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Lutte de Classe
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N°127
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avril 2010
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Le NPA, à la lumière de sa campagne électorale
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Au soir du premier tour des élections régionales, alors qu’il avait obtenu le score plutôt honorable – en cette
période de recul et d’atonie des luttes – de 3,4 % (il est vrai en y intégrant les résultats des trois régions où
il avait fait alliance avec le Front de gauche), le NPA jugeait par communiqué ses résultats « décevants ».
Alors qu’aucun signe ne pouvait laisser présager un score élevé des listes d’extrême gauche, ce commentaire en dit long
sur les illusions que le NPA avait entretenues en son sein, tout au long de la campagne.
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Mais ces élections régionales auront au moins permis d’y voir un peu plus clair dans la politique de ce Nouveau parti
anticapitaliste. En dehors de toute possibilité de juger sur le terrain des luttes, les élections et les campagnes
électorales donnent la possibilité de juger sur pièces de la politique que les uns et les autres mettent en avant.
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Le NPA a vu le jour, en même temps que la LCR disparaissait, il y a un peu plus d’un an, en février 2009. La seule chose
qui apparaissait certaine à ce moment, c’est ce que ce parti n’était plus ni communiste ni trotskyste, les références
à ces idées ayant disparu, et du nom, et du programme du NPA.
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En revanche, il était alors bien plus difficile de savoir ce qu’il était.
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« Anticapitaliste » ? Certes. Mais c’est un terme qui veut à la fois tout et ne rien dire. Être
« anticapitaliste », c’est être « contre les capitalistes », mais cela ne signifie pas automatiquement que
l’on milite pour leur expropriation complète et pour la socialisation de tous les moyens de production. Après tout, les
capitalistes sont bien « antiouvriers » sans que pour autant ils souhaitent la disparition de la classe ouvrière !
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Révolutionnaire ? Là-dessus, le NPA a toujours été volontairement flou. Si son programme parle de « révolutionner
la société », cette expression n’équivaut pas à se réclamer de la révolution prolétarienne.
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Il subsiste, au sein de ce parti, une « vieille garde » issue de la LCR, un noyau de militants dont certains étaient
trotskystes ou, du moins, se réclamaient du trotskysme. Mais le NPA a aussi recruté au sein de ses comités de nouveaux
militants, dont nous connaissons mal les références. Tout au plus est-il évident, en discutant ou en lisant ce que
produisent quelques-uns de ces nouveaux militants, que certains sont farouchement anticommunistes. Mais que pèse l’ancien
noyau trotskyste au sein du NPA ? Que pèsent les nouveaux militants qui, eux, ne le sont pas ? Et surtout, quels efforts
la « vieille garde » fait-elle pour tirer vers les idées communistes les nouvelles recrues – si même elle en
fait ? Il est difficile de le mesurer.
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La préparation de la campagne des élections régionales, puis la campagne elle-même, ont donné quelques éléments de
réponse à ces questions. Elles ont permis de vérifier qu’en abandonnant le terrain du communisme révolutionnaire, le NPA
a amorcé un glissement de plus en plus net vers l’électoralisme.
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Mais en vain : si ce parti a montré qu’il n’avait d’autre ambition que d’essayer d’occuper un espace à la gauche
du PS, le résultat du scrutin a montré que cet espace est efficacement occupé par le Front de gauche… Quelque effort que
le NPA ait fait pour se comporter en copie conforme de ce même Front de gauche. Voire, pour s’y intégrer.
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La quête de l’unité… ou le grand bluff ?
