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A peine les élections régionales passées, Sarkozy a annoncé la couleur : il allait s’attaquer au dossier des retraites.
Notre régime de retraite par répartition serait menacé d’explosion et il faudrait de toute urgence le réformer pour le
sauver de la faillite. Jusqu’à maintenant, le gouvernement n’a pas voulu dévoiler ses plans. Même aux dirigeants
syndicaux et aux responsables de partis politiques reçus, un par un, pour consultation. Mais sur le fond, il n’y a pas de
mystère. Il s’agit, a expliqué Woerth, ministre du Travail spécialement nommé pour prendre en charge la réforme,
d’« allonger la vie au travail ». Pour ce faire, le gouvernement hésiterait entre trois possibilités : le recul de
l’âge légal de départ à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation requise pour obtenir une retraite à taux
plein, voire, comme le propose le Medef, les deux…
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Ainsi, l’âge légal de départ à la retraite, fixé à 60 ans depuis 1983, pourrait être repoussé, progressivement, à
61, 62 ou 63 ans, voire plus. Il pourrait aussi être maintenu, mais assorti d’une décote, qui sanctionnerait
financièrement les retraités qui s’obstineraient à vouloir partir à 60 ans, comme le suggèrent des députés de
l’UMP. Quant à la durée de cotisation requise pour avoir droit à une retraite à taux plein, la loi de réforme des
retraites promulguée en 2003, alors que Fillon était ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Raffarin, l’a
déjà allongée.
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Une autre « piste » évoquée démagogiquement par le ministre du Travail concerne le mode de calcul des pensions de
retraite des fonctionnaires. Au moment du départ en retraite, le montant de la pension est calculé en appliquant un taux de
75 % à un salaire de référence calculé sur les six derniers mois de salaire, alors que dans le privé un taux de 50 %
s’applique à un salaire de référence calculé sur les vingt-cinq meilleures années. Il s’agirait d’achever de
terminer d’aligner sur ce point le régime des fonctionnaires sur celui des salariés du privé. Pour justifier cette
réforme, Woerth ose parler d’équité, alors qu’il ne s’agit que de réaliser plus d’économies sur le dos des
fonctionnaires retraités.
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Allonger la durée de cotisation ou repousser l’âge légal de départ en retraite aboutirait à diminuer d’autant la durée
de versement des pensions, et donc permettrait au gouvernement de réaliser des économies sur le montant global des pensions
versées. Mais ce serait aussi, dans la situation actuelle de chômage massif, une façon hypocrite de programmer une nouvelle
diminution des pensions, dans la mesure où la plupart des salariés partent avant même l’âge légal de départ à la
retraite, ne pouvant le plus souvent effectuer le nombre d’années requises.
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Quelles que soient les options qui auront été retenues, elles se traduiraient, si elles passaient, pour certains travailleurs
– ceux qui auront la possibilité de travailler jusqu’au bout – par un allongement de la durée d’exploitation ;
pour d’autres ceux qui ont été licenciés à un, deux ou cinq ans de la retraite – par une aggravation considérable de
leur situation.
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Oser proposer de reculer l’âge de départ en retraite au-delà de 60 ans, alors qu’aujourd’hui au moment de faire
valoir leurs droits à la retraite, à 60 ans, au moins 40 % des salariés sont en maladie, en invalidité ou – c’est
la majorité – au chômage, est particulièrement inique. Car reculer l’âge de la retraite à 61, 62 ou 63 ans ou
allonger la durée de cotisation reviendrait à condamner ces travailleurs à rester un, deux ou trois ans de plus dans cette
situation de grande précarité, à vivre d’allocations peau de chagrin en attendant de toucher la pension de retraite à
laquelle ils ont droit.
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Ce n’est pas en reculant l’âge légal de la retraite que les salariés, dans leur majorité, travailleront plus longtemps.
