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Lutte de Classe
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N°126
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mars 2010
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Spéculation sur la dette des États, sur les devises... La menace d’une nouvelle crise encore plus grave
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Depuis cet hiver, le monde s’enfonce dans une nouvelle crise. Ou plus exactement, dans un nouvel épisode d’une crise qui va
en s’aggravant, tandis que s’accélère le rythme de formation de nouvelles « bulles » spéculatives(1).
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L’alarme a d’abord retenti à Athènes. Mais il n’a fallu que quelques semaines pour que la situation de la Grèce, avec
l’explosion de sa dette publique et la spéculation qui s’en nourrit en vidant les caisses de l’État grec, cesse
d’être présentée comme un cas particulier. D’abord concentrés sur ce pays, les feux de la spéculation ont gagné
l’Espagne et le Portugal, dont il fut bientôt envisagé publiquement qu’eux aussi puissent se retrouver en état de
cessation de paiement(3). Puis, vint le tour de l’Italie, de l’Irlande et d’autres membres de la zone euro(4), dont la
France, de voir pointés leurs déficits publics et leur endettement. Et la situation financière de la plupart des États de
la zone euro est devenue telle qu’on envisage de plus en plus souvent, tel Le Figaro du 19 février dans un article
intitulé : « Scénario fiction : le jour où l’euro explosa », que la zone euro éclate sous la pression de la
spéculation, combinée aux égoïsmes de ses États les plus puissants.
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Mais la zone euro n’est pas la seule que la tourmente financière mette à mal. Mi-février, il a suffi que le gouvernement
britannique confirme avoir dû emprunter 4,3 milliards de livres, alors que l’an dernier à pareille époque il affichait un
surplus de 5,3 milliards, pour que la livre chute sur les marchés de change. Les « marchés » – ce qui, dans le langage
des hommes politiques et des médias, est une façon de ne pas nommer les spéculateurs et les banquiers – avaient aussitôt
interprété cette annonce comme un signal de méfiance à l’égard de la livre. Misant alors sur sa baisse, financiers et
spéculateurs ont massivement vendu des livres, ce qui a forcé la Banque d’Angleterre à relever le taux de ses obligations
d’État(5). Ces derniers temps, les banques avaient déjà usé d’une telle manœuvre contre la Grèce, et dans le même
but : obtenir des gains en misant contre la monnaie d’un État en manque de fonds. La spéculation contre la Grande-Bretagne
s’arrêtera-t-elle là ? En tout cas, quand le quotidien Les Échos cite « Pimco, un des plus gros investisseurs
du monde dans les dettes d’État, [qui dit du Royaume-Uni que] ses bons du Trésor reposent sur un lit de
nitroglycérine », des spéculateurs peuvent y voir la perspective de faire sauter la banque – à leur profit !
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Quant aux États-Unis, première puissance économique et financière mondiale, dont l’endettement public détient le record
mondial toutes catégories (12 000 milliards de dollars), si leur monnaie, le dollar, profite de l’affaiblissement des autres
devises, rien ne garantit qu’elle ne risque pas à son tour de devenir la cible d’une spéculation « à la baisse »(6).
Ainsi, des agences de notation financière(7) n’excluent pas, étant donné l’ampleur des déficits américains, de priver
les États-Unis de la note maximum « AAA », qui qualifie un État pour le peloton de tête des emprunteurs les plus sûrs.
Quoi qu’il en soit, la banque centrale américaine, la Fed, prend cette menace au sérieux. Elle vient de relever son taux
d’escompte(8), pour signifier aux détenteurs de capitaux qu’ils auraient tort de jouer contre le dollar puisque, placé en
dollars aux États-Unis, leur argent leur rapporte plus qu’avant et plus qu’ailleurs. Cela les satisfera-t-il et pour
combien de temps ? C’est une autre question.
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Les États se sont endettés pour sauver les financiers...
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Ces derniers mois, pendant que les dirigeants des grandes puissances répétaient que la crise financière ayant éclaté en
2008 s’éloignait désormais dans le passé, une nouvelle « bulle » incubait. Et les mêmes feignent maintenant de
découvrir que la spéculation, qui se jette sur l’endettement des États, endettement partout en forte hausse précisément
depuis 2008, menace d’entraîner dans un processus de faillites en cascade un grand nombre de pays, y compris les plus riches
et les plus développés économiquement.
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Recul de l’euro, déstabilisation amorcée de la zone euro : les États européens ont jugé la situation suffisamment
inquiétante pour y consacrer, en février, au moins deux réunions d’urgence à Vingt-Sept. Mais hormis des sacrifices
supplémentaires que les États veulent imposer aux peuples, et pas seulement grec, portugais ou espagnol, au nom de la
réduction des déficits publics, que peut-il sortir de ces tractations au sommet ? Rien. Et pour une raison bien simple :
aujourd’hui pas plus qu’hier, les dirigeants de la planète ne sont en situation, quand même ils le souhaiteraient, de
maîtriser leur propre système, ce système capitaliste où les milieux de la finance jouent avec les peuples et la dette des
États aussi facilement qu’un turfiste mise au PMU. Mais si le résultat du tiercé n’influe guère sur la vie des chevaux
qui l’ont couru, la spéculation sur la dette publique, elle, ne peut qu’aggraver les conditions d’existence des
populations prises sous le feu des spéculateurs. Et puisque enfoncer des pays entiers dans plus de misère peut leur rapporter
gros, banquiers, traders(9) et autres gestionnaires de fonds sont prêts à jeter, en un seul jour, des milliards dans la
spéculation, alors même que les gouvernements prétendent que l’argent manquerait, pour le logement, pour les services
publics, pour l’éducation, pour assurer des retraites décentes, etc. !