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C’est dès le lendemain des élections européennes de juin 2009 que le NPA a cherché à engager une « dynamique
unitaire », convoquant des réunions tous azimuts avec le Parti communiste, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon,
divers groupes « rouges et verts » et « alternatifs ». « En ce qui concerne les régionales, écrivait le
NPA au début de l’été 2009, nous avons proposé un accord durable sur un programme écologique, anticapitaliste, social
et démocratique de rupture. »
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On notera au passage l’ordre des mots, qui n’est pas anodin : pour les besoins de la cause, l’écologie passait déjà
avant « l’anticapitalisme » dans l’ordre des priorités. Mais ce n’est pas l’essentiel. Le NPA proposait
donc à ses interlocuteurs un accord « durable ». C’est-à-dire, si les mots ont un sens, un accord qui aille
au-delà des seules élections régionales – et donc valable, au moins, jusqu’aux prochaines échéances électorales, à
savoir la présidentielle et les législatives de 2012.
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On peut se demander ce que signifie une telle proposition. Naturellement, un accord circonstanciel, pour une élection, est
possible entre des formations et des partis qui n’ont pas les mêmes idées – c’est une affaire de tactique. Sauf
qu’un tel accord, dans ce cas, est discuté au cas par cas, dans une période précise, en fonction de conditions
circonstancielles. En revanche, proposer un accord valable pour les trois prochaines années – on était alors en
2009 – signifie à tout le moins que l’on estime avoir une convergence d’idées et de programme permettant non
seulement de militer ensemble, mais de se présenter sur les mêmes bases pendant des années.
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Si l’on comprend bien, la proposition d’un accord « durable » entre le NPA, le Parti communiste et le Parti de gauche
signifie que, pour le premier, les points d’accord sont suffisants pour pouvoir envisager de discuter ensemble de ce qui se
passera en 2012 – lorsqu’il sera question, faut-il le rappeler, non plus d’échéances régionales mais de gouverner le
pays. Proposer une telle démarche à des partis réformistes est un élément permettant de juger de l’évolution du NPA.
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Mais revenons aux élections régionales. Dans sa quête de l’unité, le NPA posait à ses interlocuteurs un seul
préalable : chacun devait s’engager par avance à ne pas participer aux exécutifs avec le Parti socialiste pour diriger
les régions.
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Bien qu’il eût été parfaitement évident, dès le début, que ni le PCF ni le Parti de gauche ne voulaient d’un tel
accord, le NPA a continué, tout au long de l’été et de l’automne 2009, à leur courir après en proposant une
candidature unitaire PCF-PG-NPA dans toutes les régions.
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Quels qu’aient été les abandons du NPA en matière d’idées, il est tout de même peu probable que ses dirigeants aient
cru une seule seconde que le PCF et le PG allaient céder à leur exigence : de même qu’il est absurde de demander à un
bouc de produire du lait, il est ridicule de demander à deux partis de gouvernement de se refuser à gouverner – fût-ce
des régions. Il faut malheureusement le rappeler, puisque le NPA s’est bien gardé de le faire pendant toute cette
période : le PCF est un parti de gouvernement qui a par deux fois fourni des ministres à la bourgeoisie dans les trente
dernières années. Quant au Parti de gauche, il a été fondé par un vieux cheval de retour du Parti socialiste, Jean-Luc
Mélenchon, sous-ministre dans le gouvernement Jospin, qui tente de se servir de ses indiscutables talents d’orateur pour
lancer une sorte d’OPA sur les militants du PC. Que Mélenchon fasse mine de redécouvrir les vertus du « radicalisme »
et cite le Manifeste communiste est une chose. Que le NPA délivre un blanc-seing « anticapitaliste » à cette
petite manœuvre politicienne est, en revanche, assez triste.