Le gouvernement le sait bien. Toutes les mesures qu’il a prises depuis dix ans soi-disant pour convaincre – mais jamais
pour obliger – les patrons de ne pas licencier leurs travailleurs âgés n’ont eu aucun effet. Dans la plupart des pays
européens où la loi a fixé à 65 ans l’âge légal de départ en retraite, en réalité, les travailleurs perdent leur
travail en moyenne trois ou quatre ans avant d’avoir atteint cet âge – à 61 ou 62 ans selon les pays – et partent
en retraite avec une pension réduite. Et c’est ça le but : non pas faire travailler plus, mais payer moins de
retraites.
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En France, bien que l’âge légal de départ en retraite soit resté à 60 ans, aujourd’hui, en moyenne les
travailleurs font valoir leurs droits à la retraite à 61 ans et six mois, alors qu’ils cessent de travailler, contraints
et forcés, en moyenne à environ 58 ans. Il n’y a pas eu besoin de repousser l’âge de la retraite pour cela. Il a suffi
que les gouvernements précédents durcissent les conditions pour obtenir une pension à taux plein. Et le gouvernement
s’apprête à les durcir encore.
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Sarkozy a évoqué la possibilité d’instaurer un « prélèvement spécifique sur une catégorie de population »,
un prélèvement, a précisé Éric Woerth, portant sur « tel type de profession, tel type d’assiette, ne contribuant
pas suffisamment au système de solidarité ». Mais, Fillon ayant exclu toute hausse importante des prélèvements, il
s’agira donc tout au plus d’une mesure symbolique, destinée à faire passer la pilule… si elle voit le jour.
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L’argument démographique : un mensonge grossier
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Sarkozy justifie sa réforme en expliquant que le système français de retraite par répartition – dans lequel ce sont les
cotisations de ceux qui ont un emploi qui payent les pensions des retraités – serait menacé à court et à long termes.
Et Sarkozy d’expliquer qu’« aujourd’hui, sur dix retraites que nous versons, il y en a une qui n’est pas
financée. Si nous ne faisons rien, dans dix ans, ce sera une sur huit. » Cela parce que l’arrivée à l’âge de la
retraite des générations nombreuses du baby boom et l’allongement continu de l’espérance de vie auraient « plongé
les régimes de retraite dans un déficit structurel. »
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Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) – organisme créé en 2000 par Lionel Jospin alors qu’il
était Premier ministre – commandé par le gouvernement et rendu public le 14 avril a évidemment apporté de l’eau à
son moulin – c’est d’ailleurs son rôle. Il a donné lieu dans les médias, comme à chaque fois, à une véritable
campagne d’intoxication. C’était à qui mettrait en avant le chiffre de déficit le plus impressionnant, la palme revenant
à un article rendant compte du rapport du COR paru dans Le Monde du 14 avril : « Sans réforme, il faudrait
2 600 milliards d’euros pour sauver les retraites en 2050. » L’article omettait évidemment de préciser que ce
chiffre impressionnant plus qu’hypothétique, qui cumule des déficits sur quarante ans, ne représente que 2,1 % du PIB
cumulé prévu sur la même période, qui atteindrait 120 000 milliards d’euros.
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Toute cette campagne de Sarkozy et du Medef, relayée complaisamment par les médias, pour convaincre les travailleurs, la
population, de la nécessité d’une réforme – peut-être pour les préparer à la sévérité des mesures qui les
menacent – repose sur un mensonge grossier.
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D’abord parce que les prévisions d’évolution de la démographie sont plus que sujettes à caution. L’évolution de la
démographie dépend d’un grand nombre de facteurs économiques, sociaux, et même politiques, dont il est impossible de
prévoir avec certitude l’évolution à long, et même à moyen terme. C’est un peu comme vouloir prévoir le temps qu’il
fera dans quarante ans. Entre 2001 et 2006, l’Insee a dû réviser ses estimations de la population française en 2050,
parce que ses hypothèses sur le taux de fécondité – le nombre d’enfants par femme – et sur l’immigration
s’étaient révélées erronées en cinq ans.