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Alors, tout en mettant en œuvre des plans d’austérité renforcée contre les peuples, il reste aux dirigeants européens et
autres à tenter de donner le change quand se lève une nouvelle tempête provoquée par la spéculation, sans que personne ne
s’avise de prédire quelle ampleur elle va prendre. Et pas même ces chefs d’État et de gouvernement qui, les yeux rivés
sur les intérêts de la seule classe qu’ils servent, affirmaient encore récemment que la crise était finie. Cela
uniquement parce que, après l’effondrement du système financier international de 2008, les profits des banques
recommençaient à affluer, alors que les fermetures d’usines et les licenciements non seulement ne cessaient pas, mais se
multipliaient. Mais même là, dans les sommets du personnel politique de la bourgeoisie, le ton a changé depuis quelques
semaines. L’heure n’est plus à prétendre que tout va bien alors que, moins de deux ans après celle de 2008, une nouvelle
crise prend forme, dont l’éditorialiste d’un quotidien économique, Les Échos, pourtant bien peu contestataire, a
récemment affirmé, en la comparant aux secousses précédentes, qu’il s’agissait de la « troisième crise, la vraie
».
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... Qui spéculent maintenant sur la dette des états
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En 2007, la spéculation autour des subprimes(10) avec leurs « produits dérivés(11) » avait débouché sur une crise
financière généralisée. Les premiers touchés avaient été les États-Unis. Les autres pays occidentaux avaient suivi, car
leurs banques aussi s’étaient gavées de ces « produits dérivés » décrits, mais après coup, comme « toxiques ». Dans
le monde entier, des banques se retrouvaient avec des portefeuilles de placements regorgeant de titres ne valant plus rien,
sans même que les dirigeants de ces banques puissent savoir précisément lesquels de leurs placements restaient sains (d’un
point de vue de banquier), non contaminés par des titres « toxiques ». En effet, depuis des années l’ingénierie bancaire
a consisté à mélanger en un tout inextricable des titres à haut risque avec d’autres.
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Pour sauver ces banques et, bien au-delà d’elles, de vastes secteurs de l’économie, les États accordèrent sans compter
des centaines, des milliers de milliards de dollars, d’euros, de livres, de yens puisés dans les caisses publiques. Cela
servit, entre autres aux États-Unis, aux institutions financières fédérales à racheter 1 450 milliards de dollars de
titres de crédits ou financiers liés au secteur immobilier sinistré par la crise des subprimes.
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En fait, les États et leurs banques centrales auraient bien été en peine de débarrasser financiers et banquiers de toutes
les créances dites « pourries » qui plombaient leurs comptes – il y en avait bien trop. Et puis la pourriture spéculative
avait peu ou prou contaminé de larges secteurs de la finance mondiale. Mais en affirmant qu’ils voulaient faire le ménage,
même s’ils ne l’ont fait qu’en partie, les gouvernements du monde entier rétablissaient la confiance des marchés.
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Car c’était la méfiance généralisée de ces derniers qui grippait toute la machine financière. La défaillance de
certains créditeurs, y compris de banques de première grandeur comme Lehman Brothers, et la masse énorme des titres pourris
en circulation faisaient que, en quelques semaines, les établissements bancaires et financiers avaient cessé de se prêter
les uns les autres et de prêter aux entreprises qui en avaient besoin.
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Cela avait débouché sur une crise mondiale des liquidités(12), non pas parce que le monde en aurait manqué, mais alors même
qu’il en regorgeait. De ce fait, les circuits de financement habituels de l’économie se tarissaient et, cessant d’être
irriguée, l’économie menaçait de ne plus pouvoir fonctionner.
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La dette publique et son rôle
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Des sommes fantastiques furent alors données ou prêtées à un taux voisin de zéro, et bien inférieur à celui de
l’inflation, aux banques, aux gros industriels, aux grandes compagnies d’assurances. Tout cela fut présenté comme devant
servir à relancer la machine économique.
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Mais ce que les gouvernements vantaient comme une politique habile de « sortie de crise » – en fait, ce n’était que la
solution qu’ils avaient trouvée pour sortir leurs financiers du pétrin dans lequel ils s’étaient eux-mêmes enfoncés,
et dans lequel ils avaient entraîné la planète – avait accumulé tous les éléments d’une nouvelle crise. Une crise
plus grave, plus profonde que celle dont les dirigeants des grandes puissances prétendaient tirer leurs pays.
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Car c’est cette abondance de capitaux, mis à disposition des capitalistes à un prix cadeau par les États, que l’on
retrouve aux sources de la crise actuelle, et qui continue de l’alimenter. Elle apparaît en débit, dans les chiffres qui
s’affolent des déficits publics de la Grèce aux États-Unis et, conséquence de ce qui précède, en crédit, dans les
sommes astronomiques que les financiers jettent dans la spéculation sur les monnaies – l’euro, mais aussi les monnaies de
la plupart des pays d’Europe centrale et orientale – et sur l’endettement des États. Pour pallier cette crise des
liquidités, l’État américain a injecté 1 000 milliards de dollars dans l’économie, via des prêts à taux quasi nul de
la Fed, la banque centrale. Ce taux, la Fed vient de le relever « légèrement », selon son président, Bern Bernanke,
qui souligne qu’il s’agit de « rester très accommodant » pour l’économie.
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Pour ce qui est d’être accommodants avec leurs banquiers et spéculateurs, les autres États n’ont rien à envier à
Washington. On estime qu’en moyenne les principaux gouvernements de l’Union européenne ont, en 2008-2009, sacrifié de 8
à 10 % de leur PIB (produit intérieur brut) sous forme de fonds publics destinés à « soutenir l’économie »,
c’est-à-dire leurs capitalistes.
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On sait comment les gouvernants grecs ont été mis au ban de la zone euro, notamment par leurs homologues allemands et
français, parce que la dette publique de la Grèce atteignait 227 milliards d’euros. Pourtant, pour ne prendre que cet
exemple, la France, elle, affiche une dette souveraine plus de six fois supérieure à celle de la Grèce, puisqu’elle
dépasse 1 500 milliards d’euros ! Quant aux sept pays les plus riches de la planète, ceux du G7 (États-Unis, Japon,
Allemagne, Grande-Bretagne, France, Canada et Italie), ils cumulent l’équivalent de 22 000 milliards d’euros de dettes
publiques. C’est cent fois plus que celle de la Grèce, dont on nous dit qu’elle serait grosse du risque d’un krach
obligataire(13) à l’échelle mondiale !
