Ouattara qui pourra les empêcher de se comporter comme des bandits envers les populations pauvres, même s’il le voulait. Lui et son clan, les Bédié, les Soro, les Mabri et autre LMP, seront bien plus occupés à se disputer les postes lucratifs, à servir les riches et à se servir eux-mêmes !
Histoire d’une folle journée dans l’enfer des miliciens pro-Gbagbo à Yopougon
Voici le témoignage d’un ouvrier du bâtiment qui est parti voir sur son lieu de travail, situé à Yopougon Niangon-sud, route Azito.
« Ce vendredi 22 avril, après trois semaines d’absence, j’ai décidé de me rendre sur mon chantier où j’ai laissé deux cousins qui sont restés sur place pour surveiller le matériel. Le gbaka qui nous transportait depuis Adjamé nous a laissés à la Siporex. De là, j’ai appris que depuis que les combats font rage entre les miliciens et les soldats pro-Ouattara, Yopougon est divisé en deux. La partie sud-ouest jusqu’au centre est occupée par les miliciens. Le transport en commun, même les taxis communaux n’ont pas droit de pénétrer dans leur périmètre.
Nous avons étés obligés de faire le reste du chemin à pied, depuis la pharmacie Siporex jusqu’à Niangon. Sur notre chemin, le premier barrage des miliciens se trouve à la pharmacie Kénéya. Ces jeunes en armes, dont une bonne majorité est composée de mercenaires libériens ne comprenant pas le français, sont très excités. Ils braquent leurs armes en position de tir sur tout véhicule qui s’avance vers eux. À chaque barrage, nous levons les bras. Ils nous demandent nos pièces d’identité en insistant : “ Celui qui n’a pas de pièce d’identité doit payer 2 000 F ”. Quand je brandis la carte, ils ne contrôlent pas et me laissent passer. Mais ceux qui n’ont pas leur pièce et qui ont été mis de côté, je ne sais pas quel sort leur est réservé. Déjà, à plusieurs endroits, je les ai vus terroriser les gens en tirant en l’air ou dans le sol près du pied de celui qu’ils veulent intimider.
J’ai passé une nuit calme malgré quelques coups sporadiques de “ kalache”. Le lendemain, j’ai pris un autre chemin pour le retour. Mais j’ai dû rebrousser chemin à plusieurs reprises parce que les miliciens pillaient magasins, banque et même les domiciles des habitants de Niangon-nord. Ils s’attaquaient aussi à tous les passants, les dépouillaient. J’avais peur d’être appréhendé par eux car il y a de cela deux semaines, deux de mes collègues carreleurs avaient passé une mauvaise matinée en leur compagnie tout simplement parce qu’ils avaient dit qu’ils étaient d’Abobo.
La population, excédée, raconte que, depuis la chute de Gbagbo, ces miliciens sont livrés à eux-mêmes. Donc, ils s’en prennent à la population pour trouver de quoi manger.
À deux pas de là, dans le quartier Ananeraie et Maroc, ce sont les éléments des FRCI qui sont postés, embusqués derrière des baraques de fortune.
C’est l’insécurité totale dans cette énorme commune car les uns et les autres vous rackettent, chacun à son tour. »
La direction de l’UGTCI : allégeance au nouveau pouvoir et à plat ventre devant le patronat
Suite à la chute du pouvoir de Gbagbo, et surtout au chaos et à l’insécurité qui règnent, le secrétaire général de l’UGTCI, François Adé Mensah, a fait savoir les préoccupations immédiates de sa centrale. Mais c’était beaucoup plus celles du patronat que celles des travailleurs.
Il a déclaré ceci : « Il faut que nous nous entendions pour permettre au président Ouattara de réaliser son programme de société… Nous devons travailler en bonne intelligence avec les employeurs pour le bonheur du pays. »
Et pourtant, des problèmes, les travailleurs n’en manquent pas. Dans toutes les familles c’est la misère. Nos salaires ne représentent plus rien à côté de la cherté de la vie. La revendication pour des augmentations des salaires doit être mise en premier point.
Il y a aussi le fait que, depuis plus d’une quinzaine d’années, les patrons ont bénéficié d’une souplesse en matière d’embauche. Tout cela n’a fait que plonger les travailleurs et leurs familles dans l’abîme de la misère.
Mais la seule chose qui préoccupe ce lèche-botte du patronat, c’est « l’entente intelligente » avec ceux qui exploitent les travailleurs et qui les réduisent à la misère.
Exactions des soldats sur les populations d’Azaguié !
Le 15 avril, les populations d’Azaguié, sous-préfecture située dans le département d’Agboville, ont passé une sale journée avec les combattants acquis à la cause de Ouattara.
Ces soldats s’en sont pris aux populations parce que celles-ci, exaspérées par les exactions dont elles sont quotidiennement victimes, ne voulaient plus se laisser piller ni se laisser soumettre. Alors ils ont demandé des renforts d’Abidjan. Ce vendredi-là, les habitants ont été conduits manu militari sur la place publique à 8 heures. Même les enseignants qui avaient repris les cours ont été aussi conduits sur le même lieu. De 8 heures à 15 heures, ces personnes exposées au soleil ont été l’objet de bastonnades. Pendant que les uns les bastonnaient, les autres procédaient au pillage des domiciles. Durant sept heures, des nouveau-nés et leur mère étaient exposés au soleil. Ceux qui ont pu échapper ont élu domicile dans la forêt. Les mêmes sévices ont été administrés aux populations de plusieurs villages Abbey et Krobou dans la région d’Agboville.