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Et comment prendre au sérieux les prévisions pour 2050, c’est-à-dire pour dans quarante ans, de soi-disant experts qui
n’ont pas vu venir la crise financière et la grave récession dans laquelle nous sommes plongés depuis trois ans, et qui
sont bien incapables de prévoir ce qui va se passer l’année prochaine, et même le mois prochain ? Si les économistes de
la bourgeoisie pouvaient prévoir l’avenir, cela se saurait.
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Surtout, ce n’est pas parce que l’espérance de vie s’accroît régulièrement – jusqu’à présent, et très
inégalement selon les classes sociales – et que le nombre de personnes âgées s’accroît plus vite que le nombre de
jeunes qu’il serait pour autant nécessaire de repousser l’âge de départ à la retraite. Parce que la productivité du
travail, c’est-à-dire le volume de richesse que chaque travailleur est capable de produire, s’accroît aussi. Et parce
qu’il serait bien normal qu’une part croissante des richesses produites profite aux retraités, dans la mesure où ils sont
plus nombreux et vivent plus longtemps.
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La baisse du nombre d’agriculteurs n’a pas provoqué de famines. Vers 1950, la France comptait huit millions
d’agriculteurs pour quarante millions d’habitants, soit un agriculteur pour cinq bouches à nourrir. En cinquante ans, le
nombre de paysans français a été divisé par dix, mais la production de chacun peut nourrir aujourd’hui près de cent
personnes. Les économistes d’il y a cinquante ans avaient-ils prévu cette évolution ou crié à la catastrophe alimentaire
inévitable ?
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Dans l’industrie, un travailleur produit aujourd’hui, pour chaque heure de travail, en moyenne au moins dix fois plus de
valeur qu’un travailleur d’il y a un demi-siècle, à cause du progrès technique mais aussi en raison de l’intensité
sans cesse croissante du rythme de travail imposé à ceux qui ont un emploi. Aujourd’hui, il suffit de dix ouvriers pour
faire tourner des aciéries gigantesques là où il en fallait cent il y a trente ans, et cela pour une production décuplée.
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Si la productivité continue à progresser au même rythme qu’au cours des dernières décennies, la richesse produite par
habitant devrait doubler en France. Il y aurait largement de quoi faire vivre dignement non seulement les retraités, même
plus nombreux, mais même tous les travailleurs.
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Le problème, c’est de savoir qui va profiter de cet accroissement de la production des richesses.
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Si le financement des retraites est menacé aujourd’hui, ce n’est pas parce que, globalement, on vit plus longtemps
qu’hier. C’est parce qu’au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix tous les gains de productivité ont été
accaparés par les patrons, qui les ont de moins en moins investis dans la production et de plus en plus redistribués sous
forme de dividendes aux actionnaires. C’est parce que la bourgeoisie a réussi à faire payer la crise, sa crise, aux
travailleurs et a réussi, avec la complicité de gouvernements à son service, non seulement à préserver ses revenus, mais
même à les accroître comme jamais. Par le chômage et la surexploitation des travailleurs, par les bas salaires et la
multiplication du travail précaire mais aussi par le pillage du budget de l’État et, en particulier, du budget de la
Sécurité sociale.
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Au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, la part globale des salaires dans la valeur ajoutée, les richesses
produites, s’est réduite de presque 10 %.
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Quant aux exonérations de cotisations patronales au régime général de la Sécurité sociale, devenues récurrentes et
massives depuis le début des années quatre-vingt-dix, elles ont connu avec la crise une brutale augmentation, passant de
24 milliards d’euros en 2006 à 30 milliards en 2009. Une partie de ces cadeaux aux patrons n’est pas remboursée par
l’État à la Sécurité sociale, et constitue donc pour elle une perte sèche – régulièrement de l’ordre de
2,5 milliards d’euros. Mais les milliards qui sont remboursés à la Sécurité sociale le sont en fait par les
travailleurs, par la population, par la CSG instaurée en 1991 par Rocard, et par des augmentations de taxes, et constituent de
fait un transfert de charges des patrons sur les travailleurs. Ce n’est pas le seul, mais c’est le plus visible.