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Quant au ratio dette publique/PIB(14) de la Grèce, lui aussi montré du doigt comme exorbitant, s’il est de 122 %, la moyenne
du G20 (les vingt pays les plus puissants du monde) en ce domaine dépassera 100 % cette année, soit un ordre de grandeur
comparable.
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Autant dire que la menace, bien réelle, d’un krach financier lié à l’endettement public ne vient pas de la Grèce,
contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire. Elle réside dans la façon dont les États, et d’abord les
principales puissances impérialistes, ont pillé leurs finances publiques pour sauver leurs capitalistes.
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L’endettement public ne date pas d’hier. Depuis que la bourgeoisie a établi son pouvoir en Europe et en Amérique du Nord,
au 19e siècle, la dette souveraine a toujours été un moyen pour l’État de soutenir, sur des fonds publics, la bonne
marche des affaires des détenteurs de capitaux, et d’en présenter la note aux classes travailleuses et aux exploités.
C’est pourquoi, dès 1880, un des premiers partis socialistes européens, le Parti ouvrier français, dans son programme
rédigé par Jules Guesde avec la collaboration étroite de Marx, mettait au troisième rang de ses revendications
immédiates « la suppression de la dette publique ».
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Ce n’est effectivement pas d’hier que la bourgeoisie use de la dette publique comme une arme financière braquée contre la
classe ouvrière. Plus près de nous, en 1973, c’est ce que rappela à sa façon la décision d’interdire au Trésor public
de s’adresser à la banque centrale, la Banque de France, pour financer des dépenses de l’État. En 1976, Giscard
d’Estaing, qui avait été ministre des Finances de Pompidou avant de lui succéder à la tête de l’État, compléta cette
interdiction, qui plaçait le Trésor public à la merci des créditeurs privés, par une disposition autorisant l’État à
payer les intérêts de sa dette à un taux supérieur à celui de l’inflation. Les organismes financiers et les riches
particuliers ayant « investi » dans les prêts à l’État – notamment à l’occasion d’emprunts obligataires – ne
pouvaient que s’en frotter les mains. Pour eux, ces mesures arrivaient à point nommé : elles coïncidaient avec les débuts
de ce qui est devenu la longue crise du système capitaliste, dans ces années soixante-dix où les capitalistes du monde entier
cherchaient par tous les moyens à enrayer la chute du taux de leurs profits. Et à trouver de nouvelles sources pour ces
derniers.
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Par ces mesures concernant la dette publique, l’État français, comme d’autres à la même époque et pour les mêmes
raisons, ouvrait au capital un champ de profits ne dépendant plus des aléas de la conjoncture, mais de la seule générosité
de classe des hommes qui dirigent la machine de l’État. À charge pour ces derniers de pressurer la population par
l’impôt, par la réduction des services publics, pour financer et subventionner de mille et une façons le patronat dans un
contexte de stagnation économique durable.
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Année après année, le déficit du budget a donc alourdi la dette publique. Mais plus la dette se gonfle, plus l’État doit
s’adresser aux « marchés » pour financer ses dépenses ou simplement, et c’est de plus en plus le cas, pour avoir de
quoi payer les annuités d’une dette qui, par le jeu des intérêts composés, double tous les sept ou dix ans.
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Devenu le deuxième poste du budget de l’État français, juste après celui de l’Éducation nationale, le service de la
dette pèse plus de 42 milliards d’euros par an. Autrement dit, ceux qui ont prêté des fonds à l’État français
engloutissent chaque année l’équivalent de ce que rapporte au Trésor l’impôt sur les revenus, et cela dans le
cinquième pays le plus riche de la planète !
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Et encore, il s’agit là du fonctionnement normal d’un système où, pour les capitalistes, piller les finances publiques
avec l’aide de l’État fait partie de la routine. Après l’ébranlement de 2008 qui a secoué les milieux financiers dans
le monde entier, la donne a quelque peu changé : l’argent que les États ont dans la pratique gratuitement fourni aux
financiers revient en effet, tel un boomerang, frapper ces États sous la forme d’une spéculation autour de leur dette
publique.
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Derrière les « marchés financiers », les grandes banques
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Récemment, José Socrates, le Premier ministre « socialiste » d’un Portugal pris pour cible par les spéculateurs, se
plaignait, dans le journal Libération, de ces attaques, en expliquant que « si notre déficit a plongé, c’est
parce que nous avons fait un effort budgétaire pour aider notre économie ébranlée par la crise mondiale ». José
Socrates a beau déplorer le manque de reconnaissance de ceux qu’il a bien servis, il y a peu de chance que cela les retienne
de mordre la main qui les a nourris. Et qui s’apprête à récidiver puisque, dans la même interview, après s’être vanté
d’avoir réduit de précédents déficits en 2005-2007, ce qui n’a pu se faire qu’au détriment des dépenses utiles à la
population, il ajoutait : « Je sais comment faire et je suis prêt à le faire. » Tout un programme ! Et il n’est
probablement pas le seul de son espèce à être prêt à l’appliquer. Car si la Grèce, l’Espagne et le Portugal – tous
trois dirigés par des gouvernements socialistes qui ont adopté des plans draconiens de réduction de leurs déficits au
détriment de leurs populations – se trouvent en première ligne, d’autres pays dont il est parfois question dans les
médias (Italie, Irlande, Grande-Bretagne, France, États-Unis pour n’en citer que quelques-uns) pourraient se retrouver, eux
aussi, sous la pression de ceux que gouvernants et médias nomment les « marchés financiers ».
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En fait, derrière cette dénomination volontairement abstraite se trouvent la plupart des grands établissements bancaires et
leurs filiales ou départements spécialisés dans ce qui est devenu leur activité la plus lucrative, la spéculation. Le
terme « marchés financiers » n’est que le pseudonyme sous lequel se cachent des établissements bien connus pour s’en
prendre aux États et à leurs habitants.
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Ainsi, l’américaine Goldman Sachs, première banque d’affaires mondiale, qui a profité de l’éclatement de la « bulle
» des crédits immobiliers aux États-Unis pour éliminer ou racheter des concurrents en empochant d’énormes dividendes.