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D’autant que dirigeants et militants du PG n’ont aucune envie, en ce qui les concerne, d’être assimilés de près ou de
loin aux révolutionnaires. À ce titre, une anecdote est symptomatique : pendant la campagne, dans une des régions où le
NPA a réussi à s’allier avec le Parti de gauche – la Champagne-Ardenne – le journal L’Union a publié un
article assassin et particulièrement anticommuniste sur les listes Lutte Ouvrière et NPA-Parti de gauche, assimilant
notamment l’extrême gauche et le terrorisme. Un des porte-parole de la liste NPA-PG, Daniel Monnier, a demandé un droit de
réponse au journal, où il s’est insurgé en ces termes : « Je réfute catégoriquement l’assimilation à
« l’extrême gauche » qui m’est appliquée ainsi qu’à la liste « Tous ensemble à gauche ! »
dont je suis le porte-parole. C’est à la fois méconnaître mon parcours personnel et l’identité du parti auquel j’ai
contribué à la création [le Parti de gauche]. […] Les citoyens doivent être informés que cette « autre
gauche » n’est pas un avatar de l’extrême gauche mais bien une construction politique nouvelle, […] à la fois
radicale dans ses convictions et prête à s’engager dans la responsabilité démocratique. »
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Dont acte. Comme tous les politiciens sociaux-démocrates, les dirigeants du Parti de gauche ont des
« convictions » radicales, mais sont prêts à les oublier dès lors qu’il s’agit de « s’engager dans
la responsabilité démocratique », c’est-à-dire d’aller aux affaires. Voilà donc le parti après lequel le NPA a
couru pendant des mois.
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Répétons-le, il est bien peu probable que les dirigeants du NPA – du moins ceux qui ont une certaine expérience
politique – aient cru que le PCF et le PG allaient renoncer, nationalement, aux postes de conseillers régionaux
distribués par le PS, pour les beaux yeux d’Olivier Besancenot. Mais il leur fallait en revanche donner le change à tous
ceux qui, au sein même du NPA, ne se sentaient absolument pas de porter la responsabilité d’une candidature non
unitaire ; voire – et ils sont apparemment nombreux parmi les nouveaux adhérents du NPA – à ceux qui avaient
sincèrement envie de faire alliance avec les partis réformistes. Le NPA s’est donc vu obligé de poursuivre le bluff
jusqu’au bout, jouant le jeu du « plus unitaire que moi tu meurs », dans le seul objectif de prouver à la face du
monde que c’était bien les autres, et non lui, qui avaient rejeté l’unité. Jusqu’à la farce : alors même, à la
fin de l’automne, que le PCF et le PG étaient ouvertement en train de conclure un accord sans le NPA, celui-ci continuait
inlassablement de convoquer des « réunions unitaires », qui n’étaient qu’un jeu de dupes.
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Pour aller au bout de sa démarche, le NPA a bu le calice jusqu’à la lie puisqu’il a fini, lui qui faisait du refus de
participer aux exécutifs dirigés par le PS un préalable absolu à tout accord, par tenter de trouver un compromis même sur
ce sujet : une proposition de plate-forme du mois de novembre précise ainsi : « La possibilité de participer aux
exécutifs régionaux dépend des rapports de force politiques et sociaux […]. Nous refuserons donc de participer à un
exécutif dominé par le PS ou Europe écologie qui mènerait une politique libérale conforme aux exigences du
patronat et de l’Union européenne » (souligné par nous, NDLR). Autrement dit, voilà le NPA prêt à participer
à un exécutif régional avec un PS… qui ne serait pas soumis aux « exigences du patronat » !
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Le NPA était parfaitement conscient du recul que représentait cette proposition, puisqu’un des rédacteurs du journal
Tout est à nous écrivait dans l’édition du 19 novembre : « Il est tout de même significatif qu’au plan
national personne ne veuille de cette formulation qui représente de la part du NPA une concession de taille. […] C’est
bien dommage. » Derrière ces pleurnicheries se cache la découverte de la dure réalité : le NPA a eu beau tout
faire pour tenter de faire oublier que ses origines étaient à l’extrême gauche, ses interlocuteurs, eux, ne l’ont pas
oublié.
