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Le 7 août, la guerre éclatait à nouveau dans le Caucase. Cette fois entre la Géorgie, lancée à l’assaut de l’Ossétie
du Sud – indépendante de fait depuis 1992, mais qu’elle considère toujours comme une de ses provinces –, et la Russie,
venue secourir sa protégée ossète. Même si cette guerre n’a duré que quatre jours, le temps que le pouvoir géorgien
soit défait, elle a fait un millier de morts, des civils principalement, et des milliers de nouveaux réfugiés. Des
réfugiés qui sont aussi bien des villageois géorgiens de la région, chassés par les milices ossètes, que des Ossètes,
victimes de l’opération militaire géorgienne « Champ rasé », qui a transformé en décombres toute une partie de la
capitale de l’Ossétie du Sud, Tsinkhvali.
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Les spectres du passé
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Depuis une vingtaine d’années que l’Union soviétique a commencé à se déliter, avant d’imploser, le Caucase, mosaïque
de peuples où se côtoient et s’imbriquent des dizaines de nationalités, est partagé entre quatre États issus de la
décomposition de l’URSS : Russie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan. Et à la disparition de l’Union soviétique, déjà
catastrophique socialement et économiquement pour ses populations, s’est ajouté, pour celles du Caucase, le fait de devoir
vivre avec la peur permanente de la violence sous toutes ses formes.
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Celle-ci semble tout droit ressurgir du passé tsariste, voire plus lointain, avec ses affrontements inter-ethniques, version
actuelle des massacres entre tribus montagnardes dont jouaient les féodaux locaux (souvent géorgiens) et surtout les grandes
puissances afin d’asseoir leur emprise sur le Caucase.
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Au premier rang de ces dernières, la Russie, qui chercha tout au long du XIXe et au début du XXe siècles à s’étendre aux
dépens de son grand voisin méridional, l’empire ottoman. En embuscade, on trouvait aussi la Grande-Bretagne, qui lorgnait
sur les mêmes régions, et surtout sur le pétrole que l’on venait d’y découvrir, et qui, pour neutraliser sa
concurrente, attisait en sous-main les rébellions et insurrections que provoquait la poussée coloniale russe. Autant dire
que, dans les petites et grandes manœuvres de l’une comme de l’autre, les intérêts des peuples locaux n’avaient aucune
place. Ainsi, en août 1918, alors que la guerre civile submergeait l’ancien empire des tsars, lord Balfour, secrétaire
d’État britannique auquel sa politique répressive avait valu le surnom de « Balfour le sanglant » chez les Irlandais, et
un titre à la Cour, déclarait : « Je me moque bien de ce que les indigènes se taillent mutuellement en pièces. La seule
chose qui m’intéresse dans le Caucase est la ligne de chemin de fer qui achemine le pétrole de Bakou (en
Azerbaïdjan) à Batoumi », sur la mer Noire.
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Près d’un siècle a passé, et cela ne semble guère émouvoir davantage les grandes puissances que les Géorgiens et les
Ossètes s’entre-tuent, avec des armes et des conseillers militaires américains d’un côté et l’armée russe de
l’autre. Car, malgré la défaite éclair de leur protégé géorgien, les dirigeants américains ont été vite rassurés
sur un point majeur pour eux : les troupes russes, qui avaient pénétré en Géorgie, coupé ses voies de communication et
occupé Poti, son principal port, se sont abstenues de toucher à l’oléoduc de BP qui, via la Géorgie, achemine le pétrole
de Bakou vers la rive turque de la mer Noire, ainsi qu’au gazoduc qui le double !
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Quant aux droits des peuples, que ces grandes puissances invoquent quand cela peut leur servir à couvrir leurs méfaits, on a
constaté comment, n’ayant pas l’utilité d’un tel prétexte dans le Caucase, elles s’asseyaient dessus. Ossètes et
Abkhazes ne veulent pas être rattachés à la Géorgie, et ils l’ont maintes fois manifesté, y compris depuis la fin de
l’URSS en décembre 1991. Mais les dirigeants des puissances impérialistes, américains au premier chef, s’en moquent car,
depuis quelques années, ils ont choisi de miser sur la Géorgie dans la région et, du coup, d’appuyer ses prétentions
annexionnistes.
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La Russie se veut la protectrice des droits des Abkhazes et des Ossètes, ce qui pourrait faire sourire si l’on ne savait pas
que le Kremlin, qui vient de reconnaître « l’indépendance » de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud (sous les hauts
cris des grandes puissances !), est depuis longtemps le parrain des cliques politico-mafieuses qu’il a mises à la tête de
ces régions. Et surtout, qui pourrait oublier comment la soldatesque d’Eltsine, Poutine et Medvedev a piétiné et continue
à écraser les droits des Tchétchènes et d’autres peuples du Caucase russe ?
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Droits des peuples et droit de vivre en paix : ce qu’octobre 1917 apporta aux peuples du caucase...