Elle a été mise en cause publiquement parce que, dans la crise grecque, elle joue sur plusieurs tableaux à la fois : comme
conseillère du gouvernement grec dans sa recherche de financements et comme une des principales bénéficiaires de la tempête
qui secoue les finances grecques, via plusieurs de ses fonds spéculatifs. Fin janvier, Goldman Sachs aurait ainsi transmis à
la bible des milieux d’affaires internationaux, le Financial Times, l’information – mensongère – selon laquelle
Athènes avait échoué à placer 25 milliards de dollars d’obligations en Chine. Le gouvernement grec eut beau démentir, la
publication de cette « nouvelle » porta un nouveau coup à la crédibilité de l’État grec auprès des prêteurs
internationaux, qui en profitèrent pour relever le niveau de leurs exigences(15). Par le biais de filiales et de hedge
funds(16) liés à elle, Goldman Sachs rafla ainsi un paquet de milliards pour elle-même et ses clients sans que cela lui
coûte autre chose que d’avoir répandu une fausse nouvelle. Surtout, on vient d’apprendre comment la même banque
d’affaires avait, en 2002, aidé le gouvernement grec d’alors à camoufler une partie de sa dette publique, afin que
celle-ci semble respecter les critères dits de Maastricht(17) d’adhésion à l’Union européenne. Non seulement Goldman
Sachs en profita pour empocher, au titre du service rendu, une rémunération de près de 300 millions de dollars pour un
milliard camouflé sur dix empruntés, mais elle y gagna de ne rien ignorer de l’état réel des finances de l’État grec
– un avantage précieux pour qui spécule sur les besoins de financement de cet État (et d’autres, Goldman Sachs ayant agi
de même avec l’Italie, par exemple).
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Quant à l’indignation qu’affectent les dirigeants des principales puissances de la zone euro quand ils exigent de la Grèce
(mais pas de Goldman Sachs) qu’elle s’explique sur ces faits, elle relève de la plus complète hypocrisie. D’abord,
l’Allemagne et la France ont également dissimulé une partie de leurs déficits(18) en maintes occasions. Ensuite, ces deux
États et leurs banques en savent long, et depuis longtemps, au sujet de la dette grecque(19). Et pour cause ! les banques
françaises et allemandes, au premier rang desquelles la Dresdner Bank et le Crédit Agricole, détenant, à elles seules, 30 %
du total de la dette publique grecque.(20)
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À Bruxelles, lors de la réunion des dirigeants de l’Union européenne consacrée à la crise grecque et au risque qu’elle
s’étende à d’autres pays, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont tenu, au nom des deux « poids lourds » de la zone euro,
à annoncer dans une conférence de presse commune que l’Union avait décidé de soutenir le « plan d’ajustement » de la
Grèce. Ils réaffirmaient ainsi publiquement que, si les États de l’Union européenne et de la zone euro sont réputés
égaux, certains le sont sans doute plus que d’autres...
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Mais Merkel et Sarkozy tenaient là aussi leur rôle de mandataires des grandes banques françaises et allemandes. En sommant le
gouvernement grec de jeter sa population dans la misère s’il le fallait pour en tirer jusqu’au dernier euro de ce que les
financiers exigent, Merkel et Sarkozy voulaient rassurer les marchés. Mais, d’un autre côté, ils ne voulaient pas
débourser un sou, alors qu’il n’aurait pas fallu grand-chose – le président de la BCE, la Banque centrale européenne,
a assez dit, avec mépris, que la Grèce ne représentait « que 2 % du PIB de l’Union européenne », avec un
endettement en proportion – pour casser net la spéculation contre la Grèce. Et au-delà, contre l’euro.
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En fait, c’est parce que cette dette publique a partout explosé depuis 2008, avec des intérêts versés qui augmentent
encore plus vite, que la planète financière tout entière s’est engouffrée dans cette « bulle » naissante. Et que les
spéculateurs se sont ingéniés à la faire gonfler en misant sur une dégradation de la situation financière des États
qu’ils ont pris pour cibles.
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Dans le cas de la Grèce, la spirale spéculative s’est enclenchée, l’an dernier, quand le Premier ministre socialiste
nouvellement élu annonça que le déficit budgétaire risquait d’être deux fois plus important que ne le prétendait le
précédent gouvernement, de droite. Aussitôt, les détenteurs d’obligations d’État – grandes banques, fonds
internationaux de placement, etc. – se précipitèrent pour les vendre, en considérant que la valeur des emprunts d’État
grecs allait baisser. Ce sauve-qui-peut provoqua cela même que les « investisseurs » disaient redouter. Le problème, pour
le gouvernement grec qui se retrouvait avec des finances plus à sec que prévu, était qu’il avait un besoin urgent de
fonds. C’est là que les spéculateurs l’attendaient au tournant : puisque sa cote auprès des acheteurs d’emprunts
d’État était en recul, ceux-ci n’accepteraient d’acheter des obligations que si le rendement offert par l’État grec
était réévalué à la hausse. Toute information, vraie ou fausse, toute rumeur affaiblissant le crédit de l’État grec
était tout bénéfice pour eux puisqu’elle poussait l’État, pris à la gorge, à augmenter l’intérêt qu’il était
prêt à leur verser. C’est d’ailleurs ainsi qu’en quelques semaines les obligations grecques, originellement au même
niveau d’intérêt que les obligations émises par l’État allemand (bunds), elles aussi en euros, se retrouvèrent
à flamber. Au point qu’aujourd’hui l’écart est de plus de 4 % entre elles et les obligations allemandes, qui font
office de référence pour la zone euro. Dans le cas du Portugal et de l’Espagne, le même type de spéculation s’est
développé, avec un retard sur la Grèce, ce qui se traduit – pour le moment – par un moindre écart de leurs emprunts
d’État avec les bunds. Mais les spéculateurs n’ont évidemment aucune raison de s’en contenter puisque, en
quelques mois, ils ont déjà obtenu un résultat hautement profitable pour eux. Mais aussi, parce que, tout comme avec les
crédits immobiliers à haut risque, toute une pyramide de « produits dérivés », bien plus rentables encore que la «
simple » spéculation sur la dette publique grecque, portugaise ou espagnole, s’est édifiée en se greffant sur cette
nouvelle bulle spéculative.