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Finalement, comme il fallait bien commencer à établir des listes, le NPA a pris acte de l’impossibilité d’un accord
national avec le Front de gauche. Il a donc choisi de « consulter ses adhérents » sur l’attitude à avoir par
rapport à cette gauche qui se dit à gauche du PS. Début décembre 2009, trois motions ont été soumises au vote des
adhérents du NPA. La première (Position A) proposait de « poursuivre la politique de rassemblement », mais
région par région. La deuxième (Position B), tout en estimant que le NPA avait eu bien raison de tenter l’alliance avec le
Front de gauche, demandait de ne pas poursuivre les négociations au niveau régional et d’engager une campagne en solo. Quant
à la troisième (Position C), rédigée par les plus irréductibles « unitaires », elle proposait de… reprendre les
négociations avec le Front de gauche.
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La consultation en question n’a apparemment pas passionné les foules au sein du NPA : à peine plus de la moitié des
« 8 000 membres recensés à ce jour », selon les dirigeants du NPA eux-mêmes, soit 4 500, ont voté. Et le
résultat du vote a été à l’image de ce NPA, qui se fait une fierté de n’avoir pas de ligne politique claire et de
privilégier la pluralité des points de vue par rapport à l’homogénéité. Le vote a été une grande réussite en la
matière, puisqu’il n’en est sorti aucune majorité, chaque motion recueillant environ un tiers des voix1.
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Il ne restait plus à la direction du NPA qu’à prendre acte de cette situation et à laisser chacun se débrouiller seul.
Rappelons que dans ses statuts le NPA écrit : « Nous voulons un parti qui innove dans la manière d’organiser
l’action militante. » Cet objectif, nous devons bien le reconnaître, a été atteint au-delà de toute espérance :
le NPA a « innové » en disant à chaque fédération de faire, dans cette campagne, ce qui lui plaisait.
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Une carte électorale aux allures de patchwork
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Paradoxalement, cette attitude du « chacun fait ce qui lui plaît » était sans doute le seul garant… de l’unité du
NPA. Une unité faite de bric et de broc, sans axe, sans principe, sans lisibilité, mais qui permettait d’éviter que le NPA
explose avant même les élections, comme cela se serait peut-être produit si la direction nationale avait tenté d’imposer
une position unique.
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La carte de France des listes du NPA est donc un peu compliquée – constituée de listes NPA indépendantes ici,
d’alliances avec le Front de gauche là, avec le PG seul ailleurs, avec des morceaux du PCF ailleurs encore, le tout
saupoudré, partout où c’était possible, de quelques accords avec les décroissants, dont les raisonnements réactionnaires
séduisent un certain nombre de nouveaux adhérents du NPA.
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Le résultat est résumé dans le tableau suivant :
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| Listes NPA seul | Alsace | 10 | | Aquitaine | | | Centre | |
| Franche-Comté | | | Haute-Normandie | | | Île-de-France | |
| Lorraine | | | Nord-Pas-de-Calais | | | Picardie | |
| Rhône-Alpes | | | Listes NPA + Front de gauche | Languedoc-Roussillon | 3 |
| Limousin | | | Pays de la Loire | | | Listes NPA + Parti de
gauche | Basse-Normandie | 2 | | Champagne-Ardenne | | | Listes NPA + PG + dissidents
PC | Bourgogne | 1 | | Listes NPA + écologistes/décroissants/alternatifs divers | Auvergne | 5 |
| Bretagne | | | Midi-Pyrénées | | | Poitou-Charentes | |
| PACA | | | | |
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Dans trois régions sur 21, le NPA était présent sur la liste sans la conduire – ces régions (Languedoc-Roussillon,
Limousin et Pays de la Loire) étant celles où un accord local avait été trouvé avec le Front de gauche.