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Le déficit du régime général de la Sécurité sociale – dont la branche vieillesse, qui finance les retraites de base
des salariés du privé, fait partie – devrait passer, selon le gouvernement, de dix milliards d’euros en 2008, à
22,7 milliards en 2009, et atteindrait, d’après le chiffrage du gouvernement, près de 34 milliards en 2010. C’est la
branche maladie qui serait la plus déficitaire, devant la branche vieillesse, dont le déficit passerait de 5,6 milliards en
2008 à 11,3 milliards en 2010. C’est beaucoup moins que le trou creusé dans le budget de l’État dont le déficit
atteint près de 118 milliards d’euros – par toutes les aides versées aux banquiers et aux industriels depuis trois ans
pour leur sauver la mise.
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Les deux principaux régimes complémentaires des salariés du privé, l’Arrco et l’Agirc, sont devenus brutalement et pour
la première fois dans leur histoire déficitaires en 2008, 2009 et 2010 de 5,8 milliards d’euros, en raison, note le
dernier rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, d’une part des « effets de la
récession », mais surtout « de la crise financière qui leur a imposé de passer d’importantes provisions pour
moins-values sur leurs placements en actions (4,1 milliards au total). »
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Ce sont l’aggravation de la crise économique que nous subissons depuis 2007, l’explosion du chômage et l’appauvrissement
d’une fraction de plus en plus importante de la population qui, se traduisant par un effondrement des rentrées de cotisations
(23 milliards en trois ans selon un rapport officiel), expliquent la brutale augmentation du déficit. La démographie n’y
est pour rien.
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S’il n’y a pas assez d’actifs, c’est-à-dire de cotisants, par rapport au nombre de retraités, ce n’est pas parce
qu’il y a trop de retraités, c’est parce qu’il y a trop de chômeurs, trop de travailleurs précaires, sous-payés, trop
de jeunes qui n’arrivent pas à trouver un premier travail. Ce n’est pas un problème démographique, c’est un problème
social. C’est un problème d’emploi, et de salaire.
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Quarante ans d’attaques contre les retraites et les retraités
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Les difficultés financières de la Sécurité sociale et de sa branche vieillesse en particulier, et les mesures prises sous
prétexte de sauver le système de retraite existant en France, ne datent pas d’hier, ni de l’arrivée de la génération
du « papy-boom » à la retraite. Ses premiers déficits sont nés au milieu des années soixante-dix avec la crise de
l’économie capitaliste et l’apparition du chômage. Et ils ont été nourris, depuis et jusqu’à la phase actuelle
d’aggravation de la crise, par le développement du chômage et du travail précaire, la pression sur les salaires et
l’avidité de la bourgeoisie.
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Pour renflouer les caisses que la crise avait commencé à vider, à partir de 1974 et jusqu’au début des années
quatre-vingt-dix, les gouvernements, de gauche comme de droite, ont multiplié les augmentations de cotisations retraite,
celles des salariés surtout et, dans une moindre mesure, celles des patrons. Entre 1974 et 1991, les taux de cotisations
retraite des salariés à la Cnav ont plus que doublé, alors que ceux des patrons n’ont augmenté que de 40 %. Ce qui
revenait à faire peser de plus en plus la charge du financement des retraites sur les salariés, et de moins en moins sur les
patrons. Mais pour ces derniers, ce n’était pas suffisant. Le patronat mena campagne sur le thème du poids insupportable
des charges sociales pour l’économie : les patrons ne voulaient pas payer un sou de plus. Ils voulaient même payer de
moins en moins. Ils furent entendus.