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Outre d’avoir déjà servi de prétexte à plusieurs gouvernements européens pour imposer de nouveaux sacrifices aux
salariés (recul de l’âge de la retraite ; gel, voire diminution des salaires ; nouvelles coupes dans les budgets sociaux ;
aggravation du démantèlement des services publics...), la spéculation a aussi déstabilisé la zone euro dont la Grèce fait
partie ainsi que l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et l’Italie.
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Un précédent : le S.M.E. victime des spéculateurs
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Début février, le Financial Times rapportait qu’en une semaine les traders et les hedge funds,
spéculant sur une baisse de l’euro, avaient accumulé 40 000 contrats contre cette devise pour un montant de huit milliards
d’euros. Il ne faut pas s’étonner, dans pareilles conditions, que les analystes de Natixis (banque de financement et de
services financiers du deuxième groupe bancaire français, BPCE – Banques populaires-Caisses d’épargne), rappelant que
« la crise économique a causé la rupture du SME (système monétaire européen) en 1992-1993 », se soient récemment
demandé si la crise actuelle « pourrait briser la zone euro aujourd’hui ».
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Première tentative d’unifier quelque peu le jeu des monnaies nationales en Europe, le SME avait en son temps regroupé la
plupart de ces dernières dans un système qui leur interdisait, en théorie, de fluctuer de plus de 2,25 % autour d’un cours
prédéterminé. Sur fond d’une crise mondiale qui s’était accompagnée, en 1971, de la fin de la libre convertibilité en
or du dollar, monnaie mondiale de référence, puis, en 1973, de l’instauration d’un système mondial de « changes
flottants » des monnaies au gré de l’offre et de la demande, le SME visait à instaurer un minimum de stabilité des
devises au moins à l’intérieur du Marché commun. Il s’agissait, sinon d’interdire la dévaluation compétitive d’une
devise(21), en tout cas d’en réduire les nuisances pour les échanges intra-européens.
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En 1992, sur un fond de fort ralentissement économique, l’Allemagne, qui avait en outre à faire face aux dépenses
générées par l’absorption de l’ex-RDA (l’Allemagne de l’Est), décida de relever ses taux d’intérêt pour rendre
le mark, sa monnaie, attractif pour les spéculateurs, donc pour attirer des capitaux. Le gouvernement français prit des
mesures similaires. D’autres membres du SME, qui n’avaient pas les moyens de suivre pareilles enchères, ce qui
affaiblissait leur monnaie, devinrent la proie des spéculateurs. Un financier américain, George Soros, acquit alors une
célébrité mondiale en poussant, avec d’autres spéculateurs, à la dévaluation de la livre britannique par des ventes
massives de cette devise sur les marchés de change(22). La livre s’effondra et dut sortir du SME, suivie par la lire
italienne, la peseta espagnole... Ce 16 septembre 1992 où la livre fut défaite par la spéculation, Soros gagna le surnom
de « l’homme qui brisa la Banque d’Angleterre » – tout un symbole puisque, créée en 1694, elle fut la
première banque centrale du monde. Dix mois plus tard, vint le tour du franc français. La Banque de France sortit 300
milliards de francs, sans que cela suffise à faire cesser la spéculation. Il fut alors décidé que les taux de change
pourraient fluctuer de plus ou moins 15 % au sein du SME. Autant dire que c’en était fini du SME : ceux qui avaient joué
sur son éclatement pouvaient empocher les dividendes de leurs spéculations (Soros avait encaissé un milliard de dollars en
misant contre la livre).
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L’euro dans la ligne de mire de la spéculation
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Quand plusieurs bourgeoisies européennes décidèrent de créer l’euro, dans la foulée du SME et de son échec, il
s’agissait pour elles de se doter d’un instrument monétaire qui assurerait une plus grande cohésion à tout ou partie du
Marché commun. Même réduite à seize États sur les vingt-sept que compte l’Union européenne(23), la zone euro a
épargné à ses membres ce qui avait été la plaie de la période antérieure : l’instabilité permanente des taux de
change et les bouleversements commerciaux que cela provoquait périodiquement en Europe(24).
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Mais les contradictions inhérentes à la construction de la zone euro, les mêmes que celles qui pèsent sur ce qui est devenu
l’Union européenne, depuis ses premiers pas à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’ont évidemment pas disparu. Ni par
enchantement, ni même à la longue. Ces contradictions résultent des oppositions d’intérêts plus ou moins marquées entre
les puissances impérialistes d’Europe, et d’abord l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, ainsi que de la
faiblesse relative de chacune d’entre elles, faiblesse qui leur impose de trouver un minimum de terrain d’entente pour
pouvoir continuer à exister face aux géants mondiaux que sont les États-Unis et le Japon.
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Certains de ces États européens, pas tous, ont bien voulu créer une monnaie commune, qui n’est donc pas une monnaie unique,
comme le voudrait son nom. Et c’est bien là que le bât blesse : pour qu’il y ait une monnaie véritablement unique, il
aurait fallu qu’il existe au préalable un État unique dont ce soit la monnaie, un État qui puisse l’imposer là où
s’exerce son autorité. Or, précisément, un tel État n’existe pas en Europe.
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Cette faiblesse congénitale de l’euro se manifeste de bien des façons, ce qui le rend aussi plus vulnérable à la
spéculation. Ainsi, les statuts de la Banque centrale européenne, la BCE, lui interdisent depuis sa création de pouvoir agir
comme la Fed américaine, qui a toute latitude de racheter des titres représentant une part de la dette publique. C’est que
la Fed est adossée à un État unique, celui des États-Unis, avec une bourgeoisie américaine qui reconnaît cet État comme
le sien, alors que la BCE, garante de la « monnaie unique », ne relève d’aucun État européen unique, et encore moins
d’un État unifié, mais doit composer avec les intérêts différents, sinon divergents et rivaux, de plusieurs puissances
du continent.
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Bien sûr, face à chaque problème, la BCE, comme d’autres institutions dites européennes, cherche à dégager ce qui
pourrait être un dénominateur commun à ces puissances européennes, mais sans même avoir la certitude qu’il puisse s’en
trouver un.