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Les jeux mortels des grandes puissances avec la peau des peuples, l’État soviétique né de la révolution d’Octobre 1917
s’était, entre autres tâches, donné pour but de tenter d’y mettre un terme. Pour ce qui dépendait de lui, malgré son
manque de moyens, sa pauvreté et la guerre civile qui lui avait été imposée, il avait tout de suite offert aux peuples du
Caucase, comme à tous ceux que l’autocratie tsariste avait subjugués, la possibilité de décider par eux-mêmes de leur
avenir, y compris en se séparant de la Russie soviétique.
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À ceux, la grande majorité, qui choisirent finalement de se joindre à lui, le jeune État des soviets laissa la plus grande
latitude pour organiser leur vie nationale propre, et leur cohabitation avec d’autres peuples, comme ils l’entendaient. Et
cela sans que les formes institutionnelles que cela prenait aient eu quoi que ce soit de figé, et a fortiori de défini par en
haut. Le pouvoir central, dont toutes les forces, absorbées par la guerre civile, étaient tendues dans l’attente d’une
révolution victorieuse dans les pays industriellement développés, se contentait généralement d’avaliser a posteriori le
choix des populations locales. C’est d’ailleurs ainsi qu’il les rallia bien souvent à lui.
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Dans la pratique, ce mode de fonctionnement, justement parce qu’il était le plus démocratique possible, s’accompagna de
bien des tâtonnements, de compromis inévitables entre des intérêts nationaux parfois opposés ou contradictoires, de
décisions variant au cas par cas, et parfois au fil du temps pour un même peuple, de réajustements pour corriger ici des
erreurs, là des mesures que tel ou tel peuple pouvait ressentir comme une injustice.
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Cette façon d’aborder la question nationale fut la règle, au moins dans les premières années du pouvoir soviétique. Par
exemple, une région caucasienne actuellement traitée de « sécessionniste » par les autorités de Tbilissi,
l’Abkhazie, fut d’abord une république soviétique à part entière, puis, en 1922, elle choisit de ne pas rejoindre la
Fédération soviétique de Transcaucasie dont elle était pourtant voisine.
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Ce n’est que bien plus tard, en 1931, que Staline l’intégra à la Transcaucasie et, en 1936, quand il décida de dissoudre
celle-ci en ses principales composantes (la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan), qu’il rattacha l’Abkhazie, contre
son gré, à la Géorgie.
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... que leur reprit en grande partie le stalinisme
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Mais le pouvoir soviétique n’était déjà plus depuis longtemps celui des débuts, celui qu’avaient dirigé Lénine et
Trotsky. La démocratie ouvrière avait dû céder la place au régime de l’arbitraire bureaucratique et de la dictature de
Staline. Et rappelons que c’est dans le Caucase que celle-ci fit ses premiers pas en public. C’est à l’occasion de la
constitution de l’Union soviétique, fin 1922, quand il s’agit de décider des formes d’association des républiques
soviétiques entre elles et des relations qu’elles auraient avec la Russie, que les tendances chauvines grand-russiennes de
Staline et de sa clique se manifestèrent pour la première fois avec force.
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Lénine et Trotsky étaient pour un type d’association le plus souple, le moins contraignant entre les peuples et républiques
soviétiques. Et donc contre un centralisme imposé et excessif, contre tout ce qui aurait même pu évoquer une relation
inégalitaire entre un centre russe et une périphérie de nations non-russes.
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Or, cette relation de subordination, c’est précisément ce que voulait Staline. Devenu depuis peu secrétaire général du
parti, il contrôlait de fait l’appareil central du parti dirigeant et, du même coup, de l’État, avec une bureaucratie
omniprésente dont il allait se faire de plus en plus consciemment le porte-parole contre le reste de la population et contre
la vieille garde bolchevique. En outre, en tant que Géorgien d’origine, Staline s’occupait tout particulièrement des
affaires du Caucase. C’est à ce double titre qu’il chercha à imposer aux militants et dirigeants communistes du Caucase,
spécialement à ceux de Géorgie, une forme de soumission de leur pays – et des autres républiques soviétiques – au
centre, dans le cadre d’une Union soviétique où la bureaucratie russe prenait de plus en plus de poids.
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N’arrivant ni à convaincre ni à contraindre les communistes géorgiens, Staline les calomnia, les sanctionna, les
persécuta. Lénine, tenu éloigné par la maladie, découvrit la situation avec retard. Horrifié par la « campagne
véritablement nationaliste en faveur de la Grande-Russie » menée par Staline et ses lieutenants contre les communistes
géorgiens, Lénine réagit avec force. Le jour même de l’ouverture du congrès constitutif de l’URSS, il dicta un de ses
tout derniers textes avant sa mort, accusant Staline de se conduire en agent du « chauvinisme grand-russien » contre
des communistes qui refusaient d’accepter un mode de fonctionnement hypercentralisé de l’Union soviétique.