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À partir de 1991, les gouvernements successifs, de gauche et de droite, n’ont plus osé toucher aux cotisations pour la
retraite. Y compris celles des salariés : dans un contexte de compression des salaires, les patrons craignaient que les
augmentations de cotisations alimentent le mécontentement des travailleurs, et nourrissent les revendications salariales,
entraînant par contrecoup des augmentations de salaire. La part salariale des cotisations à la Cnav, passée de 3 % en 1970
à 6,60 % en 1982, est restée pratiquement au même niveau jusqu’à aujourd’hui, vingt-huit ans après : 6,65 %.
Même chose pour la part patronale qui avait atteint 8,2 % en 1979 et qui est aujourd’hui de 8,30 %.
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Les gouvernements qui se sont succédé ne se sont pas contentés de geler les taux de cotisations sociales patronales, sous le
prétexte de favoriser l’emploi, ils ont, jusqu’à aujourd’hui, multiplié les exonérations de charges patronales :
les taux des cotisations sociales patronales sont donc devenus très théoriques. En fait, non seulement les patrons n’ont
pas payé plus pour la Sécurité sociale, et pour les retraites en particulier, mais ils ont même payé moins.
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À partir du début des années quatre-ving-dix, ce sont les travailleurs et les retraités, seuls, qui allaient faire les frais
des déficits creusés par le chômage et les bas salaires dans les caisses de retraite : par la diminution des pensions.
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C’est un ministre de gauche, Rocard, en 1991, qui, dans le Livre blanc de la retraite, rédigé sous son égide, fut le
premier à prétendre que notre système de retraite était menacé d’explosion à terme du fait de l’allongement de
l’espérance de vie et de la croissance trop rapide du nombre de retraités par rapport aux actifs. Et qu’il était urgent,
pour le sauver, de le réformer en profondeur, pour limiter ses dépenses.
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Mais en 1993 c’est un gouvernement de droite, celui de Balladur, Premier ministre, avec un président de gauche, Mitterrand,
qui mit pour la première fois cette idée en pratique en s’attaquant aux retraites des salariés du privé. Aux futurs
retraités, la réforme imposait l’allongement de la durée de cotisation pour avoir droit à une retraite complète à
60 ans : de 37,5 ans en 1993, elle devait passer à 40 ans en 2004, à raison d’un trimestre de plus par an.
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La réforme modifia également les modalités de calcul des pensions. En prenant pour référence les salaires des
vingt-cinq meilleures années au lieu des dix meilleures, salaires qui seraient réévalués au moment du départ à la
retraite non plus par rapport à l’évolution des salaires sur la période, mais par rapport à celle des prix. De la même
façon, l’augmentation du montant annuel des pensions de retraite versées serait indexée non plus sur l’évolution des
salaires, mais sur celle de l’indice des prix, dont on sait qu’il ne reflète pas l’évolution réelle des prix. Les
travailleurs eurent sans doute bien du mal à l’époque à mesurer la portée de ces changements de référence. Ce sont
pourtant les mesures qui, en creusant l’écart entre le niveau des pensions et celui des salaires, ont eu rapidement le plus
d’impact sur le niveau de vie des retraités.
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Enfin la réforme instaura une décote, destinée à pénaliser les salariés qui prendraient leur retraite entre 60 et 65 ans
sans avoir atteint la durée de cotisation requise pour obtenir le taux plein. Leur retraite, déjà diminuée du fait de leur
durée trop courte de cotisation, puisqu’elle est calculée proportionnellement au nombre de trimestres validés, serait en
outre réduite de 2,5 % par trimestre manquant, soit 10 % par année manquante (Depuis 2004, le taux de décote décroît
progressivement, pour atteindre en principe 1,25 % par trimestre manquant, soit 5 % par an). Une double peine qui pénalise
beaucoup plus les femmes que les hommes, dans la mesure où une proportion beaucoup moins importante de femmes que d’hommes
parviennent à l’âge de la retraite avec une carrière complète : dans le privé, elles sont plus de 60 % à ne pas
atteindre les 40 annuités de cotisation requises. L’inégalité entre hommes et femmes face à la retraite en a été
considérablement accrue. (En 2007, en droit direct, c’est-à-dire hors pension de réversion, dans le privé, tous régimes
confondus, le montant moyen de la pension atteignait globalement 1108 euros, mais 1410 euros pour les hommes et 811 euros
pour les femmes).