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Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur le programme de ces trois régions dans lesquelles, comme de bien entendu, les
revendications du NPA ont été noyées dans un méli-mélo acceptable par n’importe quel parti de gouvernement. Ainsi en
Pays de la Loire, la liste « Tous ensemble la gauche vraiment ! » se définissait-elle comme « une bonne
gauche pour battre la droite ». Pour ce qui avait trait aux compétences de la Région, la liste d’union présentait
un vaste programme de gestion allant de « la mise en place d’un observatoire régional de la démocratie » à la
création d’un « Pôle régional de l’énergie », en passant par la création d’une « charte
contraignante d’écoconditionnalité » (sic) et la revendication fondamentale de « produire local pour manger
local ».
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Rien d’étonnant à tout cela, pour des programmes qui ont été élaborés essentiellement par le PCF ou le PG.
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On aurait pu croire en revanche que, là où le NPA se présenterait seul, il profiterait de sa liberté d’action pour parler
d’autre chose. Erreur. Le NPA seul a choisi de se présenter, à peu de chose près… sur le même programme.
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La liste NPA de PACA (comprenant il est vrai des « alternatifs ») proposait rien moins qu’un programme de gestion de la
Région de 32 pages, comprenant entre autres la création d’une « Chambre régionale de la santé », le
« soutien au spectacle vivant », sans oublier « la sauvegarde des espaces naturels (forêts, garrigues,
zones humides), patrimoine essentiel pour la biodiversité et la qualité de vie en Provence ». La liste alsacienne
(100 % NPA celle-ci) s’organisait essentiellement autour du transport gratuit, mais mettait en premier point de son
programme « l’adéquation entre l’urgence sociale et l’urgence écologique » : « Les élus du NPA
s’engageront, apprend-on, pour organiser un plan d’urgence énergétique régional, […] protéger les terres
agricoles », notamment les « prairies sèches », « défendre une agriculture agro-écologique
s’appuyant sur les circuits courts », etc.
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Et ne parlons pas de la liste Picardie, qui mettait sur le même plan l’interdiction des licenciements, la régularisation des
sans-papiers et le soutien aux logiciels libres. Ou de la revendication trouvée en bonne place sur le matériel de campagne de
la liste Aquitaine réclamant « l’adoption par la Région de la Charte européenne du droit des langues
régionales » – ladite charte étant un document essentiel de la Commission européenne réclamant, entre autres, la
reconnaissance et la promotion de langues telles que le Frison septentrional et le Haut-Sorabe, sans oublier le Bas-Sorabe.
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En fait, quasiment le seul point commun de toutes les listes NPA est d’avoir fait campagne sur le thème des transports
gratuits – ce qui est une revendication juste – mais sans mettre l’accent sur le fait que cette gratuité devait
être à la charge du patronat – ce qui l’est moins. Et encore, il semble que tous les membres du NPA ne soient pas
d’accord sur les conditions d’une telle réforme, puisqu’en Auvergne du moins les troupes d’Alain Laffont, qui était
déjà « à droite » de la LCR, ne réservaient cette gratuité qu’à ceux « qui gagnent moins de 1 000 euros
par mois ». Tant pis pour les smicards, donc, puisque le smic est à 1 055 euros net.
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Et dans toutes les régions le NPA a évidemment fait la part belle aux idées de la décroissance, proposant « la
relocalisation de l’agriculture » ou « un autre modèle de consommation » – sans trouver choquant,
apparemment, de militer pour une réduction de la consommation, dans une période de crise qui se traduit par
l’appauvrissement général des classes populaires.
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Des objectifs réformistes
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Pendant toute la campagne, le NPA a entretenu l’idée que ses éventuels élus seraient en mesure de « peser » au
sein des Conseils régionaux, de « faire avancer les dossiers », pour reprendre une expression utilisée à la
télévision par Olivier Besancenot. Le NPA a même utilisé, lors de sa campagne, l’expression de
« contre-pouvoir » pour désigner ses futurs élus – contre-pouvoir aux majorités de gauche.