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Staline ne savait pas que Lénine menait là un de ses derniers combats, contre lui et contre la maladie qui allait bientôt
l’emporter. Il fit semblant de céder. Mais les peuples du Caucase et les communistes géorgiens n’en avaient pas fini avec
le chauvin grand-russien Staline. Et ce n’est pas un hasard si les communistes caucasiens, géorgiens en particulier, furent
très nombreux à rejoindre les rangs de l’Opposition de gauche trotskyste, restée fidèle aux idéaux bolcheviques. Staline
le leur fit payer de leur vie.
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Quant aux peuples soviétiques, sans doute nulle part plus que dans le Caucase ils ne furent autant victimes de l’arbitraire
bureaucratique. Bien avant que Staline aille jusqu’à en faire déporter plusieurs (les Karatchaïs, les Kalmouks, les
Tchétchènes, les Ingouches, les Balkars, les Tatars, entre autres) sous l’accusation fabriquée d’avoir collectivement
collaboré avec l’Allemagne nazie, le dictateur du Kremlin s’employa à remodeler à sa guise, et sans que les premiers
concernés aient voix au chapitre, les frontières des républiques et districts nationaux du Caucase.
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C’est ainsi que l’Ossétie, rattachée à la Russie depuis 1774, vit sa partie méridionale aller à la Géorgie.
L’Abkhazie, plus étendue et plus peuplée, fut donnée à la Géorgie. Béria, chef de la police politique de Staline, et
géorgien comme lui, fit fermer les écoles abkhazes et fit venir un flot d’émigrants pour réduire le poids relatif d’une
population autochtone trop indépendante à son goût. C’est un fait que, durant la guerre civile, l’Abkhazie avait pris le
parti de « l’étranger » russe et bolchevique contre le pouvoir légal, alors aux mains des mencheviks géorgiens, qui,
dans la tradition des princes locaux supplétifs du tsar, faisait la chasse aux révolutionnaires et aux peuples rétifs à
l’autorité de Tbilissi.
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Il n’est donc pas étonnant que, sous Brejnev, bien après la mort de Staline, des voix se soient élevées en Abkhazie qui
réclamaient le droit à se séparer de la Géorgie. Sans succès. Car la bureaucratie craignait comme la peste tout ce qui
aurait pu, même un peu, remettre en cause un ordre bien fragile. Et faire droit au souhait des Abkhazes aurait signifié
ouvrir une brèche par où, tôt ou tard, auraient pu se ruer les revendications d’autres peuples et, finalement, de toutes
les couches de la société soviétique...
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Le régime stalinien s’était construit en muselant la classe ouvrière, en liquidant son avant-garde révolutionnaire et en
foulant aux pieds les droits des peuples. Mais, malgré tout ce qui en faisait la négation réactionnaire du pouvoir
bolchevique, l’URSS des bureaucrates avait maintenu un cadre commun à l’existence de la centaine de peuples y habitant.
Quant aux frontières entre les républiques soviétiques, elles n’en étaient pas vraiment pour ceux des citoyens
soviétiques qui pouvaient se déplacer librement (ce qui n’était pas le cas, notamment, pour les kolkhoziens).
Républiques, républiques autonomes, districts nationaux, etc., il ne s’agissait que de subdivisions administratives d’un
immense ensemble où cohabitaient de très nombreuses minorités, la nation russe majoritaire n’ayant, officiellement, pas
plus de droits qu’une autre. Et il est vrai qu’elle n’en avait pratiquement aucun, lot commun à toute la population
soviétique, la bureaucratie mise à part.
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Mais, surtout au regard de ce qu’il est advenu de ce pays, on ne peut que formuler un constat. D’une part, tous ses peuples
sont restés ensemble pendant des décennies, certes sous la férule de la bureaucratie, mais ils ont vécu ensemble et sans
qu’on les fasse s’entre-égorger. Et d’autre part, la société dans laquelle ils vivaient avait une économie que
l’État cherchait à développer dans un cadre conçu à une tout autre échelle que celui d’aujourd’hui, étriqué,
replié sur lui-même et confiné à telle ou telle nationalité.
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Quand les bureaucrates post-soviétiques font leur miel du nationalisme
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Car, dès que les roitelets et les clans de la bureaucratie se mirent à dépecer ce cadre commun, au tournant des années
quatre-vingt-dix, on vit ressurgir, avec force, le nationalisme sous toutes ses variantes et la xénophobie. Et d’abord parce
que, pour asseoir leur pouvoir face au « centre » à l’autorité duquel ils voulaient se soustraire, les dirigeants des
quinze républiques soviétiques s’employèrent tous à faire vibrer la fibre nationale de l’ethnie majoritaire de ce
qu’ils considéraient comme leur fief. Le nationalisme sous toutes ses variantes avait désormais force de loi et pignon sur
rue. Cela ne pouvait que provoquer un violent rejet de la part des minorités nationales des nouveaux États indépendants
constitués sur les ruines de l’URSS. La situation devint d’autant plus explosive dans le Caucase que s’y trouvait une
multitude de peuples, désormais disséminés entre plusieurs États hostiles, et le plus souvent opprimés là où ils se
trouvaient en situation minoritaire.