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Dans le même temps, le mode de calcul des pensions de retraite complémentaire versées par l’Arrco pour les ouvriers et les
employés, et par l’Agirc pour les cadres fut lui aussi réformé de la même façon, et aboutit à réduire la part
financée par les patrons, et diminuer encore le montant des retraites.
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En 1995, après l’élection de Chirac à la présidence de la République, Juppé voulut appliquer les mêmes traitements
restrictifs aux régimes de retraite des fonctionnaires et à ceux des travailleurs de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, etc.,
qui jusque-là avaient été épargnés. Il se heurta au plus puissant mouvement de grève que la France ait connu depuis 1968,
et dut remballer son projet.
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Entre 1997 et 2002, le gouvernement de la gauche plurielle – avec des représentants du Parti socialiste, du Parti
communiste, et des Verts – dirigé par Jospin – avec Chirac à l’Élysée – ne revint pas sur la réforme de
Balladur. En mai 2000, il créa le Conseil d’orientation des retraites, avec pour objectif de « favoriser le consensus
sur la question des retraites ». Au Conseil européen de Barcelone, réunissant en mars 2002 les chefs d’État et de
gouvernement des 15 pays membres à l’époque de l’Union européenne, Jospin et Chirac signèrent, ensemble, un document
où ils s’engageaient à reculer en France l’âge de la retraite à 65 ans.
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En 2003, après que Chirac eut remporté le deuxième tour de l’élection présidentielle en 2002 avec le soutien de la
gauche, Fillon, ministre du Travail dans le gouvernement Raffarin, s’attaqua à nouveau aux retraites et aux retraités. La
réforme Fillon décidait que tout allongement de l’espérance de vie – c’est-à-dire du temps de retraite – serait
désormais compensé par un allongement du temps de travail. Pour commencer, la durée de cotisation pour obtenir la retraite à
taux plein passait de 40 ans à 41 ans en 2012, à raison d’un trimestre de plus par an à partir de 2009.
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Et sous le prétexte fallacieux de rétablir l’équité avec les salariés du privé, il imposait aux fonctionnaires
l’allongement de leur durée de cotisation de deux trimestres supplémentaires par an à partir de 2003, pour passer de
37,5 à 40 ans en 2008, pour atteindre, comme les salariés du privé, 41 ans en 2012. Quant à la progression annuelle des
pensions, elle serait désormais indexée, non plus sur l’évolution des traitements de la fonction publique, mais sur les
prix – ce qui était beaucoup moins favorable. Et à partir de 2006, les fonctionnaires partant à la retraite sans pouvoir
justifier de la durée de cotisation requise verraient eux aussi leur pension diminuée d’une décote : de 0,5 % par
année manquante en 2006, elle doit atteindre progressivement 5 % en 2015.
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En 2007, après l’arrivée de Sarkozy à l’Élysée et de Fillon à Matignon, ce sont les régimes de retraite dits
spéciaux des travailleurs de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, etc., qui furent visés. Leur durée de cotisation, restée à
37,5 ans, serait allongée progressivement, pour atteindre 40 ans d’ici 2012 et 41 ans en 2016, et leurs retraites furent
indexées, elles aussi, sur les prix et plus sur les salaires.
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Il faut empêcher la réforme Sarkozy et revenir sur les précédentes
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La réforme de 2003 avait programmé un rendez-vous tous les quatre ans pour adapter l’évolution de la durée de cotisation
pour les cinq années à venir en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. Le premier rendez-vous eut lieu en
2008 et se borna à confirmer l’allongement progressif de la durée de cotisation à 41 ans décidé en 2003. Le
rendez-vous suivant, prévu pour 2012 – date de la prochaine élection présidentielle – fut avancé à 2010. Et si une
nouvelle réforme est programmée, ce n’est pas parce que l’espérance de vie aurait augmenté plus vite que prévu en 2003
– les nouvelles prévisions à ce sujet indiquent plutôt une tendance à la stagnation – mais sous la pression du
Medef.