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C’est un recul du NPA par rapport aux idées que la LCR avait défendues dans d’autres élections, où elle ne parlait que
d’être le « représentant des travailleurs » au sein des institutions, ou l’équivalent de
« délégués du personnel ». Dans « contre-pouvoir », il y a « pouvoir », et une telle vision de
l’activité des élus est une approche gestionnaire, c’est-à-dire réformiste, bien éloignée des conceptions
fondamentales du mouvement ouvrier. Car n’oublions pas que nous parlons ici de Conseils régionaux, c’est-à-dire de
machines essentiellement dédiées à la distribution d’argent public au patronat, dirigées par des politiciens bourgeois
qui tous, à un degré ou à un autre, sont des partisans du capitalisme et de son ordre.
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Il s’agit bien ici d’une démarche électoraliste. Des révolutionnaires, dans une campagne telle que celle des régionales,
ne peuvent rien faire d’autre que mettre en avant l’idée que ces Conseils régionaux ne servent à rien, qu’il ne pourra
en sortir aucun changement profond dans la vie des travailleurs, aucune réponse aux problèmes vitaux qui touchent
aujourd’hui le monde du travail. Cela a été, pour ce qui nous concerne, le sens de notre campagne. Si le terme
« d’anticapitalisme » a un sens, cela devrait être de défendre l’idée que, sous le capitalisme, il n’y a
d’autre perspective pour le monde du travail que de mener des luttes d’ensemble pour améliorer lui-même son sort, plutôt
que de s’en remettre à quelque « élu » que ce soit.
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Le NPA, lui, a confirmé le fait qu’il croit dans les possibilités d’action de ses élus en envisageant, dès avant le
premier tour, de quémander auprès du Parti socialiste des places éligibles au second, là où il réaliserait plus de 5 %.
Obtenir de tels élus en Île-de-France paraissait par exemple « envisageable » à Olivier Besancenot, si
Jean-Paul Huchon « acceptait d’avoir un contre-pouvoir à sa gauche ». Un ou deux élus du NPA auraient donc
été un « contre-pouvoir » aux 142 élus du PS, du PC et des écologistes ? C’est prêter de bien curieuses vertus
à la possession d’un petit strapontin.
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Quoi qu’il en soit, les demandes du parti d’Olivier Besancenot n’ont remporté aucun succès. Car quels qu’aient été
les efforts du NPA pour faire oublier que son ancêtre a été révolutionnaire, le PS, lui, ne l’a pas oublié, comme en
témoigne l’attitude de François Hollande en Limousin, qui a catégoriquement refusé qu’un candidat du NPA (allié au
Front de gauche) figure sur une liste d’union au second tour.
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Et lorsqu’il s’est présenté seul, le NPA n’a atteint nulle part les 5 % lui permettant de fusionner avec d’autres
listes. Cela ne l’a évidemment pas empêché, à peine le premier tour terminé, de s’empresser d’appeler à voter pour
le Parti socialiste afin de « battre la droite ». Et la foi assez irrationnelle du NPA dans le pouvoir des
Conseils régionaux – et, réciproquement, son manque de confiance dans les luttes – s’est clairement exprimée dans
la bouche d’Omar Slaouti, l’une des têtes de liste de la région Île-de-France : « Nos mobilisations sociales
dans la période à venir sont complètement légitimes – sans dire que seules ne comptent que les luttes, loin de là !
Il va falloir confirmer cette claque électorale à Sarkozy, il faudra compter sur le NPA, on ne sera pas aux abonnés
absents. »
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« Sans dire que seules ne comptent que les luttes, loin de là ! » Si cette petite phrase d’un dirigeant du NPA
exprime les nouvelles orientations de ce parti – et on peut le croire, puisque cette déclaration en vidéo figure en bonne
place sur le site Internet du NPA – il ne fait aucun doute que nous sommes plus éloignés de lui que nous l’étions de
feu la LCR : car nous sommes, pour notre part, profondément convaincus que « seules ne comptent que les
luttes ».
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Rien de nouveau sous le soleil ?