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Pour les bourgeoisies qui choisirent, lors de la signature du traité de l’Union européenne, il y a dix-huit ans à
Maastricht, de se doter d’une monnaie commune, ce dénominateur commun, c’est que l’euro facilite la circulation des
marchandises entre les pays qui l’ont adopté. C’est aussi que cet euro, voulu fort par la BCE, c’est-à-dire par
l’Allemagne et la France, permet aux États impérialistes de la zone d’exporter plus facilement leurs capitaux, du fait
d’un taux de change favorable à l’euro, et d’acheter à bon compte des entreprises en Amérique comme dans toutes les
parties du monde où le dollar fait office d’unité monétaire de référence.
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Cette situation, propice aux grands groupes financiers européens, suppose que, pour compenser leurs sorties de capitaux, la
zone euro en attire d’autres. D’où une politique de taux servis par la BCE toujours légèrement supérieurs à ceux que
pratique la Fed, qui elle n’a pas besoin de cela pour attirer une bonne partie des capitaux mondiaux en quête de forts
rendements. Il lui suffit d’offrir la garantie de la première puissance de la planète pour cela. On en a eu une nouvelle
preuve ces dernières semaines quand, la spéculation se déchaînant sur certains pays de la zone euro, on a assisté, selon
un banquier danois, à « une fuite planétaire vers le dollar et les obligations émises par le Trésor américain ».
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Cette spéculation pourrait-elle forcer des pays à quitter la zone euro, comme d’autres, ou les mêmes, avaient été
contraints de quitter le SME ? L’avenir le dira. Rien ne permet d’exclure une telle hypothèse, pas plus que d’affirmer
que les choses évolueront dans ce sens. Encore que, exemple de l’égoïsme national des grandes puissances, quand l’Union
européenne parle d’aider la Grèce, c’est à condition que cela ne coûte rien à l’Allemagne, à la France et à
l’Angleterre, entre autres. Pour l’heure, on peut au moins constater que de puissants intérêts financiers ont joué
contre des pays comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal et que, en les obligeant à se refinancer à des taux toujours plus
élevés sur les marchés internationaux, cela a affaibli leur monnaie commune, l’euro.
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L’euro, qui avait dépassé 1,50 dollar sur les marchés des changes il y a neuf mois, a depuis perdu plus de 10 % de sa
valeur. Cette glissade peut être passée presque inaperçue dans des pays de la zone euro dont 80 % des échanges
s’effectuent au sein de cette zone. Mais ces 10 % et quelque représentent des gains fabuleux pour ceux que l’on n’a pas
l’habitude de présenter comme des spéculateurs, alors qu’ils font partie des plus importants qui soient : les grosses
sociétés qui ont des filiales, ou simplement des partenaires en affaires, aux quatre coins de la terre et qui jonglent en
permanence sur les taux de change pour des montants qui se chiffrent en milliards de dollars, de yens, d’euros, de livres,
etc. Il y a bien sûr les grandes banques dont c’est une des raisons d’être ; les principales compagnies d’assurances
aussi, dont les activités financières ne se distinguent plus guère de celles des banques... Et puis, évidemment, il y a
tous ces hedge funds, ces fonds spéculatifs, qui seraient une dizaine de milliers dans le monde, et pas tous, loin de
là, anglo-saxons, comme cherchent à le faire croire hommes politiques et médias, en présentant les attaques contre l’euro
comme émanant de pays extérieurs à la zone euro.
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Déterminer de quel pays relèvent les hedge funds tient d’ailleurs de la gageure : un grand nombre d’entre eux sont
domiciliés dans des paradis fiscaux. Autrement dit nulle part, à en croire Sarkozy quand il prétend que ces paradis fiscaux
ont disparu ! Ce que l’on sait c’est que ces hedge funds, quand ils ne sont pas l’émanation directe de groupes
financiers européens, américains ou asiatiques, gèrent des sommes colossales que ces grands groupes et d’autres leur
confient pour qu’elles rapportent très gros et très vite.
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Quand la production recule, que le monde s’enfonce dans la crise, des rendements financiers de 15 % ou plus ne peuvent
s’obtenir que dans la spéculation financière. C’est d’ailleurs cela qui avait provoqué une véritable ruée de tous
les secteurs du capitalisme mondial sur les subprimes et leurs « produits dérivés ». Avec les conséquences que
l’on sait.
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Le même phénomène se reproduit autour de la dette publique et d’une monnaie comme l’euro. Et pour les mêmes raisons.
Avec en plus le fait que l’euro, monnaie d’un vaste ensemble économique et humain, reste un nain politique moins apte à
résister à la spéculation que d’autres monnaies de statut mondial.
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Une spéculation qui sème des bombes à retardement
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C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles, quoi que prétende la ministre française de l’Économie, Christine
Lagarde, quand elle affirme que la dépréciation de l’euro serait une « amélioration » pour les industries
exportatrices de la zone euro – dans la mesure où cela rend leurs produits moins chers dans la zone dollar –, il n’est
pas certain que les grands groupes financiers européens partagent cet optimisme de commande. En outre, cette baisse de
l’euro, en le rendant moins attractif pour les détenteurs de capitaux en mal de placements rentables, risque d’obliger la
BCE à relever ses taux directeurs. Et donc de rendre l’accès au crédit en euros plus coûteux, pour les entreprises qui en
ont besoin pour produire, comme pour celles qui s’en servent pour spéculer.
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Cela n’a pas de sens de chercher à prévoir si l’euro résistera à ces tensions, sauf bien sûr pour ceux qui misent très
gros sur son évolution.
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Depuis des mois, des milieux de la finance américaine, européenne ou autre misent d’énormes masses de capitaux en faisant
le pari d’une nouvelle baisse du cours de l’euro. Ces financiers ont déjà empoché des gains énormes à ce casino où le
budget des États leur sert de jetons permettant de décupler leur mise.
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Le risque que cette spéculation débouche sur un effondrement budgétaire de tel ou tel État est-il réel ? Peu leur importe
puisqu’ils peuvent vendre « à découvert (25)» des obligations, bons du Trésor et autres titres de la dette publique
grecs, espagnols ou autres, en escomptant bien que la baisse de ces titres leur rapportera le plus possible.