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Car ce sont des États-nations que les dirigeants des ex-républiques soviétiques voulaient construire : des États où la
nationalité majoritaire aurait, de fait et même de droit, été dominante, les dirigeants nationalistes du pays sommant les
minorités de se soumettre. Or, petits ou grands, les territoires de ces nouveaux États reproduisaient souvent à leur
échelle ce qu’avait été l’URSS, un enchevêtrement de nombreuses minorités : azérie, arménienne, tatare, juive,
ossète, abkhaze, adjare, laze, russe..., pour ne prendre l’exemple que de la seule petite Géorgie.
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En mai 1991, le poète chantre du nationalisme géorgien, Zviad Gamsakhourdia, accéda à la présidence de son pays.
Proclamant « la Géorgie aux Géorgiens », il partit en guerre contre « les Tatars (les turcophones) qui
prennent la tête, ici des Arméniens, là des Ossètes, etc. » Et de lancer : « Chassons tous les non-Géorgiens et
liquidons les traîtres ! ».
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Qualifiés d’ »ingrats », de « déchets » dont il fallait « se débarrasser », pour avoir protesté
quand Gamsakhourdia supprima le statut d’autonomie de leur région, les Ossètes trouvèrent face à eux la police du pouvoir.
Elle tua des centaines d’entre eux, la répression forçant des dizaines de milliers d’autres à trouver refuge en Ossétie
du Nord, sur le versant russe du Caucase.
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Tbilissi tenta d’agir de la même façon avec les Abkhazes. Cela eut les mêmes conséquences dans les deux cas : les
habitants de ces régions prirent les armes pour imposer leur séparation d’avec l’État géorgien.
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Par la suite, Tbilissi prit quelque distance avec la xénophobie ouverte de Gamsakhourdia, le procureur général du pays
l’accusant (mais seulement après son éviction du pouvoir !) d’ »organisation d’un génocide contre le peuple
d’Ossétie ». Mais, sans que l’actuel gouvernement ait renoncé à reconquérir « ses » provinces « rebelles »
d’Ossétie et d’Abkhazie, comme il l’a fait pour celle d’Adjarie, en 2004. Et en attendant, il consacre plus du quart
de son budget à son armement, en clamant sa filiation avec la Géorgie des princes qui matait les peuples de la région, et
avec celle de « l’indépendance » (mai 1918-février 1921), sous tutelle allemande, puis anglaise, des massacreurs
nationalistes. Sans oublier Staline, dont le nationalisme géorgien n’a jamais hésité à se revendiquer, tel l’actuel
président, Mikhaïl Saakachvili, qui fit de la ville natale de Staline, Gori, et de la statue du « grand homme » le point de
départ de sa marche vers le pouvoir suprême, fin 2003.
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Nationalismes opposés et conflits permanents depuis la fin de L’URSS
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Mais il n’y avait pas que dans les anciennes petites républiques soviétiques du Caucase que le nationalisme avait
recommencé à flamber. La fin de l’URSS avait ouvert une ère de relations violemment conflictuelles entre la direction de
la Fédération de Russie et plusieurs de ses républiques méridionales tentées par le vent du large. À commencer par la
Tchétchénie où Eltsine et Poutine ont mené deux guerres qui ont dévasté ce petit pays et saigné sa population, ce qui a,
de proche en proche, entraîné dans un état de guerre (pour l’instant larvée) plusieurs régions voisines.
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Sous Eltsine et surtout depuis l’élection de Poutine, cette politique guerrière du Kremlin a été la toile de fond du
développement du « patriotisme », un nationalisme russe promu jour après jour par les autorités. Et il a d’autant
plus aisément infecté toute la vie sociale qu’il a quasiment été transformé en une religion d’État, soutenue par
toutes les « ressources administratives ». Autrement dit par les hommes, les institutions et les moyens financiers du
haut en bas de l’appareil étatique. Et l’on a vu le pouvoir, les partis dits d’opposition, les médias et autres «
faiseurs d’opinion » vanter l’idéologie nationaliste, en présentant ce poison comme la promesse d’une dignité
retrouvée, à une population russe que la disparition de ce qui avait été le cadre soviétique de son existence depuis des
décennies avait profondément traumatisée. Et d’autant que cela s’était accompagné de l’effondrement de son niveau de
vie.
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Pour Eltsine, puis Poutine, lancer la chasse policière aux « personnes d’origine caucasienne » (selon la
terminologie officielle) dans les grandes villes de Russie et jeter leur armée à l’assaut de la petite Tchétchénie,
c’était aussi un moyen pour tenter de chercher à attacher au char de l’État une population russe qui avait toutes les
raisons de haïr ceux qu’elle voyait à juste titre comme les voleurs au pouvoir, « nouveaux riches » et bureaucrates
confondus. La saoûler de prêchi-prêcha et de téléfilms patriotiques, invoquer les mânes de la Grande-Russie,
réhabilitée par le Kremlin et canonisée avec ses tsars par l’Église orthodoxe, c’était ce que les dirigeants et les
nantis avaient trouvé de plus efficace pour détourner l’attention des travailleurs russes des véritables responsables de
leur malheur : la bureaucratie et la bourgeoisie renaissante.