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Bien qu’elles se soient appliquées progressivement et ne produiront leur plein effet qu’à long terme, ces différentes
réformes ont d’ores et déjà fortement pesé sur le montant des pensions, au moment du départ en retraite et pendant la
retraite, et entraîné une baisse du niveau des vie des retraités.
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Selon la Caisse nationale d’assurance vieillesse, pour six retraités sur dix, la réforme Balladur a « conduit au
versement d’une pension moins importante que celle à laquelle ils auraient pu prétendre sans réforme ». La
différence est de 6 % en moyenne pour l’ensemble des salariés du privé. Par exemple les hommes nés en 1938, et donc
faisant valoir leur droit à la retraite en 1998, ont touché à leur départ une pension moyenne mensuelle (hors retraite
complémentaire) de 593 euros, 55 euros de moins que si la réforme n’avait pas eu lieu.
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Avant la réforme Balladur de 1993, la pension de retraite représentait en moyenne 84 % de l’ancien salaire pour les
salariés du privé, et même jusqu’à 100 % pour ceux qui gagnaient moins de 7 500 F, à condition d’avoir cotisé
37,5 ans. Aujourd’hui, elle ne représente déjà plus en moyenne qu’à peine les trois quarts du salaire antérieur.
Indépendamment des projets de Sarkozy, du simple effet donc des réformes antérieures, elle devrait encore diminuer, pour ne
plus représenter que les deux tiers de l’ancien salaire vers 2040.
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Ces chiffres, qui sont des moyennes, sont loin du compte. Ils ne donnent qu’une idée très éloignée de l’impact réel
des réformes sur les retraités. Ils ne concernent en effet que les retraités qui ont travaillé à temps plein et cotisé
quarante ans au moment de leur départ en retraite. Ce qui est le cas de moins en moins de retraités.
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Les réformes des régimes de retraite intervenues au cours des vingt dernières années ont profondément dégradé la
situation des retraités. De plus en plus de retraités – en majorité des femmes – dont les pensions sont
insuffisantes pour leur permettre de manger à leur faim, sont contraints de fréquenter les Restaurants du cœur.
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Alors il est vital pour la classe ouvrière, pour la population, d’empêcher la réforme de Sarkozy-Fillon de passer. Non pas
parce que le régime de retraite tel qu’il fonctionnait jusqu’à la réforme de 1993 aurait été le système idéal. Son
histoire, depuis sa mise en place au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, témoigne du
contraire.
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Il faut, bien sûr, combattre toutes les tentatives pour réduire la part du régime de retraite par répartition, où ce sont
les cotisations sur les salaires qui financent les pensions de retraite, au profit de régimes fonctionnant en capitalisation.
Mais il est faux de faire du système actuel un acquis du mouvement ouvrier.
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Au début du vingtième siècle, en 1910, quand fut adoptée la première loi instaurant un régime public de retraite
obligatoire pour l’ensemble des travailleurs – la Retraite ouvrière et paysanne – les ouvriers conscients, les
militants syndicaux, soutenus par les meilleurs militants socialistes de l’époque, s’y sont opposés. Pas seulement parce
que ce régime de retraite serait géré en capitalisation, mais d’abord parce qu’il serait financé par des cotisations,
c’est-à-dire par un prélèvement sur les salaires.
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Pour les militants de cette époque, c’était aux patrons et à tous ceux qui s’étaient enrichis pendant des années grâce
à leur travail, de financer sur leurs fortunes accumulées les années de retraite des ouvriers. Pour eux, ces cotisations,
c’était du vol : un vol de plus. Il fallait faire payer les riches.