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Évidemment, pour cela il faut que le cours du titre ait baissé, que la cote de l’État émetteur de la monnaie ou des bons
du Trésor visés se soit dégradée aux yeux des marchés. Plus la spéculation se développe, plus la situation financière
de l’État qu’elle a pris pour cible se détériore, et plus cela attire d’autres requins de la finance ayant flairé
l’odeur du sang et des profits. Bien sûr, personne n’ignore que ce processus ne peut pas se développer éternellement ;
les spéculateurs savent bien que plus leur spéculation prend de l’ampleur, plus se précise le risque d’un défaut de
paiement de l’État qu’ils pillent. C’est d’ailleurs pourquoi, en même temps qu’ils cherchent au plus vite à se
débarrasser des papiers de l’État grec ou espagnol qu’ils viennent d’acheter, en réalisant au passage un gros
bénéfice, les spéculateurs cherchent aussi à rafler sur le marché des titres appelés credit default swaps (CDS).
Constituant une sorte d’assurance contre le défaut de paiement d’un emprunteur, qu’il s’agisse d’une entreprise ou
d’un État, les CDS sont en fait des « produits dérivés » de la bulle spéculative sur la dette des États. Leur mode de
formation, et de prolifération, est le même que celui que l’on avait pu observer, avant 2008, quand les crédits
immobiliers « pourris » américains avaient donné lieu à la création de nombreux « produits dérivés » hautement
risqués, dont déjà les CDS, qui enthousiasmaient les milieux financiers par leurs rendements élevés... jusqu’à ce que
la crise explose en 2007, puis se transforme en crise financière mondiale en 2008.
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Dans le cas présent, les CDS garantissent en principe que, en cas de défaut de paiement d’un État, l’organisme financier
émetteur de ces CDS s’y substituera(. Mais cette garantie est très théorique. D’abord parce qu’aucun organisme ne
pourrait probablement faire face en cas de faillite d’un ou plusieurs États tant les sommes en jeu sont colossales. En ce
sens, il peut les qualifier, comme le fait l’économiste Paul Jorion, de « bombe à retardement susceptible de
précipiter encore davantage l’effondrement de la finance dans son ensemble ». Et on peut rappeler que, lors de la crise
de 2007-2008, le plus grand assureur au monde, American Insurance Group (AIG), a fait faillite précisément parce que, avec
d’autres, il avait vendu des CDS, pourtant jugés peu risqués, sur la quatrième banque d’affaires de Wall Street, Lehman
Brothers, dont l’effondrement fut l’un des épisodes les plus marquants de la crise financière généralisée. Depuis, le
volume des CDS en circulation n’a cessé de croître, notamment avec la spéculation sur la dette publique et sur l’euro.
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Car ce qui leur sert de moteur, y compris dans les transactions entre entreprises, ce n’est pas tant le risque qu’ils sont
censés couvrir que les gains qu’ils procurent comme « produits dérivés » hautement spéculatifs. On estime que, par leur
effet démultiplicateur des sommes jetées notamment dans la spéculation sur la dette des États, ces CDS et d’autres «
produits dérivés » du même genre peuvent rapporter jusqu’à vingt, voire trente fois la mise initiale. Quel spéculateur,
quel gestionnaire de fonds, quel directeur financier d’un grand groupe résisterait à de telles promesses de gains ! Même
les taux que promet l’État grec à ceux qui achètent de ses obligations – deux fois plus élevés que ceux qu’offre
l’État allemand – ne représentent rien au regard de tels profits. La spéculation sur la dette publique (grecque ou
espagnole ou italienne, voire un jour française ou britannique, et même américaine) se trouve à l’origine de toute cette
pyramide de « produits dérivés ». Mais elle n’en est plus qu’un lointain support, tant la spéculation – et c’est
caractéristique de la période actuelle de crises – tend à se développer par elle-même, pour elle-même, sans rapport
autre que de plus en plus ténu avec la sphère de la production des biens matériels.
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Pour autant que l’on dispose de statistiques fiables en la matière, on estime que le volume des encours des CDS ne cesse de
croître. Fin 2009, il avait déjà atteint le chiffre de 55 000 milliards de dollars. C’est presque le double de la dette
publique estimée (30 000 milliards de dollars) des sept pays les plus riches de la planète. Cela représente même une somme
supérieure au cumul de la dette publique de tous les États du monde(27) !
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Un tel ordre de grandeur, vertigineux, donne une idée du caractère de plus en plus parasitaire du système capitaliste
mondial. Pour assurer des profits sans cesse croissants à quelques milliers de grands groupes, et à leurs actionnaires, une
myriade d’institutions de toute taille spécialisées dans la spéculation sont prêtes à mettre à genoux des pays entiers,
à jeter dans la misère leurs populations, à mettre en faillite des États faisant partie d’un des continents les plus
riches de la planète, à faire éclater la zone euro qui regroupe près d’un demi-milliard d’habitants et certaines des
économies les plus développées du globe.
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Certes, le scénario du pire n’est pas encore écrit. Mais la soif insatiable de profits et l’irresponsabilité sans bornes
de ceux qui animent ce système sont telles que, si on ne les empêche pas à temps de nuire, si on n’exproprie pas les
financiers du monde entier, tout ce qu’ils pourront apporter à l’humanité sera encore pire que tout ce que l’on peut
imaginer.
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25 février 2010
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Notes
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1. Bulle : brusque gonflement des prix de l’immobilier, de matières premières, de certaines devises, des actions de secteurs
dits innovants («nouvelles technologies», Internet, etc.), dû à la spéculation. Une fois lancée, la «bulle» semble se
nourrir d’elle-même, jusqu’à ce qu’elle éclate.
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2. Dette publique (dite aussi dette souveraine) : montant cumulé au fil des ans de ce qu’un État donné a dû se procurer,
par l’emprunt ou par l’émission d’obligations, bons du Trésor et autres «papiers», pour couvrir les dépenses de son
budget quand elles excèdent ses recettes.