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À la même époque de la fin de l’URSS, les luttes internes à la bureaucratie s’accompagnèrent d’émeutes
inter-ethniques dans diverses républiques d’Asie centrale, suscitées, en tout cas utilisées par des clans rivaux de
bureaucrates. Dans le Caucase, il y eut les pogromes anti-arméniens de Bakou, commis avec la complicité des dirigeants de
l’Azerbaïdjan, puis une guerre ouverte entre ce pays et l’Arménie pour le contrôle du Haut-Karabakh. Ce territoire
peuplé d’Arméniens, mais situé en territoire azéri, avait un statut autonome du temps de l’URSS. Celle-ci ayant
disparu, les Arméniens du Haut-Karabakh n’avaient nulle intention de passer sous la tutelle d’un État qui avait couvert
les pogromes de Bakou : le Haut-Karabakh s’érigea en mini-État, sous la protection de l’Arménie, armée par la Russie.
Pour assurer sa continuité territoriale avec l’Arménie, le Haut-Karabakh annexa des régions, elles, peuplées d’Azéris.
D’où de nouveaux réfugiés, qui devinrent à leur tour le prétexte à alimenter l’irrédentisme de Bakou.
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Car là, comme en Géorgie, comme en Abkhazie ou en Ossétie, les dirigeants de chaque État ou entité concernés, qui exhibent
« leurs » réfugiés devant les caméras, et posent en défenseurs de leurs droits, n’ont cure de leur faire quitter les
camps d’urgence. Victimes d’affrontements qui les dépassent, les centaines de milliers de réfugiés du Caucase le sont
aussi de « leurs » dirigeants, qui voudraient en faire de perpétuelles « personnes déplacées » pour les seuls besoins de
leur propagande nationaliste et belliciste.
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Bien sûr, cela provoque parfois des réactions-boomerangs. En Géorgie, pour renverser Chévarnadzé, fin 2003, son ancien
ministre Saakachvili s’était notamment appuyé sur le mécontentement des réfugiés d’Abkhazie, toujours non relogés dix
ans après la guerre. Mais ceux-ci ne tardèrent pas à voir que Saakachvili avait beau recevoir une aide abondante de ses
bailleurs de fonds occidentaux, entre les commandes militaires et ce que détournait la camarilla au pouvoir, il ne restait
rien pour la grande majorité de la population. Du coup, fin 2007, d’ex-alliés de Saakachvili, retournant contre lui le
scénario qu’il avait monté contre Chévarnadzé, l’accusèrent de trafics en tout genre et de ne rien faire pour les
réfugiés, ni pour le reste d’une population toujours plongée dans la misère. Des centaines de milliers de personnes
manifestèrent contre Saakachvili. Mais, à la différence de son prédécesseur, il disposait, lui, de forces spéciales
entraînées par les conseillers militaires américains. Et elles déployèrent tout leur savoir-faire contre leur propre
peuple, sauvant ainsi la mise à Saakachvili qui, peu après, se fit réélire président dans des élections largement
truquées.
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La « communauté internationale », autre nom des grandes puissances impérialistes, n’y trouva rien à redire. Saakachvili
avait carte blanche pour tenter de ressouder derrière lui la population. Et tant pis si c’était en lançant une guerre
contre l’Ossétie du Sud.
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La Géorgie de Saakachvili et de ses parrains américains
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Dans cette aventure, le président géorgien a subi un double échec, militaire, mais aussi politique. Et il n’est pas dit que
son opposition – une nébuleuse de politiciens écartés du pouvoir qui cherchent à chevaucher un mécontentement
populaire profond et persistant –, qui avait déjà été à deux doigts de le renverser l’an dernier, ne cherche pas à
rééditer l’opération.
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Mais de là à prétendre, tel le président russe Medvedev, qu’après sa défaite d’août Saakachvili serait devenu un
« cadavre politique », c’est aller un peu vite en besogne. Car, même fragilisée, la position de Saakachvili n’est
pas celle de son prédécesseur, Chévarnadzé, à la veille de son renversement.
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Chévarnadzé, ancien « patron » de la Géorgie soviétique, ex-membre du Politburo et ex-ministre des Affaires étrangères
de Gorbatchev, avait été rappelé à la tête du pays, en 1992, pour remettre un peu d’ordre dans le chaos où l’avaient
plongé les luttes pour le pouvoir d’une myriade de clans à la fois bureaucratiques et féodalo-familiaux. De plus,
l’ex-président Gamsakhourdia avait provoqué la sécession de trois provinces, ce qui avait donné l’occasion à la Russie
de s’ériger en médiateur entre elles et Tbilissi, donc d’avoir barre sur le régime. Chévarnadzé n’eut d’autre choix
que de rejoindre bon gré mal gré la Communauté des États indépendants, créée autour de la Russie dans une tentative de
maintenir certains liens et fonctions hérités de l’URSS entre une douzaine d’anciennes républiques soviétiques.