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De ce point de vue, un régime de retraite par répartition n’aurait pas non plus trouvé grâce aux yeux des opposants
ouvriers à la loi : parce que c’est un régime qui fonctionne en circuit fermé, les retraites des travailleurs étant
financées par les travailleurs, et que cela revient à faire payer les pauvres.
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Enfin, les syndicalistes et les socialistes révolutionnaires du début du 20e siècle n’avaient pas confiance dans l’avenir
que la société capitaliste leur préparait. Ils avaient raison. Moins de quatre ans après l’adoption de la loi, la guerre
de 1914 éclatait et la société capitaliste entrait en crise, pour longtemps.
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Un système de retraite fondé sur la capitalisation, où les cotisations sont placées sur les marchés financiers, soumet les
retraites à tous les aléas de la Bourse. Les retraités des pays où c’est ce type de régime – celui des fonds de
pension – qui a été adopté en font aujourd’hui l’amère expérience. Mais un système de retraite fondé sur la
répartition, les cotisations des actifs finançant les pensions des retraités – comme celui qui existe en France – ne
protège pas non plus les travailleurs et les retraités des à-coups de l’économie capitaliste, ni les retraites de
l’impact de ses crises. Nous avons commencé à en faire l’expérience.
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Mais rien n’est joué. Le problème des retraites est un problème social, un problème de rapport de forces entre la
bourgeoisie, son État, et les travailleurs. Il n’est pas séparable de celui de l’emploi et des salaires. Il naît des bas
salaires, du chômage, des licenciements, des suppressions de postes de fonctionnaires.
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Dans cette épreuve de force avec la bourgeoisie et ses représentants politiques, les travailleurs ne peuvent pas compter sur
la gauche gouvernementale. Ils ne peuvent pas espérer d’un retour au pouvoir du Parti socialiste dans un gouvernement de la
« gauche solidaire », version replâtrée de la « gauche plurielle », un retour, demain, sur la réforme que
Sarkozy prépare aujourd’hui. L’expérience des vingt dernières années, des différents gouvernements de Mitterrand
– de Mauroy à Fabius en passant par Rocard – dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, au gouvernement
Jospin-Aubry entre 1997 et 2002, en témoigne. Tous ont entériné, quand ils ne les ont pas préparés, comme Rocard, les
reculs successifs imposés par la droite en matière de retraite.
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Depuis que l’économie capitaliste est entrée en crise, au milieu des années soixante-dix, la bourgeoisie a réussi, avec
l’aide des gouvernements, à réduire la part des travailleurs dans le revenu national et à augmenter la sienne. Mais depuis
trois ans, la crise est entrée dans une phase aggravée dont on ne voit pas la fin. Pour sauver la mise aux banquiers
spéculateurs, pour venir en aide aux industriels licencieurs, en fin de compte pour permettre à la bourgeoisie de traverser
sa crise sans rien perdre, et même en continuant à s’enrichir, l’État s’est endetté sans compter. Avec la réforme
des retraites, la bourgeoisie et le gouvernement veulent commencer à présenter la note aux travailleurs, à la population. Et
ce n’est sans doute qu’un début. La violente attaque que subissent actuellement les travailleurs grecs contre leurs
conditions de vie est à l’image de ce que les gouvernements – dont le nôtre – préparent pour faire supporter au
monde du travail tous les frais de la faillite de leur économie. Raison de plus pour empêcher la loi Sarkozy de passer et
même pour imposer l’annulation de toutes les dispositions des réformes de 2003 et de 1993. Il faut imposer de revenir, pour
tous, aux 37 ans et demi de cotisation pour avoir droit à une retraite pleine, de rétablir le lien entre l’évolution des
retraites et l’évolution des salaires, et de maintenir l’âge légal de départ en retraite à 60 ans. Et il faut imposer
l’interdiction des licenciements, la répartition du travail entre tous, en prenant sur les profits accumulés. C’est la
seule façon pour les travailleurs de sauver leurs retraites.
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5 mai 2010
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