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3. Cessation (ou défaut) de paiement d’un État : un État, dont les caisses sont vides, déclare ne plus pouvoir rembourser
ses créanciers. Pour qu’il y parvienne, des organismes financiers internationaux, tel le FMI, vont lui faire crédit en
exigeant qu’il mène une «politique d’ajustement» – en fait, qu’il impose des sacrifices à sa population – et
qu’il dévalue sa monnaie. La Russie en 1998, l’Argentine en 2001, l’Islande fin 2008, Dubaï fin 2009 ont connu pareille
situation.
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4. Zone euro : elle regroupe seize pays d’Europe qui ont l’euro pour monnaie commune.
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5. Obligation d’État : titre de créance émis par un État, à intérêt fixe et remboursable à une échéance prévue
d’avance. Ces «papiers», tout comme les emprunts d’État et bons du Trésor, sont recherchés car les États (riches)
sont vus par les «investisseurs» comme des débiteurs parmi les plus sûrs.
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6. Spéculation à la baisse : opération qui consiste, dans ce cas, à vendre des dollars – si d’autres spéculateurs font
pareil, cela provoque la chute du cours de cette devise – en donnant l’ordre de les racheter plus tard, quand leur cours
aura baissé. Le but est bien sûr d’empocher la différence.
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7. Agences de notation : Elles prétendent évaluer le risque de placements pour le compte des spéculateurs. La note qu’elles
attribuent aux États, ou aux entreprises, censée refléter la confiance que les «investisseurs» peuvent placer en eux,
influe sur le taux d’intérêt que les emprunteurs doivent offrir aux spéculateurs.
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8. Taux d’escompte : taux auquel elle rémunère les prêts à très court terme. Il atteint désormais 0,75 %.
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9. Trader : il s’agit d’un salarié d’une banque ou d’un fonds de placement qui se charge de spéculer pour le compte de
cet établissement, de ses actionnaires ou de ses clients.
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10. Subprimes : terme anglais désignant des crédits immobiliers gagés sur le logement de l’emprunteur, avec un taux
variable dans le temps, d’où leur très haut risque.
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11. Produits dérivés : ils sont apparus dans les années quatre-vingt comme instruments de garantie dans certaines opérations
spéculatives. Ces produits financiers se sont multipliés et diversifiés dans tous les domaines de la spéculation : marchés
de l’immobilier, des matières premières ou agricoles, des devises, des assurances, etc. Il existe même un marché
florissant des produits dérivés... d’autres produits dérivés.
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12. Liquidités : pas seulement la monnaie au sens strict, mais tous les moyens de paiement disponibles, y compris toutes sortes
de titres d’emprunt et autres produits spéculatifs.
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13. Krach obligataire : effondrement brutal du prix des obligations d’État, généralement provoqué par la spéculation qui
a misé sur le fait qu’un État dévaluera sa monnaie – ou sur des «produits dérivés» prévoyant le défaut de paiement
de cet État. Ici, c’est par un effet domino que d’autres États (notamment de la zone euro), affectés par ce type de
spéculation, pourraient entraîner un krach mondial.
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14. Le rapport entre le volume de la dette publique et le produit intérieur brut d’un pays est ainsi censé ne pas dépasser
60 %, selon les critères d’appartenance à l’Union européenne.
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15. Le gouvernement grec dut porter le taux des obligations d’État à 6,7 % sur dix ans.
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16. Hedge fund, fonds de couverture en anglais, un des principaux types de fonds spéculatifs.
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17. Critères d’inflation de 2 % maximum, de dette publique de 60 % maximum du produit intérieur brut et de déficit public
ne devant pas excéder 3 % de ce même PIB.
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18. Un exemple tout récent : le gouvernement Fillon a «sorti» des comptes de la dette publique française, pour cette année,
les 35 milliards du « grand emprunt » Sarkozy.
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19. Pour se couvrir contre le risque de son opération de 2002 avec l’État grec, Goldman Sachs s’était adressée à un
spécialiste allemand en « investissement en risque souverain », la banque Depfa.
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20. Sur une dette publique grecque de 252 milliards de dollars, les banques françaises détiennent 75 milliards, les banques
allemandes 43 milliards. Ces mêmes banques détiennent des titres de dette publique pour un montant six fois plus élevé dans
toute l’Europe du Sud.
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21. On appelle ainsi une baisse de son taux de change par un pays qui cherche ainsi à doper ses exportations au détriment de
ses partenaires commerciaux.
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22. C’est à ce même type de spéculation «à la baisse» qu’on assiste en Grèce, en Espagne, au Portugal, etc., même si
ces États partagent leur monnaie, l’euro, avec d’autres.
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23. Grande-Bretagne, Danemark et Suède ont choisi de rester à l’écart de l’euro, estimant qu’ils en retireraient plus
d’inconvénients que d’avantages. D’autres États, eux d’Europe de l’Est, n’ont pas eu le choix : intégrer la zone
euro était une des conditions de leur adhésion à l’Union européenne. S’ils n’ont pas encore l’euro comme monnaie,
c’est parce que leur endettement public ne respecterait pas des «critères de Maastricht»... dont on a vu qu’ils ne
s’appliquaient pas à tous de la même manière !
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24. L’Islande, victime d’un krach financier dû à la crise de 2008, ou le Danemark, attaqué par la spéculation, semblent
reconsidérer le fait d’être restés en dehors de l’euro... encore que les coups que les spéculateurs assènent à la
Grèce et à d’autres rappellent que l’euro n’a rien d’une panacée.
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25. Vente à découvert : vente d’un titre (devise, action, obligation, etc.) que l’on ne possède pas, en espérant pouvoir
le racheter, plus tard, à un cours moins élevé. La différence entre le prix de vente et le prix d’achat constitue le
profit du spéculateur... si le cours du titre a baissé. D’où les actuelles pressions spéculatives à la baisse sur
certains titres de dettes publiques et monnaies.
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26. En 2002, quand Goldman Sachs avait aidé le gouvernement grec à effectuer une opération de change fictif de dix milliards
de dollars destinée à camoufler une partie de sa dette publique, elle avait souscrit pour son compte – comme une assurance
– un CDS pour un milliard de dollars !
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27. La dette publique de tous les États atteindrait un total de 49 500 milliards de dollars – c’est plus de trois fois le
PIB des États-Unis !
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