En plus des soldats qui commettent des exactions sur les populations, l’insécurité dans les villages a atteint un tel niveau qu’il est difficile pour les habitants de ces villages de se rendre au champ. Les bandits armés utilisent leurs armes pour braquer les populations. À croire qu’ils sont complices les uns des autres.
Les rackets continuent sur les routes
Le 22 avril, au cours d’une rencontre avec les généraux des FDS et des FRCI, Ouattara a demandé que les rackets cessent. Ça ressemble plus à un vœu pieux vu tout ce qui se passe. Les forces pro-Ouattara sont formées d’un ensemble hétéroclite et il n’est pas sûr que leurs différents commandants les maîtrisent toutes. En tout cas, pour ceux qui voyagent vers l’intérieur du pays, ce sont toujours les rackets et un parcours de combattant. Voici le témoignage d’une voyageuse :
« Entre Gagnoa et Abidjan, j’ai compté à peu près quinze barrages. Et à chaque barrage, nous sommes obligés de cotiser 100 F ou, si nous sommes chanceux, 50 F par personne. Alors qu’on était près de soixante-dix. Ceci pour payer les combattants pro-Ouattara qui gardent ces barrages.
Dans le car, des gens n’ont pas manqué de s’en plaindre. Ça fait deux mois ou plus que beaucoup n’ont pas été payés. De plus, certains d’entre nous sont de Yopougon. Nous avons fui les combats et laissé tout derrière nous. En tout cas, je ne suis pas prête à reprendre la route de sitôt. »
Cela prouve que, si les gouvernements se succèdent, pour la population, malgré les grands discours sur la fin de l’impunité, du racket, de la corruption, etc., rien ne change vraiment.
Le racket en ville
À Abobo, dans la partie nord contrôlée par les éléments du « commando invisible », toutes les voies principales sont jonchées de multiples barrages. À ces points de contrôle, les piétons payent le passage. Ils donnent ce qu’ils peuvent. Les pousse-pousse qui transportent les bagages payent entre 200 et 250 F. Quant aux chauffeurs des transports urbains comme les taxis communaux ou les gbakas, ils versent au minimum 500 F CFA.
Dans les quartiers chics de Cocody Angré, les éléments de la nouvelle armée FRCI y mettent la forme. C’est à la manière des sociétés de gardiennage qu’ils surveillent les cités. Mais pour cette protection, chaque cité doit verser en moyenne 50 000 F par jour ; il y a même des endroits où ils exigent de la nourriture en plus.
Ces faits montrent bien que le changement de nom ou de sigle de FDS en FRCI n’a rien changé en matière de racket. Comme le dit un adage, « le chien ne change pas sa manière de s’asseoir ».
À propos de la commission vérité et réconciliation de Ouattara
Les clans Gbagbo et Ouattara se sont affrontés par armées interposées. Bientôt, ils vont peut-être pouvoir s’embrasser et se retrouver autour d’une « commission vérité et réconciliation », comme l’a dit Ouattara. Tant mieux si cela peut permettre de mettre fin à la guerre et au climat de haine. Que les populations pauvres retrouvent le chemin de la bonne entente comme jadis est une bonne chose. Mais aujourd’hui c’est le spectre de la famine qui pointe. Avec la cherté du coût de la vie, même en multipliant le salaire des travailleurs par cinq, il leur serait difficile de vivre dignement.
Dans ce pays, tout le monde n’est pas pauvre et des richesses, il y en a. L’idée viendra peut-être un jour aux travailleurs de créer une « commission partage des richesses ».
Attention à l’exacerbation des antagonismes ethniques !
Alassane Ouattara et ses alliés du RHDP se frottent les mains. Le bras de fer qui les opposait au LMP de Laurent Gbagbo s’est terminé en leur faveur. Les troupes qui les soutenaient sont entrées à Abidjan et se pavanent dans les rues.
Aujourd’hui, les populations qui avaient fui, ont commencé à regagner leurs anciens logis à Abobo. La situation sécuritaire qui y prévaut laisse pourtant à désirer. Les forces pro-Ouattara, pompeusement nommées Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), qu’on voit à chaque coin de rue, s’apparentent plus à des bandes ou à des milices ethniques et échappent certainement au contrôle de toute hiérarchie. Ces FRCI ne rassurent guère personne.
À Yopougon par contre, ce sont les Malinkés et les ethnies favorables au RHDP qui fuient les brimades et exactions des milices proches du LMP. Là-bas, c’est encore le règne de l’article 125, c’est-à-dire pétrole 100 F et allumette 25 F pour brûler vifs les individus leur paraissant suspects. Bien d’autres atrocités sont commises à l’encontre de ceux qui ne cadrent pas avec leurs critères.
Jusqu’où ira encore cette escalade ? Ce sont les populations pauvres qui en font les frais. Si les riches et les possédants peuvent choisir où ils veulent habiter, ce n’est pas le cas pour les pauvres. Ils sont condamnés à toujours se côtoyer dans les mêmes quartiers surpeuplés. Et plus loin ira cette politique de la xénophobie et de l’ethnisme, plus difficile sera la cohabitation dans les quartiers populaires.
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