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Certes, par la suite, Chévarnadzé participa à la constitution du GUAM, une alliance, patronnée par Washington,
d’ex-républiques soviétiques (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) qui veulent prendre du champ par rapport à
Moscou. Mais il eut beau aussi avoir accepté, après le 11 septembre 2001, la proposition américaine de lui envoyer des «
bérets verts » pour l’aider à lutter « contre le terrorisme », les États-Unis voyaient en lui sinon l’« homme
de Moscou », en tout cas, un homme du passé soviétique.
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Mais, il y avait assez de mécontentement dans le pays pour ébranler le président d’alors, et de jeunes ambitieux dans son
entourage, dont un certain Saakachvili, pour rebattre les cartes. L’occasion en fut fournie, fin 2003, par ce que l’on
appela « la révolution des roses ». Sur fond de mobilisation d’une population dramatiquement appauvrie, de larges secteurs
de l’appareil étatique lâchèrent Chévarnadzé avec l’approbation discrète, mais très efficace, des États-Unis disant
promouvoir ainsi le « développement de la démocratie » – une plaisanterie quand on sait que le « démocrate »
Saakachvili « s’inscrit dans la longue tradition des dirigeants géorgiens forts tels Staline et Béria », comme le
déclarait alors sa femme à la presse, et qu’il a ensuite fait emprisonner des dizaines d’opposants, au seul motif
qu’ils dénonçaient ses fraudes électorales.
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Côté « tradition » ou « démocratie », Saakachvili avait le profil idéal pour rassurer tant les privilégiés locaux que
les milieux dirigeants occidentaux. Petit-fils d’un général soviétique, il faisait ses études en Ukraine dans les années
où l’URSS sombrait. Puis, il les avait poursuivies à l’Ouest, et il était même devenu avocat aux États-Unis. Et après
avoir épousé une Hollandaise, il était revenu au pays mener une carrière politique, dans l’ombre de Chévarnadzé, qui en
fit un de ses ministres, puis contre lui. Un parcours fort représentatif de la nouvelle génération de dirigeants non russes
de l’ex-URSS, formés à l’école de l’Occident, qui n’ont guère à rompre de liens personnels avec le passé
soviétique, ni avec la Russie d’après 1991.
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D’ailleurs, depuis son accession au pouvoir, Saakachvili a maintes fois montré à quel point il a tissé des liens étroits
avec les puissances occidentales, les États-Unis en particulier. Ces liens, il voudrait les sceller par une adhésion à
l’Union européenne et surtout à l’OTAN. Mais même si ce point suscite des réticences du côté de la France, de
l’Allemagne et de l’Italie (qui ont des raisons politiques et commerciales de ne pas froisser inutilement leur gros client
russe et principal fournisseur de gaz), les puissances impérialistes ont affiché lors de la guerre du mois d’août, au
moins dans un premier temps, un parti pris unanime pour un État qui, agresseur de l’Ossétie du Sud, foulait aux pieds les
accords de non-agression qu’il avait signés sous l’égide de l’ONU ou de l’Europe.
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L’ombre armée des États-Unis sur l’ex-URSS
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Que les États-Unis aient formellement poussé ou pas la Géorgie à attaquer l’Ossétie du Sud, il est indiscutable qu’eux
et leurs alliés (pays baltes, Pologne, Israël, Ukraine, etc.) ont massivement armé la Géorgie depuis la « révolution des
roses ». En quatre ans, le budget militaire géorgien a été multiplié par dix. Rien qu’en 2007, il a presque doublé, au
point de représenter le quart du budget total de l’État géorgien. C’est que cela a un coût de maintenir sur un pied de
guerre le second plus nombreux contingent en Irak, après celui des États-Unis ! Et surtout, d’acheter aux marchands
d’armes des centaines de chars, de missiles, de pièces d’artillerie, etc., du dernier cri, et de construire des bases
militaires à la frontière nord du pays. Qui croira que tout cela n’avait pour but que de mater la toute petite Ossétie du
Sud avec ses 35 000 habitants et ses 2 500 hommes en armes ? En fait, bien sûr, c’était la Russie qui était visée.
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Toute la politique américaine dans la région allant, depuis des années, dans le sens d’une pression accrue sur la Russie,
et même de son encerclement par l’OTAN, Saakachvili avait quelques raisons de penser qu’il serait soutenu par ses
puissants parrains. Il l’a été, diplomatiquement. Cela lui a évité de voir sa capitale prise par les troupes russes.
