|
|
|
|
|
|
|
Autres textes en français
|
|
|
En 1999, l'euro ? Face aux bourgeois qui unifient leurs monnaies, les intérêts communs des travailleurs de toute l'Europe
|
|
24 avril 1998
|
|
Précédent
|
Suivant
|
|
Un étrange "serpent"
|
|
Au milieu de toute cette tempête monétaire qui suivit donc le tournant de 1973 et à laquelle leur propre politique n'était
pas étrangère, les gouvernements européens firent donc tout de même dès le début des tentatives pour maintenir entre leurs
Etats des taux de change stables. Ils mirent sur pied dès 1973 ce qu'on appela le "serpent monétaire européen". C'était un
accord pour maintenir les taux de change réciproques de leurs monnaies à des valeurs fixes, ou au moins à l'intérieur d'une
certaine marge de fluctuation. Représentés par des points sur un graphique, les taux de change réciproques des monnaies
restaient ainsi à l'intérieur d'une bande allongée à laquelle, avec un peu de bonne volonté, on pouvait trouver la forme
d'un serpent, d'où le nom.
|
|
Pour maintenir les taux de change à l'intérieur du "serpent", il fallait par exemple que la banque centrale allemande accepte
d'intervenir lorsque le franc était attaqué par la spéculation. Si les marchés financiers vendaient des francs pour se
procurer des marks, il fallait que la banque allemande accepte de vendre des marks pour acheter les francs en question, à un
taux restant dans les marges de fluctuation prévues.
|
|
Cela s'avéra rapidement impossible, du moins à ce moment : les masses de capitaux prêts à se porter d'une monnaie sur une
autre pour profiter d'une réévaluation ou d'une dévaluation étaient devenues bien trop importantes face aux moyens
d'intervention des banques centrales des pays européens, y compris l'Allemagne. En fait, ce premier "serpent monétaire" de
1973 ne vécut pas longtemps. Les banques centrales ne purent pas maintenir la valeur du franc et de la lire par rapport au
mark. Le franc sortit du "serpent", puis il y rentra et en ressortit encore en 1976. Finalement ne restèrent à l'intérieur du
serpent que le mark, le florin néerlandais, le franc belge et la couronne danoise, c'est-à-dire les monnaies de petits pays
très liés à l'économie allemande, à l'exclusion des monnaies des autres grands pays du Marché commun.
|
|
Une deuxième tentative eut donc lieu en 1979 avec la mise en place du SME, le système monétaire européen. Il s'agissait
encore d'un "serpent monétaire", seulement doté de règles un peu plus élaborées. Là aussi, un système de parités
réciproques était établi entre les monnaies des pays du Marché commun, avec une marge de fluctuation en général de plus ou
moins 2,25 % autour d'une valeur pivot. Les banques centrales des différents pays s'engageaient à intervenir de façon
concertée pour maintenir les différentes monnaies à l'intérieur de ces valeurs. Mais surtout, pour éviter des sorties
répétées du "serpent", on décida que celui-ci se montrerait plus souple. Au lieu de défendre à tout prix des taux de
change intenables, on décida de les réajuster chaque fois qu'il le faudrait, c'est-à-dire de dévaluer. Entre 1979 et 1987,
il y eut ainsi pas moins de onze réalignements des parités monétaires, dont six dévaluations du franc par rapport au mark.
Le franc et même la lire restaient donc dans le serpent... mais c'est le serpent qui commençait à faire des noeuds !
|
|
En principe, dans cet accord, les banques centrales des pays européens étaient placées sur un pied d'égalité. Chacune
décidait souverainement de ses interventions sur les marchés des changes sans que les autres aient à lui dicter sa conduite.
Cependant, si tout le monde était égal, certains, comme on dit, étaient plus égaux que d'autres. Entre la banque centrale
allemande la Bundesbank, la "Buba" comme disent parait-il les intimes, et les banques centrales française ou italienne, le jeu
n'était pas égal, car la banque centrale allemande disposait de réserves bien plus grandes. Les capitaux spéculatifs ne
prenaient pas beaucoup de risques à spéculer contre le franc ou la lire, et ils le faisaient régulièrement. Chaque fois, les
réserves des banques de France ou d'Italie s'épuisaient, bien plus vite que celles de la Bundesbank.
|
|
|
|
|
Précédent
|
Suivant
|
|
|
haut de page
|