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Quelles que soient les raisons qui ont conduit le NPA à mener campagne sur un terrain aussi électoraliste, ce parti n’a
finalement pas attiré autant d’électeurs qu’il l’aurait souhaité. Le NPA, il le dit lui-même, a connu un recul en
nombre de voix par rapport aux élections européennes : « Dans les dix-huit régions conduites par une tête de liste
NPA, nous perdons 285 000 voix, soit 35 % des suffrages de juin 2009. »
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Apparemment, la tentative d’attirer les électeurs du Front de gauche, en tenant grosso modo le même discours que lui, a
échoué.
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Peut-être que le NPA a aussi payé le prix du choix désastreux d’avoir cautionné la candidature d’une militante voilée,
en affirmant que l’on pouvait parfaitement être à la fois féministe, laïque, et voilée : le choix du NPA a
probablement détourné de lui un certain nombre d’électrices féministes. Il y regardera peut-être à deux fois la
prochaine fois qu’il aura envie de faire de la démagogie vis-à-vis de ce qu’il croit être « les jeunes des
quartiers ». Mais quand bien même ce choix lui aurait rapporté des voix, cela ne le rendrait pas plus pardonnable :
présenter une jeune femme voilée comme candidate aux élections – non une simple adhérente, mais une représentante du
parti – est une façon de cautionner le voile, ce signe d’oppression des femmes. En ce qui nous concerne, notre
solidarité va aux femmes qui se battent contre le port du voile, partout où des militants de l’intégrisme ou des États
réactionnaires tentent de l’imposer.
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Redisons-le : le débat, sur cette question, ne se plaçait nullement sur le terrain de la « laïcité », comme le NPA a
tenté de le faire croire, mais sur celui de la lutte contre l’oppression des femmes. Et quand bien même ! La ligne de
défense d’Olivier Besancenot suite à « l’affaire » de la candidate voilée a été d’énumérer le nombre
d’ecclésiastiques qui ont été élus à l’Assemblée nationale depuis qu’elle existe – pour prouver que la
présence de religieux au Parlement n’est pas incompatible avec la République. Curieuse défense ! Il y a eu aussi un
certain nombre d’élus qui étaient hauts officiers de carrière ou grands capitalistes, et l’on suppose que ce n’est pas
ce qui pousserait le NPA à prendre sur ses listes de pareils individus. Et arguer, comme l’a fait Besancenot, que l’abbé
Pierre a même siégé à l’Assemblée en soutane, c’est prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles : il ne nous
semble pas que l’abbé Pierre était candidat de la LCR. Il ne s’agit pas de discuter si des religieux ont, ou non, leur
place à l’Assemblée nationale ou dans les Conseils régionaux, mais de savoir s’ils y ont leur place sur des listes
d’un parti qui se revendique de l’anticapitalisme et… du féminisme.
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Aux élections européennes, le NPA avait fait quasiment jeu égal avec le Front de gauche. Il s’est alors engagé dans une
compétition électorale avec celui-ci : espérant apparemment faire de même aux régionales, il a mis tellement d’eau
dans son vin qu’il n’était guère possible de distinguer ce breuvage de celui des réformistes. Au final, sa tentative a
échoué.
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Peut-être que l’axe de campagne platement réformiste du NPA aux régionales représente les convictions de ses membres et de
sa direction. Ou peut-être que le NPA a hérité des traditions politiques de la LCR, consistant à s’adapter en permanence
à toutes les modes politiques.
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Mais lorsque la LCR a courtisé, tour à tour, les staliniens, les réformistes, les nationalistes tiers-mondistes, les
maoïstes, les écologistes, cela ne lui a jamais rien rapporté – car, selon une formule tristement célèbre les gens
« préfèrent toujours l’original à la copie ». Cela ne rapporte apparemment pas plus au NPA de courtiser,
aujourd’hui, les électeurs du Front de gauche.
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8 avril 2010
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