Mais, dans l’état actuel des choses, les protecteurs de la Géorgie n’ont finalement pas semblé prêts à aller plus
loin. Ou plutôt, tout s’est passé comme s’ils avaient utilisé la Géorgie pour vérifier jusqu’où ils pouvaient aller
contre la Russie.
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Rendant compte de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, mi-septembre à Londres, le quotidien Le Monde
affirmait : « Calmer le jeu avec la Russie : tel est, selon plusieurs diplomates, le mot d’ordre qui prévaut au sein de
l’Alliance atlantique depuis la fin du conflit géorgien du mois d’août ».
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Était-ce un « jeu » quand, quelques jours avant l’attaque de la Géorgie, les États-Unis et elle organisaient des
manœuvres militaires conjointes, « Instant Response 2008 » ? Cela ressemblait plutôt à une répétition générale ! Et,
à peine signé l’accord de cessez-le-feu du 12 août entre la Russie et la Géorgie, de quoi s’agissait-il quand un navire
amiral de la flotte américaine de la Méditerranée faisait route vers le port de Poti, occupé par les troupes russes, pour y
délivrer de l’aide décrite comme « alimentaire » ? Serait-ce pour acheter de la nourriture (dont une partie de sa
population aurait d’ailleurs bien besoin) que Tbilissi vient encore d’accroître ses dépenses militaires ? Au même
moment, qui plus est, la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice se rendait à Varsovie pour y recevoir
solennellement l’accord de la Pologne à l’installation dans ce pays des fusées du « bouclier anti-missiles »
américain. Mais même si les dirigeants américains prétendent ne viser que des États « voyous », Iran ou Corée du Nord,
situés très, très loin de là... c’est aux frontières de la Russie qu’ils installent leurs fusées.
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Une guerre froide qui n’a jamais pris fin
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Lors du sommet de Bruxelles consacré à la crise du Caucase, Sarkozy, qui s’y exprimait en tant que président de l’Union
européenne, s’était récrié : « Le retour des zones d’influence est inconcevable (...). Ne lançons pas une guerre
froide comme cela, ne montrons pas nos biceps... »
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C’est l’éternelle histoire du voleur qui crie « au voleur ! » Car tout un chacun peut constater que l’Organisation du
traité de l’Atlantique Nord (OTAN), créée en 1949 par les États-Unis en tant que bloc militaire du camp impérialiste
dirigé contre l’Union soviétique, n’a été ni dissoute, ni mise en sommeil après la disparition de l’URSS. Elle
s’est même agrandie depuis, puisqu’elle regroupe 26 États. Et elle discute d’en intégrer deux nouveaux aux portes
même de la Russie : l’Ukraine et la Géorgie.
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James Baker, secrétaire d’État de George Bush père, avait promis à Mikhaïl Gorbatchev, alors qu’il s’apprêtait à
évacuer les troupes soviétiques d’Allemagne de l’Est, que jamais l’OTAN ne chercherait à pousser ses pions en ex-RDA.
Vingt ans après, ce sont toutes les anciennes « Démocraties populaires » que l’OTAN a intégrées. Parmi elles, la
Roumanie et la Bulgarie accueillent chacune quatre bases de l’OTAN, les plus grandes que l’OTAN ait nouvellement créées,
avec 5 000 hommes chacune. Ainsi, non seulement les dirigeants américains n’ont pas tenu leur promesse de ne pas étendre
leur zone d’influence (et de menace militaire) dans ce que l’URSS considérait comme son glacis protecteur européen, mais
ils ont intégré au système militaire de l’OTAN les trois ex-républiques baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), à
quelques centaines de kilomètres de Moscou, et quelques dizaines seulement de Saint-Pétersbourg !
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Et ce n’est pas tout. En 2003, l’OTAN comptait 737 bases (hors États-Unis) dans cinquante pays différents. En 2007 elle a
atteint le millier entre les bases qu’elle loue et celles qu’elle possède. Soit un tiers de bases en plus en quatre ans.
Cette augmentation, pour l’essentiel, s’est faite sur tout le pourtour de ce qui avait été l’Union soviétique, en Asie
centrale (en Ouzbékistan, au Tadjikistan, au Khirgizstan). Quant au Caucase ex-soviétique, les États-Unis cherchent à y
prendre la succession de la Russie comme fournisseur d’aide militaire à l’Arménie, tout en concluant des accords
militaires avec l’Azerbaïdjan. Et bien sûr, il y a la Géorgie, où le secrétaire général de l’OTAN vient de se
rendre, en déclarant que « la voie de l’Alliance atlantique lui est grande ouverte », et où cela fait des années
que des forces américaines se trouvent, en remplaçant les troupes russes au fur et à mesure qu’elles évacuent les
anciennes bases soviétiques dans ce pays.
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Ce que Sarkozy juge « inconcevable », ce n’est pas que la zone d’influence du bloc militaire emmené par les États-Unis
existe et entoure toujours plus étroitement la Russie. C’est que la Russie, qui a toutes les raisons de se sentir visée,
ait cherché, cet été, à mettre des limites à cette extension agressive.
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En l’occurrence, Sarkozy et certains de ses compères européens, après avoir affiché leur alignement derrière Washington
et son allié géorgien, ont cependant cherché à prendre quelque distance avec eux. C’est que, si l’impérialisme
américain peut ne pas craindre de chercher toujours et partout à pousser son avantage au détriment de la Russie, qu’il
voit comme une héritière lointaine de l’URSS malgré ce qu’elle est devenue, ne serait-ce que des raisons de voisinage
incitent les États impérialistes européens à un peu plus de prudence.
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L’Ossétie, la Géorgie, après tout, c’est l’Europe, même si ce sont ses confins sud-orientaux. Le « bouclier
anti-missile » américain en Pologne et en Tchéquie, c’est encore plus près. Et puis, il y a ces « conflits gelés
», disent les diplomates, dont tout le monde constate qu’il peuvent être réactivés à tout moment, comme entre la
Géorgie et l’Ossétie du Sud, y compris au risque d’entraîner le monde dans une escalade guerrière.
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De tels conflits dits « gelés », il n’y en a pas que dans le Caucase : il en est d’autres plus proches encore du cœur de
l’Europe. Ainsi, entre d’une part la république théoriquement ukrainienne de Crimée, mais russophone et abritant la
flotte russe de la mer Noire, et d’autre part l’Ukraine, dont le président voudrait qu’elle adhère à l’OTAN, ce que
la Russie a déclaré ne pas pouvoir admettre. Et, cet été, quand le président ukrainien, solidaire de la Géorgie, a voulu
entraver l’appareillage des navires de guerre russes basés en Crimée, le Kremlin a clairement laissé entendre qu’il
pourrait soutenir la population de Crimée dans son souhait d’être rattachée à la « mère-patrie ». En 1954, quand
Khrouchtchev avait détaché la Crimée de la Russie pour la « donner » à l’Ukraine, ce geste n’avait alors qu’une
portée symbolique puisqu’il s’agissait d’un même pays. Mais aujourd’hui que l’URSS a disparu, il pourrait avoir
pour conséquence de déstabiliser toute la région. Et au-delà, car tout l’est et le sud de l’Ukraine sont peuplés de
Russes et d’Ukrainiens russifiés, depuis des générations, qui pourraient être « invités » à leur tour à choisir
entre les deux pays. Avec ce que cela impliquerait de bouleversements dans l’équilibre de l’Europe centrale et orientale,
où la disparition de l’Union soviétique a laissé d’autres fortes minorités russes, souvent désormais discriminées,
sur des territoires, jadis soviétiques, devenus indépendants de la Russie.
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Et puis, il ne faudrait pas oublier un autre « conflit gelé », celui de Transnistrie – une république indépendantiste
peuplée de russophones, où stationne depuis 1991 une armée russe, à l’est de la Moldavie, donc à proximité de l’Union
européenne et de l’OTAN dont est membre la Roumanie, la grande sœur roumanophone de la Moldavie.
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Il n’y a pas que dans le Caucase, on le voit, que l’éclatement de l’URSS a laissé de véritables bombes à retardement
qui peuvent à tout moment exploser à la face des peuples. Les régimes nés sur les ruines de l’Union soviétique ont tous,
et d’abord par leur politique nationaliste, une écrasante responsabilité dans la barbarie qui s’est mise en place en
ex-URSS. Mais cette barbarie est encore aggravée par les rivalités des grandes puissances impérialistes, par leur soif
d’étendre leurs zones d’influence, et en fait leur domination, quoi qu’il en coûte aux peuples.
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L’URSS a disparu. Mais l’impérialisme, lui, reste bien vivant. Et la politique de l’impérialisme qui donne le « la »
aux autres, l’impérialisme américain, reste fondamentalement la même qu’à la fin des années quarante, quand les
États-Unis lançaient leur politique dite de « containment ». Ils déclenchèrent alors la « guerre froide » pour,
disaient-ils, contenir la poussée communiste dans le monde. En fait, il y avait déjà des lustres que les chefs de la
bureaucratie russe n’avaient plus rien de communiste, sauf l’étiquette. Depuis bientôt vingt ans, l’impérialisme n’a
même plus ce prétexte. Mais il n’a pas fini, dans le Caucase ou ailleurs, de chercher à dresser les peuples les uns contre
les autres, à faire que « les indigènes se taillent mutuellement en pièces » pour assurer la pérennité des
profits des grands groupes capitalistes et de l’ordre mondial monstrueux qui leur est indispensable.
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Avec la révolution d’Octobre 1917, les bolcheviks avaient montré la voie pour en finir avec cette barbarie. La porte
qu’ils avaient alors ouverte sur un avenir socialiste, communiste, fraternel, débarrassé de l’exploitation, des guerres,
des affrontements ethniques s’est refermée avec la bureaucratisation stalinienne. Mais, aujourd’hui comme hier, là reste
la seule issue pour l’humanité.
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Le 6 octobre 2008
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